Une force de renseignement UE-Afrique contre la traite des migrants

Lors d’une réunion d’urgence sur la situation des migrants en Libye, 9 pays africains et européens ont décidé de lancer une force de renseignement commune pour démanteler les réseaux de trafiquants.

La situation dramatique des migrants en Libye s’est imposée à l’agenda du 5e sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine à Abidjan.

En marge des discussions prévues, l’Union africaine, l’Union européenne, le secrétaire général des Nations-Unies,  ainsi que 9 pays présents au sommet (Allemagne, Italie, Espagne, France, Tchad, Niger, Libye, Congo, Maroc),  ont tenu une réunion d’urgence pour décider des actions à prendre pour stopper la traite d’êtres humains en Libye.

Point de transit pour de nombreux candidats au départ vers l’Europe, la Libye a vu se multiplier les traitements inhumains envers les migrants en attente d’une éventuelle traversée de la Méditerranée. Une situation connue, mais qui a pris une nouvelle ampleur politique à la suite d’un reportage de la chaîne américaine CNN montrant une vente d’esclaves aux enchères.

L'UE ferme les yeux face à la violence envers les migrantes

Avec la crise en Syrie, la proportion de femmes a nettement augmenté parmi les migrants. Le Haut comité aux réfugiés, des ONG et des chercheurs alertent sur les violences auxquelles elles se trouvent exposées.

« Ces images,  comme il y a deux ans  la photo du corps du petit Aylan, mort noyé dans le naufrage en Turquie d’une embarcation de migrants, ont eu l’effet d’un électrochoc  au niveau politique. Bien que l’esclavage des migrants en Libye ne soit pas une nouveauté, il faut parfois un déclencheur pour que la réalité de la situation s’impose », reconnait une source à l’Organisation internationale pour les Migrations (OIM).

Inaction

Diffusées quelques jours avant la grande messe politique des deux continents, ces images ont propulsé le drame libyen en haut de l’agenda politique des dirigeants européens et africains.  « Jusqu’à quand allons-nous regarder cette tragédie, inactifs ? Notre sommet doit être le point de départ de solutions durables » a martelé le président de l’Union africaine, Alpha Condé, en ouverture du sommet.

Si les conclusions officielles du sommet sont attendues le 30 novembre après-midi, les pays rassemblés lors de la réunion de crises ont d’ores et déjà annoncé une panoplie d’initiative pour contrer les trafiquants.  « Nous avons discuté de solutions de court,  moyen et long terme pour mettre fin à cette situation atroce et intolérable » a affirmé le président Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse à l’ambassade de France d’Abidjan, mercredi dans la soirée.

Selon le président français, les autorités libyennes se sont engagées à autoriser un accès au sol libyen afin d’évacuer les camps identifiés « où ont eu lieu ces scènes ».  Pour lutter plus efficacement contre ces réseaux, les pays se sont accordés sur la création d’une « Task force » opérationnelle associant les services d’intelligence des  gouvernements assis autour de la table. Cette coopération devrait permettre « d’interpeller et de  démanteler les réseaux de trafiquants identifiés, ainsi que leur financement », a affirmé Emmanuel Macron.

Sur le volet de la justice internationale, le président français avait déjà qualifié avant son arrivée à Abidjan de crime contre l’humanité la vente d’esclave en Libye. Pour traduire en justice les trafiquants dans le sillage des opérations qui seront conduites par la Task force, le président français a affirmé qu’une commission d’enquête serait mise en place au sein de l’Union africaine.  « Ensuite, l’ONU pourrait saisir la cour internationale de justice » a-t-il poursuivi.

Retour des migrants

La question de la prise en charge des migrants bloqués en Libye a également fait l’objet de discussions, notamment sur la question des retours et de la réintégration des migrants dans leurs pays d’origine. Sur cet aspect les avancées semblent plus timides. Le président Macron a affirmé que l’Organisation internationale pour les Migrations, qui  opère en faveur du rapatriement des migrants en Libye, bénéficierait d’un soutien accru, mais sans prendre d’engagement financier.

« L’Union européenne aidera à la réinstallation des migrants dans les pays d’origine et financera ce qui peut l’être », a-t-il évoqué, sans donner davantage de précision sur cet éventuel soutien.

Pour l’heure, l’OIM rapatrie les migrants volontaires vers leurs pays d’origine, en concertation avec les gouvernements des pays africains. Une fois de retour, ces migrants peuvent bénéficier d’une aide à la réintégration, en partie financée par le fonds fiduciaire de l’Union européenne.

Le financement du fonds pour l’Afrique patine

Le financement du fonds fiduciaire pour le continent africain est en panne. Une situation qui agace le Parlement européen et la Commission, qui demandent aux États membres de mettre la main au portefeuille pour respecter leurs engagements.

Pour l’heure, ce fonds fiduciaire est alimenté à hauteur de quelque 3,1 milliards d’euros par la Commission européenne, qui a du accroitre sa mise faute de participation suffisante de la part des  pays membres de l’UE, dont la France ou l’Espagne qui n’ont promis et versé que la modique somme de 3 millions d’euros.

La Commission qui espérait recevoir une contribution significative de la part des Etats membres a pour le moment bénéficié de 225 millions de promesses, dont seulement 175 ont effectivement été versées.