La lutte contre le paludisme à la recherche d’un nouvel élan politique

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV Media network.

Maurice Ponga [Parlement européen 2014]

À l’occasion de l’Année européenne pour le Développement, Maurice Ponga et Cristian Dan Preda font le point sur la lutte contre la malaria.

Maurice Ponga, eurodéputé PPE français, représentant la section pacifique de la circonscription d’Outre-mer, est vice-président de la commission du Développement du Parlement européen. Cristian Dan Preda est un eurodéputé PPE roumain et membre de la même commission.

Alors que l’échéance fixée pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) de 2000 arrive à son terme en 2015, l’Année européenne pour le Développement (EYD15) nous rappelle le rôle clé que peut jouer l’Europe dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté ainsi que pour un développement social et économique durable au niveau global. En ce mois d’avril axé sur les problématiques de santé dans les pays en développement, il s’agit de faire le bilan des objectifs sanitaires des OMD et de réfléchir aux priorités de l’agenda post-2015 en matière de santé publique mondiale.

Sixième objectif pour la période 2000-2015, la lutte contre le paludisme a porté ses fruits et démontre les résultats concrets qui ont pu être atteints grâce au « coup de projecteur » des OMD sur les ravages de la maladie. Alors que la cible 6c visait à, « maîtriser le paludisme et d’autres grandes maladies, et commencé à inverser la tendance actuelle » d’ici à 2015, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) rapporte que la distribution à grande échelle de moustiquaires, de traitements antipaludiques et d’outils de diagnostic rapide ont permis de faire baisser la mortalité liée au paludisme de 47 % entre les années 2000 et 2013.

Les succès passés ne doivent cependant pas nous détourner du chemin qu’il reste à parcourir pour éradiquer la maladie. Le paludisme reste à ce jour un défi sanitaire majeur : c’est de loin la plus importante des maladies parasitaires tropicales dans le monde, et il fait plus de victime que toute autre maladie transmissible, à l’exception de la tuberculose. Bien que le paludisme puisse être prévenu et soigné, un demi-million de personnes y succombent encore chaque année, principalement en Afrique et en Asie du Sud-Ouest, et les enfants de moins de cinq ans sont particulièrement touchés par cette maladie (7 % en gardent des séquelles neurologiques durables).

En outre, on observe en Asie du Sud-Est (Cambodge, Laos, ou encore Malaisie) que le parasite transmis par la piqûre de moustiques anophèles qui est à l’origine du paludisme, P. falciparum, développe une résistance aux combinaisons thérapeutiques à base de dérivés d’artémisinine, le traitement de première ligne recommandé par l’OMS depuis 2001. Au cours des années 1970 et 1980, c’était aux précédentes générations de médicaments comme la chloroquine et la sulfadoxine-pyriméthamine que le parasite avait développé une résistance, sapant ainsi les progrès des politiques d’éradication. Seule une nouvelle génération de traitements antipaludiques permettra de répondre à ce nouveau défi et d’assurer l’élimination de la maladie sur le long terme.

Ce bilan en demi-teinte nous rappelle l’importance de maintenir nos efforts pour la prévention et le contrôle du paludisme, non seulement sur le terrain mais aussi dans le cadre des objectifs de développement durable post-2015. Une diminution de l’engagement actuel au niveau local ou international pourrait enrayer un processus d’éradication déjà bien avancé, comme ça a pu être le cas dans le passé ; en effet, sur les 75 résurgences du paludisme depuis 1930, la plupart ont été attribuées à un déclin dans les financements des programmes de lutte (en Inde dans les années 1970 ou au Panama dans les années 2000).

Si l’engagement de la communauté internationale est indispensable et envoie un signal politique fort, la mobilisation de tous les acteurs concernés reste un facteur de réussite déterminant. L’implication des autorités des pays affectés doit s’inscrire dans une approche durable fondée sur la consolidation des systèmes de santé plutôt que dans une logique d’intervention ponctuelle d’urgence. Les exemples du Maroc et de la Turquie montrent que la qualité des infrastructures de santé au niveau local, le bon approvisionnement d’antipaludiques et la qualification des personnels de santé sont déterminants pour la prise en charge au quotidien des populations touchées ou à risque.

Le secteur privé est également un partenaire incontournable, comme le souligne la communication de mai 2014 de la Commission Européenne sur « Un rôle plus important pour le secteur privé en vue de parvenir à une croissance inclusive et durable dans les pays en développement ». Si les laboratoires pharmaceutiques se sont distingués par la mise à disposition à grande échelle de traitements antipaludiques, leur principal atout reste le développement de traitements innovants susceptibles de contrer la résistance grandissante du P. falciparum. Alors que les traitements existants s’échelonnent actuellement sur plusieurs jours, les traitements à dose unique représentent un axe de recherche particulièrement prometteur puisqu’ils permettraient d’optimiser la prise du traitement en un seul jour, et donc son efficacité.

Afin de continuer les progrès de la communauté internationale vers l’éradication du paludisme, nous appelons les acteurs publics et privés à travailler ensemble afin de développer des solutions innovantes en matière de sensibilisation, de prévention, de distribution, d’accès aux soins, et de recherche et développement. A ce titre, le partenariat Europe-pays en développement pour les essais cliniques (EDCTP2), sur lequel Maurice Ponga, co-auteur de cette colonne, a été rapporteur au sein de la commission du Développement lors de la législature précédente, est un brillant d’exemple de coopération multipartite en matière d’essais cliniques, contribuant ainsi au développement de traitements contre les maladies liées à la pauvreté. De nombreux projets de recherche portant sur le paludisme et l’optimisation des politiques de santé dans les pays affectés permettent de surmonter les obstacles évoqués précédemment et renforcer les capacités sur le terrain.

Dans la continuité des travaux de l’EDCTP2 et en écho à la Communication de 2010 sur « Le rôle de l’UE dans la santé mondiale », l’Union Européenne doit jouer un rôle moteur dans la mise à l’agenda et la résolution des problématiques de santé mondiale, et en particulier la lutte contre le paludisme, sous l’égide des OMD post-2015.

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