Après le greenwashing, attention au devwashing

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Après l’éco-développement ou la croissance verte, la mode est aux objectifs de développement durable (ODD). C’est le dernier concept à faire l’objet de « greenwashing », ou « devwashing » : la Commission européenne délègue leur prise en compte à son service de statistiques.

Thierry Libaert est professeur des universités et conseiller au Comité économique et social européen. Alain Grandjean est économiste, fondateur et associé du cabinet Carbone 4.

Lancés en novembre 2015 à grand renfort de publicité par l’Organisation des Nations Unies, les ODD ont pour but de se substituer aux objectifs du millénaire, eux-mêmes lancés en 2000 et disparus dans une indifférence totale quelques années plus tard. Composé de dix-sept objectifs, eux-mêmes décomposés en 169 sous-objectifs et accompagnés d’une batterie de 200 indicateurs, le lancement des ODD a été immédiatement relayé dans l’espace public. Il faut préciser que les différents ODD n’ont guère de quoi susciter le rejet puisqu’ils traduisent plutôt un catalogue de bonnes intentions : mettre fin à la pauvreté, éradiquer la famine, faire que chacun soit en bonne santé…

L’Union européenne avait ici une excellente carte à jouer. L’intégration des objectifs de développement durable au cœur des politiques publiques européennes aurait donné une direction cohérente là où règnent le plus souvent des approches étroitement économistes et court-termistes. Elle aurait offert une visibilité aux politiques européennes dans une optique de plus grande adaptation aux attentes exprimées par les citoyens de l’Union.

Un optimiste, certes mesuré, pouvait légitimement accompagner cette espérance. Un gigantesque travail préparatoire sur la délimitation de sous-objectifs et d’indicateurs d’évaluation avait été engagé et publié fin 2017 sous l’égide d’Eurostat, le service statistique de la Commission Européenne.

Quatre grandes erreurs de jugement sont alors apparues :

  • D’abord, toute approche par les indicateurs doit s’opérer de manière volontariste et non de simple évaluation. À défaut, ceux-ci perdent leur rôle de contribution à la définition de politique et deviennent un simple outil de reporting.
  • Ensuite, les ODD sont perçus simplement comme un nouveau référentiel comme a pu l’être le Pacte mondial au début des années 2000. Soit un instrument à suivre à côté des « vrais » instruments de pilotage de l’économie. Or, les ODD ne peuvent pas se réduire à une approche pilotée par un service en charge du développement durable. Pour être efficaces, Ils doivent former le cadre général de la politique de l’Union européenne. Les indicateurs des ODD doivent figurer en première place à l’agenda du semestre européen.
  • Par ailleurs, la société civile a été trop faiblement associée au processus de sélection des indicateurs. Une plateforme des parties prenantes a certes été mise en place en mai 2017, mais son ambition est limitée. Et ne semble devoir déboucher que sur un nouveau « reflection paper ».
  • Enfin, et surtout, la question des indicateurs ne prend son utilité qu’à l’intérieur d’un tableau de bord clairement identifié. Pour qu’un sujet, a fortiori présenté comme majeur soit réellement porteur, il est indispensable de définir l’instance de pilotage et la structure à l’intérieur même de la Commission qui sera chargée de la faire vivre. C’est loin d’être le cas.

Comme il est plus facile de faire des statistiques, de concevoir des indicateurs et de lancer des études, la Commission européenne semble avoir délégué à son service statistique la prise en compte des Objectifs de Développement Durable.

Cette frénésie d’évaluations dissimule mal l’absence de volonté politique. Gageons qu’au moment de sa possible disparition, la dernière décision de l’Union européenne sera la mise en place d’un observatoire de la fin l’Union.

 

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