L’aide au développement britannique diluée par des «intérêts nationaux»

Logo pour l'aide au développement britannique [DFID/gov.uk]

La lutte contre la pauvreté dans les pays les plus vulnérables du monde risque d’être enrayée par la tendance du gouvernement britannique à poursuivre ses propres intérêts.

Le think tank Institute for Fiscal Studies (institut d’études budgétaires) estime que l’aide au développement à l’étranger va augmenter de 1 milliard de livres au cours des prochaines années, puisque Theresa May a promis de poursuivre l’objectif des Nations unies de 0,7 % du budget dédié à l’aide au développement (APD).

L’institut fait toutefois remarquer que, ces dernières années, l’APD passait par le Département du Développement international (DfID), qui plaçait un accent tout particulier sur le bénéfices pour les entreprises britanniques.

Dans une analyse pré-élection, le think tank a déclaré que les dépenses du Royaume-Uni en APD avaient presque doublé depuis que Tony Blair avait promis de respecter les objectifs de l’ONU lors du sommet de Gleneagles en juillet 2005.

Les dépenses dans ce domaine sont passées de 8,8 milliards d’euros à 16,2 milliards d’euros (chiffres corrigés de l’inflation) et sont sur la bonne voie pour atteindre presque 15 milliards de livres en 2021. L’adhésion pluripartite à la promesse de 2005 montrait bien que le DfID était épargné de l’austérité affectant les autres ministères après la prise de pouvoir de la coalition conservateurs-libéraux démocrates en 2010.

Le budget du DfID a augmenté de 24 % entre 2010 et 2011 et entre 2015 et 2016 alors que les coupes budgétaires pour le NHS, l’éducation et la défense étaient d’en moyenne 28 %.

L’institut d’études budgétaires constate toutefois un changement d’orientation depuis 2015, avec plus d’un quart du budget d’aide au développement dépensé en dehors du DfID en 2016, par rapport à 14 % deux ans plus tôt.

« Jusqu’à présent, Theresa May a affirmé que si elle remportait les élections, elle maintiendrait l’engagement du Royaume-Uni de dépenser 0,7 % du RNB [revenu national brut] à l’APD », indique le rapport du think tank. « Cependant, les principaux partis n’ont pas vraiment indiqué comment cet argent serait dépensé et quel équilibre serait trouvé pour concilier intérêts nationaux et éradication de la pauvreté mondiale ».

Sans Londres, l'UE va perdre sa place de premier donateur mondial

Le Brexit remettra en question la place de l’UE en tant que premier contributeur mondial à l’aide au développement, dont les fonds pourraient diminuer de 3 %, selon une étude du Parlement européen.

Des députés du parti conservateur ont fait pression sur Theresa May pour qu’elle mette un terme aux dépenses d’aide au développement, mais elle a annoncé le mois dernier qu’elle renouvellerait la promesse des 0,7 %. Réaffecter une partie de cet argent à d’autres départements – tels que les entreprises, l’énergie ou la stratégie industrielle – lui a permis d’atténuer les critiques. Alors que les critiques se plaisent à dire que le budget dédié à l’aide est gaspillé, l’institut rappelle que l’APD est la part des dépenses du gouvernement la plus lourdement contrôlée puisqu’elle est surveillée par le Comité de développement international, le National Audit Office et la Commission indépendante sur l’impact de l’APD.

« Le Royaume-Uni est aujourd’hui reconnu internationalement comme un leader dans le programme d’aide au développement mondial et le Département pour le développement international se situe en haut du classement de l’Indice de transparence de l’aide internationale », a indiqué Sonya Krutikova, auteure du rapport du think tank.

« Mais ce changement de stratégie depuis 2015 signifie que le budget de l’APD a aussi été utilisé pour défendre des intérêts britanniques. Un arbitrage a été fait en faveur de priorités qui ne sont pas l’APD3. »

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