Aide au développement: les Anglais et les Allemands, des exemples à suivre

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[One France]

La hausse sans précédent de l’aide publique au développement allemande et l’inscription dans la loi britannique de l’objectif de 0,7% du revenu national brut consacré au développement doivent inspirer la France, dont l’aide est en baisse continue, selon la directrice de l’ONG One France, Friederike Röder.

Deux annonces majeures ont être faites ces derniers jours. Deux annonces qui auront des implications réelles pour les habitants les plus pauvres de la planète. Deux annonces qui arrivent à point nommé, en ouverture d’une année 2015, que nombreux espèrent historique dans la lutte contre l’extrême pauvreté.

Les numéros 2 et 3 des donateurs internationaux ont décidé de faire un grand pas en avant dans leur aide en faveur des pays en développement.

Tout d’abord, le cas du Royaume-Uni, qui fait de plus en plus référence parmi les défenseurs d’une aide ambitieuse. Depuis 2013, ce pays tient sa promesse envers les plus pauvres et alloue 0,7 % (voire un peu plus) de son revenu national au développement de ces pays.

Beaucoup étaient bluffés par l’annonce du Royaume-Uni à l’époque. Certains prédisaient qu’il s’agirait d’une mesure provisoire que les Britanniques ne maintiendraient pas dans le temps. Deux ans plus tard, le Royaume-Uni va, au contraire, encore plus loin.

Non seulement le pays maintient son allocation de 0,7 % dans son budget, mais il ancre cet objectif dans sa loi. C’est le premier pays au monde à le faire. Le parlement s’est déjà prononcé en faveur de cette mesure, le gouvernement l’a annoncé dans son budget cette semaine, et la Reine devrait promulguer cette loi la semaine prochaine.

Pour ceux qui sont encore sceptiques ou qui n’aiment pas être comparés aux Britanniques, tournons-nous vers nos autres voisins, les Allemands. Longtemps ce pays n’a pas assumé sa responsabilité internationale à la hauteur de son poids économique. Malgré le fait que l’Allemagne est parmi les plus grands donateurs en volume absolu (3e derrière les États-Unis et le Royaume-Uni), il allouait moins, en part de sa richesse nationale, au développement des pays les plus pauvres, que la France.

Cette tendance est en train de s’inverser, et ceci malgré le fait que l’économie allemande ait connu une croissance bien plus importante que celle de la France. Le ministre des Finances vient d’annoncer que l’année prochaine le budget d’aide au développement de l’Allemagne allait augmenter de… tenez-vous bien… 1,3 milliard d’euros.

Une telle hausse fera repasser l’Allemagne bien devant la France : elle allouerait alors 0,4 % de sa richesse nationale au développement. Quand la France, elle, réduit son aide année après année pour n’atteindre que 0,37 % en 2014, et que pire encore, elle prévoit dans son budget 2015-2017 de poursuivre cette baisse jusqu’à la fin du mandat du Président Hollande.

Certes le budget de l’Allemagne reste toujours bien en deçà des 0,7 % promis, mais notre voisin prévoit une tendance à la hausse au-delà de 2016. En tout le gouvernement devrait allouer plus de 8 milliards d’euros additionnels au développement d’ici à 2019, l’équivalent du budget de l’Agence française au développement sur l’année 2014 !

Deux annonces de bon augure ? Espérons-le.

Pour la première fois depuis l’an 2000, les dirigeants des Nations unies vont convenir, en 2015, de nouveaux Objectifs pour le développement durable, ainsi que de leur financement lors d’une conférence internationale à Addis-Abeba en juillet. C’est une opportunité unique pour mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici à 2030, à condition que tous les États redoublent d’efforts et se donnent les moyens d’atteindre ces objectifs.

Après les annonces de ces derniers jours, il semblerait que les Anglais et les Allemands aient pris conscience de l’enjeu et souhaitent vouloir saisir cette opportunité.

L’exemple que peuvent donner ces deux pays influents est crucial pour encourager d’autres grands pays donateurs à s’aligner sur eux ainsi que pour mobiliser d’autres pays qui ne contribuent pas encore à l’aide au développement ou dans une moindre mesure. Cela peut aussi inciter les pays en développement à allouer davantage de leurs propres ressources à cette fin.

Ces annonces sont également un signal adressé à la France. La Conférence climat en décembre ne pourra être un succès si la conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement en juillet ne l’est pas. La France doit donc suivre l’exemple de ces voisins et s’engager à établir un calendrier crédible pour atteindre sa promesse d’allocation de 0,7 % de son revenu à l’aide. Elle doit aussi s’assurer de l’efficacité de son aide dans la lutte contre l’extrême pauvreté en allouant au moins la moitié de cette aide aux pays les moins avancés.

Hôte de la conférence Climat en décembre, la France ne peut pas se concentrer sur ce seul objectif et se défausser sur les autres. Elle doit participer à ce mouvement global pour construire un monde meilleur et plus juste sans extrême pauvreté et sur une planète préservée.

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