La conférence d’Addis confirme une vision renouvelée du financement du développement

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Julie Vaillé

La conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement s’est conclue par un « Plan d’action » dont la négociation s’est déroulée sans grands heurts. 

Julie Vaille est chercheuse Financement du développement, et Tancrède Voituriez est le directeur du programme Gouvernance à l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales).

Négociation tranquille pour un texte trop sage ? Le Plan d’action nous donne des indications précieuses sur la vision du développement partagée aujourd’hui par les différents pays – sensiblement différente de celle prévalant à la conférence de Monterrey il y a plus de dix ans. Il nous renseigne également sur l’état du rapport de force Nord/Sud à quelques mois des négociations à New York (ODD) et à Paris (COP 21). Enfin, le Plan d’action d’Addis souligne la faiblesse institutionnelle de la gouvernance mondiale et le peu d’engagement des États, comme pris au dépourvu par l’ampleur des défis du nouvel agenda et la multiplication d’initiatives innovantes non coordonnées.

Une vision renouvelée du développement

L’avancée principale du Plan d’action est la reconnaissance de la nécessité de financer non plus simplement le seul développement, mais le développement durable. C’est une nouvelle approche de l’intérêt général qui vise à assurer la pérennité à la fois des sociétés, des écosystèmes et de l’économie. L’intégration de la notion de développement durable dans le texte est également une opportunité unique de repenser les modèles de tous les pays, au Nord comme au Sud. La place de la durabilité environnementale et du climat n’a jamais été aussi importante dans une déclaration politique sur le développement. Ce résultat reste, dans la perspective de la COP21, extrêmement positif.

La deuxième avancée concerne la reformulation de la question du type de financement (public, privé ; national, international) dans un texte structuré selon le modèle conçu à Monterrey (FfD1, 2002). Là aussi, le texte propose une vision renouvelée. Il se démarque du paradigme traditionnel et ne se concentre pas exclusivement sur les financements émanant des pays du Nord. Comparés à Monterrey, les engagements des pays en développement à financer leur propre développement sont beaucoup plus concrets. Le texte accorde également une place importante au secteur privé dans le financement du développement. Tous les acteurs ont un rôle à jouer.

L’état du rapport de force Nord/Sud à quelques mois des négociations à New York (ODD) et à Paris (COP 21)

Comme on pouvait s’y attendre, cette négociation met aux prises d’un côté les pays du Nord, et de l’autre le « G77+la Chine »– rassemblement de 134 pays en développement ou émergents d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine –, mais celui-ci composé de groupes hétéroclites a témoigné des difficultés à défendre des intérêts parfois très éloignés (allant des petits États insulaires aux grands émergents). En son sein, le groupe des pays les moins avancés, coordonné par le Bénin, s’est peu fait entendre ; pourtant le Nord était prêt à prendre des engagements supplémentaires pour ces pays vulnérables.

Les pays industrialisés ont pour leur part obtenu ce qu’ils voulaient et, à cette aune, semblent les premiers gagnants du Plan : intégrer ce programme d’action dans une vision plus globale, où les diverses sources de financement sont mises à contribution ; inciter le secteur privé à jouer un rôle croissant, notamment dans le financement de la croissance économique et des infrastructures ; faire l’usage le plus approprié d’une ressource publique rare (l’aide publique au développement) ; profiter de ces négociations pour préparer un accord à New York en septembre et à Paris en décembre.

On retiendra de ces quelques jours de négociation à Addis un sentiment de « flottement » : le G77 tentant d’obtenir des concessions de la part des pays développés sur le comité fiscal et le Nord, refusant d’ouvrir les paragraphes proposés dans les semaines avant la négociation. Finalement, cette semaine de négociation s’est déroulée en une journée.

Le défi de la mise en œuvre reste entier

Alors que la Banque Mondiale parle de la nécessité de mobiliser, non plus des millions de dollars pour financer le développement durable, mais plus de mille milliards de dollars, les États de Nord n’ont pas montré un engagement farouche. On pourra évoquer le geste trop symbolique de l’UE en matière d’aide publique au développement : un engagement collectif qui réaffirme des objectifs réitérés à maintes reprises depuis plusieurs années, auquel on a ajouté une vague échéance (pour rappel il était déjà question d’atteindre ces objectifs en 2015). De même, le rehaussement du comité fiscal de l’ONU et le mécanisme de transfert de technologie ont été proposés comme des avancées, mais que reste-t-il de leur substance ?

Au bout du compte, le Plan d’Action sert surtout à (re)donner un rôle aux organes des Nations unies et à reconnaitre le travail de certaines organisations internationales (dont le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE, GAVI etc.), sans pour autant qu’il y ait de gouvernance mondiale pour suivre ces différents accords et ces différents engagements.

On regrettera surtout un texte trop évasif sur l’agenda de mise en œuvre, alors que, à l’inverse, des myriades d’initiatives étaient proposées durant les événements parallèles (sur différents types de financements innovants, le rôle des mécanismes de mixage prêts-dons, l’implication potentielle des fonds de pension, les mécanismes de garanties, etc.). Des initiatives intéressantes certes, mais qui n’ont eu absolument aucun impact sur les négociations.

Entre projets très micros et discours très globaux, il manquait à Addis cet intermédiaire qui est la mise en œuvre de l’agenda du développement.

Comment véritablement catalyser les flux de financements privés vers des objectifs de développement durable ? Quel avenir pour les mécanismes dits de mixage, souvent présentés comme solution, ou pour le déploiement d’infrastructures à basse intensité carbone ? Comment apprendre des initiatives de financement innovant ? Que sait-on de l’efficacité des dispositifs de coopération sur le renforcement des administrations fiscales ? Le développement durable est un apprentissage, son financement l’est tout autant. Addis a eu lieu, les choses sérieuses devraient commencer : il convient désormais de se demander non seulement « quel type de financement pour quelle finalité ? », mais surtout « quelle soutenabilité des financements ? »

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