« Temps difficiles » dans la lutte mondiale contre les maladies infectieuses

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L’organisation qui finance la prévention et le traitement du virus du sida et d’autres infections mortelles exhorte les plus grands donateurs à fournir 15 milliards de dollars supplémentaires (11,5 milliards d’euros) afin de lutter contre des maladies infectieuses au cours des trois prochaines années. Si ces donateurs ne le font pas, ils risquent de faire marche arrière après une décennie de progrès en matière de soins.

Mark Dybul, le directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a déclaré lundi (8 avril) que la diminution d’au moins dix pour cent de la mortalité due à ces trois maladies pourrait être mise en péril si les donateurs n'augmentaient pas le financement.

Il a toutefois reconnu que les menaces de coupes dans les budgets du développement international lui compliquaient la tâche.

« Nous comprenons que les temps sont difficiles », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Bruxelles. « Malheureusement, les maladies infectieuses ne prêtent pas attention aux cycles budgétaires. »

Mark Dybul est devenu le directeur exécutif du Fonds mondial en janvier à la suite d'une série de vols et de problèmes de gestion venus ébranler la crédibilité de l'organisation de financement basée à Genève. Il se trouvait à Bruxelles dans le cadre de discussions de deux jours sur les besoins de financement pour 2014-2016, une préparation à une conférence de donateurs plus tard dans l'année.

Selon un rapport publié lundi par le Fonds mondial, quelque 87 milliards de dollars (67 milliards d'euros) sont nécessaires pour le financement de programmes dans 151 pays d'ici 2016. Quelque 58 milliards de dollars (44,5 milliards d'euros) sont destinés au VIH ou au sida, 15 milliards de dollars (11,5 milliards d'euros) à la tuberculose et 14 milliards de dollars (10,7 milliards d'euros) au paludisme.

Des donateurs existants, des gouvernements bénéficiaires et des donateurs privés devraient fournir environ 72 milliards de dollars (55,2 milliards d'euros), selon le rapport.

Les 15 milliards de dollars supplémentaires (11,5 milliards d'euros) dans le financement de « reconstitution » visent à éviter des écarts entre le traitement et la prévention entre des cycles budgétaires différents dans les pays donateurs. Ce système est similaire au programme de financement utilisé par d'autres organismes de financement internationaux.

Le Fonds mondial estime que 87 milliards de dollars (67 milliards d'euros) permettraient de traiter 17 millions de patients atteints de la tuberculose, de fournir des traitements antirétroviraux à 18 millions de personnes atteintes du virus du sida d'éviter 196 000 décès dus au paludisme.

Des controverses entourent le Fonds mondial

Les dépenses en traitement et en prévention ont subi un  revers lorsque le Fonds mondial a suspendu momentanément le financement de projet en 2011, sur fond de querelles en matière de gestion interne et d'allégation de vols dans certains pays bénéficiaires.

Les problèmes ont mené à une révision de la distribution de l'argent et à la désignation de Mark Dybul, un physicien co-directeur du Global Health Law Programme à l’université de Georgetown  à Washington.

Le Fonds mondial a également subi des critiques récemment, car il soutenait un programme de traitement afin de remplacer des médicaments inefficaces contre paludisme, comme la chloroquine. Le Fonds pour des médicaments antipaludéens à des prix abordables a été lancé comme projet pilote dans des pays en développement en vue de fournir plus rapidement de meilleurs traitements médicamenteux grâce à des sources du secteur privé.

Des sceptiques, telles que l'organisation de lutte contre la pauvreté Oxfam, ont indiqué dans un rapport que le programme de 356 millions de dollars (274 millions de dollars) était peu judicieux et exposait des patients à de mauvais diagnostics et à la fraude.

Lorsqu'EURACTIV lui a demandé si les préoccupations antérieures liées aux résultats du Fonds mondial pourraient dissuader les donateurs, M. Dybul a répondu que le soutien et les engagements des donateurs montraient qu'ils avaient confiance en son organisation.

Il a ajouté que la Commission européenne organisait cette conférence de deux jours à Bruxelles et s'était engagée l'année dernière à fournir des fonds supplémentaires. Londres et Washington ont également promis d'augmenter leurs financements pour 2013.

« Il est plutôt évident que le financement avance et est sur la bonne voie », a déclaré le directeur du Fonds mondial.

Le Fonds mondial a déjà estimé que les financements  des plus grands contributeurs, dont la Commission européenne, les États membres de l'UE, les États-Unis et le Japon, diminueront légèrement entre 2012 et 2013.

Les données de l'organisation révèlent que les contributions des fondations et des entreprises privées sont également revues à la baisse.

En décembre 2012, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a prévenu que le financement de la prévention et du contrôle du paludisme s'était stabilisé après une progression rapide entre 2004 et 2009. Cette maladie tue environ 655 000 personnes par an et infecte des millions d’êtres humains.

Dans un communiqué qui accompagne la publication de son rapport annuel sur le paludisme, l'organisation de la santé des Nations unies a déclaré que « ces développements indiquent un ralentissement qui risque d'annuler les progrès remarquables récemment accomplis dans la lutte contre l'une des maladies infectieuses les plus meurtrières ». 

Contexte

Le virus du sida, la tuberculose et le paludisme sont des maladies infectieuses qui entraînent ensemble la mort de millions de personnes chaque année alors qu'elles peuvent être facilement évitées.

Établi en 2002, le Fonds mondial affirme que ses efforts ont contribué à la réduction du nombre de décès et de maladies grâce à la prévention et au traitement. De 2005 à 2011, le nombre de décès dus au sida a baissé de 24 %. Le taux de mortalité dû au paludisme a diminué de 26 % entre 2000 et 2010. Le taux de mortalité dû à la tuberculose a chuté de 41 % entre 1991 et 2011.

Mark Dybul, le directeur exécutif du Fonds mondial, a déclaré que des traitements et des technologies plus avancés qui fournissent un diagnostic plus rapide peuvent améliorer la prévention et les soins.

Prochaines étapes

  • 9 et 10 avril : conférence préliminaire des donateurs du Fonds mondial à Bruxelles

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