Un site Internet sur le Mali tente de jouer la transparence en matière de développement

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Un site Internet centré sur le Mali pose les jalons d'une meilleure transparence française sur l'aide au développement. Mais les critiques fusent, d'autant que l’Hexagone accuse un certain retard sur les normes internationales en vigueur. 

Depuis mi-septembre, un site Internet baptisé «L'aide française au Mali»  répertorie l'avancée et le montant des projets conduits dans le pays. Il permet aussi aux visiteurs de signaler par courrier électronique ou SMS toute anomalie dans l'évolution des projets. Une initiative en faveur de la transparence lancée par le gouvernement français, qui fait a priori figure de cavalier seul.

« Cet espace a pour objectif de donner des informations concrètes sur les projets et réalisations de la politique française de développement au Mali. Ce site est une promesse, celle de la transparence en direction des maliennes et des maliens, mais également envers les françaises et les français qui regrettent trop souvent de ne pas savoir à quoi sert l’aide au développement » s’est félicité Pascal Canfin lors du lancement du site.

Les standards internationaux ne sont pas respectés

Assurer la traçabilité de l’aide de la France au Mali, l’initiative est louable. Elle a pourtant été fortement critiquée par plusieurs ONG.  Et pour cause. Si la France affiche ses velléités à développer sa transparence au niveau national, elle n’applique pas les standards internationaux pour la transparence de l’aide, pourtant en vigueur chez la majorité des donateurs.

 « Aujourd’hui 77% des donateurs internationaux, dont la Commission européenne, la Banque mondiale, le Royaume-Uni et la Suède, ont publié leurs données sur l’aide qu’ils fournissent au Mali selon ce standard international. La France a certes avancé par rapport à ses propres pratiques mais elle a encore un train de retard sur la scène internationale !» commente Guillaume Grosso, directeur de ONE France.

Le lancement du site franco-français est donc un pas dans la bonne direction, mais insuffisant. « C’est le minimum de la transparence » déplore Christian Reboul, spécialiste du financement du développement chez Oxfam.  « Le standard international permet de simplifier et de regrouper les informations pour qu’elles soient accessibles et compréhensible par tous, notamment par les Etats bénéficiaires des aides » poursuit-il.

Autre critique, le site ne reprend que les projets dont le financement dépasse les 100 000 euros, laissant de côté les projets de taille plus modeste et parfois plus exposés aux détournements de fonds. Et son ergonomie basique laisse pour le moins à désirer.

Un agenda politique

L’initiative française sur la transparence pour le Mali a  aussi répondu à un agenda politique.   « Il est évident que le lancement de ce site  à la veille de la visite du président François Hollande au Mali pour assister à l’investiture du  nouveau président Ibrahim Boubacar Keïta n’est pas un hasard» explique une source proche du dossier. 

« Nous avons regardé ce qu’il était possible de mettre en place rapidement au Mali afin d’avoir un site près dès le mois de septembre » explique un conseiller de Pascal Canfin. « Nous  avons privilégié la vitesse » poursuit-il. 

Pour l’heure, la France teste l’initiative transparence sur le Mali uniquement.  Mais cette initiative « pilote »,  a vocation en cas de succès, à être répliqué dans d’autres pays.  « Ce site est une initiative 100% Mali mais elle a vocation à s’étendre aux autres pays pauvres prioritaires » signale le cabinet de Pascal Canfin.

Des engagements français pour 2014      

Le standard IITA (Initiative internationale pour la transparence de l’aide)  propose un  format commun pour la publication des données de l’aide. Ce format se base sur des données ouvertes, et à ce jour 37 donateurs  internationaux se sont engagés à publier les données selon ce standard. Ces bailleurs représentent plus 75% de l’aide mondiale, selon l’ONG One.

La France s’est déjà engagée à plusieurs reprises sur l’adoption de ce standard international. Lors du G8 de Lough Erne en juin dernier, le président français avait officiellement annoncé que la France mettrait en œuvre le standard pour l’ensemble de l’aide de la France. L’ensemble des membres du G8 s’était alors mis d'accord sur l’adoption de la norme commune sur la transparence de l’aide d’ici 2015.

Une décision confirmée par Jean-Marc Ayrault en juillet lors de la réunion du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID). Le Premier ministre avait annoncé que la France s’efforcerait de publier les informations requises par le standard IITA dans les pays pauvres prioritaires en 2014.

Une annonce que le gouvernement compte tenir. «Les informations du site sur la transparence de l’aide au Mali sont pratiquement les même que celles que l’on retrouve dans la norme internationale » affirme un conseiller du ministre. « Nous travaillons actuellement pour que le site soit rapidement conforme au standard IITA et que nous puissions l’exporter sur l’ensemble des pays pauvres prioritaires  d’ici fin 2014 » conclut-il. 

 

L'Initiative internationale pour la transparence de l'aide (IITA) est utilisée par les pays donateurs, les gouvernements des pays en développement et les organisations non gouvernementales afin de publier des renseignements détaillés et accessibles à tous sur l'aide au développement international.

Aujourd’hui, la majorité des bailleurs de fonds internationaux (Banque mondiale, Commission européenne, Royaume-Uni, etc.) utilisent ce format.   

Gouvernement français

  • Relevé de décisions du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement- 31 juillet 2013

G8

  • Conclusion du G8 de Lough Erne - 18 juin 2013 

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