Vladimir Poutine critique l’esprit de dépendance de l’UE

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Lors d’un long entretien en amont du G8 en Irlande du Nord la semaine prochaine (17-18 juin), le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré que son pays ne commettrait pas les erreurs de l’Europe qui ont mené à la crise de la zone euro. Il accuse la « mentalité » de l’UE de mettre en péril non seulement l’économie, mais également « les bases morales de la société ».

Lors d'un entretien avec l'agence de presse russe RIA Novosti partagé avec EURACTIV, Vladimir Poutine a appelé à une réforme approfondie du Fonds monétaire international (FMI) et a expliqué en détail les mesures destinées à lutter contre les paradis fiscaux. Il a également accusé les Européens d'avoir une mentalité de dépendance vis-à-vis de leur système de sécurité sociale.

 

Quand on lui a demandé si le modèle d'État providence européen pouvait être compétitif à l'heure actuelle, M. Poutine a répondu que l'Europe vivait bien au-dessus de ses moyens, perdait le contrôle de la situation économique et que les distorsions structurelles du Vieux Continent étaient « inacceptables » pour la Russie.

 

« De nombreux pays européens sont témoins d'une hausse de la mentalité de dépendance quand le chômage procure […] plus d'avantages que le travail. Ce type de mentalité mettre en péril non seulement l’économie, mais également les bases morales de la société. Ce n'est pas un secret que beaucoup de citoyens des pays les moins avancés se rendent exprès en Europe pour vivre de la sécurité sociale », a ajouté le président russe.

 

Il a toutefois ajouté que la Russie ne devrait pas rejeter l'État providence de l'UE et a précisé que la mise en place d'un « État social » constituait une « nécessité ».

 

Il a indiqué que son gouvernement s'attelait à trouver un équilibre entre des salaires décents, un système de retraite adéquat et des services publics de qualité, comprenant des services médicaux et éducatifs, ainsi qu'entre une politique budgétaire raisonnable et des mesures visant à stimuler l'économie.

 

« Sinon, la population ne peut pas avoir confiance dans l'avenir et dans le gouvernement, alors que c'est nécessaire pour une croissance économique stable et un développement national. Nous pouvons facilement nous rappeler de la situation dans les années 1990 quand de nombreuses obligations sociales n'étaient pas remplies et que la pauvreté progressait de manière inquiétante », a-t-il déclaré en faisant référence à l'effondrement économique sous son prédécesseur Boris Eltsine.

 

Réforme du FMI

 

Vladimir Poutine a critiqué le FMI, car l'organisation ne parvient souvent pas à suivre le rythme des marchés financiers mondiaux qui évoluent rapidement.

 

« Un exemple frappant est la crise financière mondiale que le système du Fonds monétaire international n’a pas réussi à prévenir », a indiqué le président russe.

 

Il a demandé une réforme approfondie du FMI et son « ajustement aux réalités économiques actuelles », en modifiant les quotes-parts du FMI et le système de vote, ainsi qu’en renforçant le rôle des pays émergents, y compris les partenaires des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, et Afrique du Sud).

 

Les pays des BRICS ont récemment annoncé qu'ils envisageaient de créer leur propre banque de développement, une réplique des accords de Bretton Woods, dont fait partie le FMI.

 

>> Lire : Les pays des BRICS abandonnent l’euro et créent une banque

 

Vladimir Poutine a déclaré que son pays ferait « un maximum d'efforts » en vue de faire avancer la réforme du FMI au cours de la phase préparatoire du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg  les 5 et 6 septembre.

 

Transparence sur les offshores

 

Le président russe a également fait part de sa détermination à renforcer la coopération sur les domaines fiscaux et à réduire l'évasion des capitaux vers des zones extraterritoriales, l’un des sujets principaux du sommet.

 

« La Russie propose de conclure des accords bilatéraux avec les zones offshore, ainsi qu'avec les juridictions à fiscalité peu élevée », a déclaré M. Poutine. « Ces documents devraient avoir pour objectif la lutte contre des programmes illégaux de réduction d'impôt, l'échange de renseignements fiscaux et l'application des recommandations universelles de l'OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]. »

 

La Russie n'est pas membre de l'OCDE, mais coopère avec l'organisation depuis 1992. En 1996, la Russie a déposé sa candidature d'adhésion et les pays de l'OCDE ont admis que l'adhésion de la Russie constituait « l’objectif ultime du programme de coopération ».

 

L'aide au développement

 

M. Poutine a fait brièvement allusion à l’habitude des sommets du G8 de prêter une « grande attention » à la promotion du développement international, surtout en Afrique. Il a ajouté sans plus de détails que le concept de cette aide « évoluait de manière significative ».

EurActiv a toutefois découvert que la contribution de la Russie à l'aide au développement demeurait extrêmement modeste en comparaison avec celle des autres pays du G8. Selon l'OCDE, l'aide des États-Unis pour 2012 s'élevait à 30,46 milliards de dollars (22,8 milliards d'euros). Au cours de la même année, la Russie a consacré entre 500 et 550 millions de dollars (entre 375 et 412 millions d'euros) à l’aide.

La Grande-Bretagne assume la présidence du G8 depuis janvier 2013, et ce pour un an. Les dirigeants de l'Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon, du Royaume-Uni et de la Russie se rencontreront à Lough Erne Irlande du Nord pour le sommet du G8 les 17 et 18 juin.

 

Le premier sommet des grandes puissances a été organisé en 1975 par la France et rassemblait des représentants de six gouvernements (l'Allemagne de l'Ouest, la France, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis), d'où le nom de Groupe des Six (G6).

 

Avec l'intégration du Canada l'année suivante, le groupe est passé à sept membres (G7). La Russie a rejoint les sept grandes puissances en 1997 et le groupe est devenu le G8.

 

L'UE en est membre, mais ne peut pas présider les sommets.

  • 17-18 juin :  sommet du G8 à Lough Erne en Irlande du Nord
  • 5-6 sept. : sommet du G20 à Saint-Pétersbourg

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