Aide au développement: assez de paroles, des actes!

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Philippe Jahshan [Parti socialiste/Flickr]

Les ONG appellent Emmanuel Macron à respecter ses promesses sur l’aide au développement.

Philippe Jahshan est le président de président de Coordination SUD.

Le 5 février doit se tenir le premier Comité interministériel sur la Coopération internationale pour le développement (CICID) du quinquennat qui va fixer le cap pour les années à venir. Les annonces répétées d’Emmanuel Macron en faveur d’une augmentation de l’aide au développement pour atteindre 0,55% du Revenu National Brut à 2022, devant les Nations Unies, à Ouagadougou ou à Davos récemment, nous laissaient espérer que la France allait réinvestir la solidarité internationale et se mettre sur la voie de son engagement initial d’atteindre les 0,7%, après pratiquement 8 années d’abandon. Pourtant, à quelques jours de cette réunion présidée par le Premier ministre, aucune trajectoire budgétaire n’est  encore posée.

L’écart entre les discours et la réalité sur ce sujet est devenu une habitude en France, mais ce n’est plus acceptable. Il est temps de concrétiser l’engagement du Président : définir dès maintenant l’évolution des dépenses pour l’aide au développement (APD) jusqu’à 2022, et injecter 1 milliard d’euros par an et ce dès 2019. De plus, il est essentiel que  80% de ces augmentations soient mise en œuvre sous forme de dons.

Cela redonnera une marge de manœuvre impérative à notre coopération et lui permettra de réinvestir des espaces géographiques depuis trop longtemps délaissés. Sur les 10 premiers pays bénéficiaires de notre aide, un seul pays, le Sénégal, relève des pays pauvres dits prioritaires par la France ! Les autres pays pauvres ne pouvant supporter des niveaux d’endettement supplémentaires, ils se trouvent sans solutions d’aide.

Pour les ONG signataires de cette tribune, les enjeux de droits humains, de développement des secteurs sociaux, de l’éducation, de l’adaptation au changement climatique, ou de la gouvernance sont laissés en déshérence par la France. Notre pays s’est trop longtemps caractérisé par la faiblesse de son aide humanitaire qui se limite à 60 millions d’euros par an, soit 1% de notre aide internationale.

Quand on connait les souffrances des populations de trop nombreux pays comme par exemple au Yémen, en Syrie, au Soudan ou au Myanmar, du fait  des guerres, des persécutions, ou de la faim, comment comprendre cette faible mobilisation de nos moyens ? Il manque chaque année 15 milliards de dollars d’aide humanitaire selon les Nations Unies. La France se doit de rehausser son ambition en allouant 10% de notre APD à la réponse aux urgences.

Emmanuel Macron a appelé à plus d’innovation, de rapidité dans l’action et d’efficacité. Nous, acteurs de la société civile française sommes porteurs de tout cela. D’expertise étendue, d’innovations nombreuses, de capacité de déploiement et de décaissement rapides, d’une culture avancée de l’évaluation, d’actions en proximité des populations en marge des circuits de redistribution des richesses.

Trop longtemps la France n’a pas su regarder le foisonnement engagé et solidaire de ses citoyens et des ONG. Son niveau de financement  public direct  en soutien des actions des ONG la place toujours à l’avant dernière place des pays de l’OCDE. Aussi, est-il plus que temps de corriger cette anomalie en prenant un engagement clair pour atteindre 1 milliard d’euros par an d’aide transitant par les ONG à l’horizon 2022.

Le Président de la République a annoncé une feuille de route précise pour atteindre 0.55% de l’APD avant la fin 2017. Celle-ci n’est toujours pas connue. Si le CICID du 5 février devait se conclure sans ambition ni concrétisation d’une trajectoire chiffrée et crédible de cet engagement, alors la parole présidentielle serait gravement décrédibilisée.

Assez de discours, place aux actes !

Premières organisations signataires : Acting for Life, ActionAid France-Peuples Solidaires, Action contre la faim, Afdi, Agrisud International, Antenna-France, Apprentis d’Auteuil, Association des marocains en France, Aviation Sans Frontières, Agronomes et vétérinaires sans frontières, CAGF, CARE, CCFD-Terre Solidaire, CEFODE, CHD, Centre  Français des Fonds et Fondations, CFSI, CLONG, Cnajep, Coalition Eau, CSSSE, Commerce équitable France, Conseil des béninois de France,  CRID, Délégation Catholique pour la Coopération, Eau vive, ECPAT France, Educasol, Entrepreneurs du Monde, Envol Vert, Essor, Équilibres & Populations, Étudiants et Développement, Experts-Solidaires, Fert, Fondation France Libertés, FORIM, Gevalor, GERES, Grdr, Gret, Groupe Initiatives, Haut Conseil des Maliens de France, HumaniTerra International, Initiative Développement, La Guilde, IFAID Aquitaine, Institut Bioforce, La Chaîne de l’Espoir, Médecins du Monde, Oxfam France, Plateforme des associations Franco-Haïtienne, Première Urgence Internationale, Printemps solidaire, Réseau Euromed France, SCD, Secours Islamique France, Solidarité Laïque, Solidarités International, SOS Villages d’enfants, Terre des Hommes France, Union des femmes comoriennes de France, la Voûte Nubienne, WWF France, 4D,… Liste complète des signataires.