Une écrasante majorité de Français mal informée au sujet du développement

Une centrale géothermique au Kenya © AFD - Y. Terracol

Selon une étude de l’AFD, 88 % des Français se sentent mal informés sur l’aide publique au développement (APD). Si la majorité reste favorable à l’APD,  l’opposition progresse.

Menée chaque année, l’étude du rapport des français à la politique de développement reflète pour la première fois l’importance de la question du changement climatique dans l’opinion publique.

Si 80 % Français pensent que le changement climatique représente une réelle menace pour leur mode de vie, ils sont aussi plus de la moitié à penser que les mesures prises à ce sujet sont insuffisantes, voire inexistantes. 80 % d’entre eux estime que la lutte contre le changement climatique doit être prise en compte dans l’élaboration de l’aide au développement, et la plupart des personnes interrogées voient dans la lutte contre le changement climatique une occasion rêvée d’élever les modèles de développement dans les pays pauvres.

L’Afrique reste la région à laquelle les Français donnent la priorité, même  si les Français ne sont plus que 41 %, contre 20 points de plus en 2008, à penser ainsi, malgré les crises récentes au Mali et en Centrafrique et l’épidémie d’Ebola, qui soulignent plus que jamais l’importance de l’aide occidentale.

Prise de conscience de l’interdépendance internationale

Par ailleurs, la vision des Français des interactions sur la scène internationale a changé : ils sont de plus en plus conscients de l’interdépendance entre tous les pays, une vision qui remplace un modèle binaire Nord / Sud. Ils estiment ainsi que ce qui se passe dans les pays en voie de développement peut affecter leur vie en France (78 %) et que l’accroissement de la population dans ces pays représente un défi à l’ensemble de la communauté internationale (75 %). Dans ce contexte, une amélioration des normes sociales et environnementales serait une bonne nouvelle pour tout le monde, estiment donc les Français. Les pays pauvres sont aussi considérés par beaucoup comme de potentiels partenaires, surtout dans la lutte contre le réchauffement climatique.

>>Lire aussi ; L’APD en période d’austérité : le développent au détriment des pays les moins avancés ?

Frustration sur le manque d’informations

Cette nouvelle vision s’accompagne assez logiquement d’un désir plus poussé d’informations. Et les 88 % de Français qui se sentent mal – ou très mal – informés ont raison : leur perception de sujets comme la progression de l’extrême pauvreté (qui recule depuis une dizaine d’années), ou encore de la détérioration supposée de la situation sociale et environnementale des pays en voie de développement, par exemple, est loin de refléter la réalité.

Hausse globale des opposants à la politique de développement

L’opinion publique estime d’autre part que la politique d’aide au développement devrait avoir comme objectif un meilleur équilibre mondial. Les Français donnent la priorité de la politique française la paix et la stabilité à l’équité et la justice sociale, le développement durable et la préservation des biens publics mondiaux. Les domaines les plus favorisés sont ici :

Les priorités du soutien non financier de la France aux pays en développement devraient être, selon les personnes interrogées, la lutte contre le changement climatique, la réduction des inégalités, de meilleures normes sociales et environnementales dans le monde.

La majorité des Français reste favorable au soutien français aux pays en développement, même si le nombre de personnes interrogées souhaitant la réduire a augmenté. 20 % des Français était opposé à la politique de développement française en 1995 ; il s’agit désormais de plus d’un quart de la population, soit 27 %.

La secrétaire d’État au développement et à la francophonie, préfère néanmoins voir le verre à moitié plein. Annick Girardin  estime en effet qu’à « l’heure où de nombreux Français ont des difficultés à trouver un travail, parfois à joindre les deux bouts, et pourraient être tentés par une forme de repli sur soi, je trouve encourageant qu’une majorité de nos compatriotes soutienne l’effort de solidarité de la France à l’égard des pays en développement  »

>>Lire aussi : Annick Girardin : « il y a une vraie mobilisation sur le climat »

Selon Anne Paugam, directrice de l'AFD, « les Français ont aujourd’hui clairement conscience que ce qui se passe dans les pays du Sud peut avoir un impact sur leur vie. Ils perçoivent que les intérêts des pays en développement et développés convergent face aux défis globaux que sont la lutte contre dérèglement climatique, la réduction des inégalités, la promotion de modèles de croissance durables... Or cette vision d’un monde interdépendant est au cœur de la démarche de l’Agence Française de Développement, qui contribue à répondre à ces déséquilibres en soutenant des solutions concrètes. »

Dans le budget 2015, la part consacrée à la solidarité internationale a reculé de 2,8 % par rapport à 2014 pour atteindre 2,79 milliards d’euros. En valeur, la baisse représente une coupe de 80 millions d’euros.  

>>Lire : L’aide au développement recule plus en France qu’en Grèce

Au-delà de cette nouvelle baisse, les crédits d’aide au développement vont continuer à diminuer jusqu’en 2017, représentant une coupe de 210 millions d’euros entre 2014 et 2017.

Agence française de développement

Les Français et l'aide au développement-2014

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