L’aide au développement à la hausse : première étape pour une nouvelle ambition française

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Alors que la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès aux services de santé les plus essentiels, l’aide publique au développement et l’action multilatérale en santé font partie des moyens les plus efficaces d’aider des pays comme l’Éthiopie [Giro 555 SHO/ Flickr]

Les députés appellent la France à maintenir ses efforts en matière d’aide publique au développement et poussent le Président Emmanuel Macron à s’engager, notamment dans le cadre du G7 sous présidence française l’année prochaine).

Hubert Julien-Laferrière est député chef de file sur l’aide au développement et membre de la commission des Affaires étrangères (LREM). Frédéric Barbier et Valérie Thomas font également partie de la commission des Affaires étrangères. Laurianne Rossi, pour sa part, est membre de la commission de développement durable. 

À l’occasion de la publication des chiffres officiels de l’OCDE sur l’aide au développement, et de retour d’une mission en Éthiopie, nous souhaitons témoigner de l’efficacité du soutien financier apporté par la France en matière de santé, particulièrement dans son soutien aux fonds multilatéraux, et de lutte contre la pauvreté dans le monde. Mais surtout : de l’urgence de poursuivre nos efforts. 

Jeudi après-midi, quinze heure trente. Nous visitons l’hôpital ALERT spécialisé dans la prise en charge des patients atteints de tuberculose et de ses formes résistantes aux médicaments, situé à l’est d’Addis-Abeba. Dans une chambre, nous rencontrons Tesfaye, jeune homme de 27 ans. Diagnostiqué dans l’un des rares hôpitaux du pays à réaliser des tests fiables et rapides grâce à la machine GenXpert, il suit un traitement lourd et contraignant depuis plus de 20 mois contre la tuberculose multirésistante. Son objectif : guérir et protéger sa famille de cette maladie infectieuse hautement contagieuse.

L’Éthiopie est un des rares pays d’Afrique à avoir atteint l’Objectif du Millénaire pour le Développement de réduction de 50 % des infections à la tuberculose. Un véritable succès permis notamment grâce à l’investissement de la France dans la lutte contre les grandes pandémies : 45 % du budget dédié à la tuberculose en Éthiopie provient de financements externes et la France est le deuxième contributeur historique au Fonds mondial de lutte contre la tuberculose, le sida et le paludisme et premier contributeur à Unitaid, principaux bailleurs contre cette maladie.

La lutte contre la tuberculose achoppe sur le coût des traitements

 La pénurie récurrente des médicaments contre  la tuberculose  complique la lutte contre cette maladie mortelle mais curable. Un tiers de la population mondiale est porteuse de la bacille. 

Vendredi matin, départ pour le district de Bishoftu, situé à une heure et demie d’Addis-Abeba. Nous y découvrons le fonctionnement d’un poste de santé, premier échelon sanitaire du pays permettant d’améliorer l’accès aux soins de base de la population. Nous y rencontrons Meseret, travailleuse de santé depuis huit ans. Ici, elle dispense les services de santé pour les communautés environnantes comme la vaccination, la contraception ou le suivi des patients tuberculeux. Depuis 2003, d’importantes réformes du système de santé ont été menées par le gouvernement éthiopien avec le soutien des bailleurs internationaux, pour garantir l’accès aux soins primaires et assurer une gestion communautaire de la santé. L’Éthiopie a donc réparti sur son territoire plus de 16 400 postes de santé dans lesquels opèrent deux travailleurs, souvent des femmes issues des communautés, formées et payées par l’État, l’une restant dans le poste pour recevoir les patients tandis que l’autre se déplace dans les villages.

Une politique qui explique en partie les succès considérables enregistrés par l’Éthiopie, comme la division par deux du taux de mortalité infantile depuis 1990. Souvent érigée en modèle de succès parmi les pays bénéficiaires de l’aide internationale, l’Éthiopie a réalisé d’importantes avancées en matière de lutte contre la pauvreté et de développement économique ces vingt dernières années.

Malgré ces progrès, l’Éthiopie a encore de nombreux défis économiques et sociaux à relever et fait face à de fortes inégalités : en 2015, seule la moitié de la population avait accès à l’eau potable et moins de 30 % à l’électricité et, dans un pays de plus de 100 millions d’habitants où le taux d’urbanisation ne dépasse pas les 20 %, l’insuffisance des infrastructures de santé et le manque de personnel peut avoir des conséquences mortelles pour des millions d’individus.

Le risque de famine s'aggrave une nouvelle fois en 2017

Conflits et sécheresses font grimper le nombre de personnes en situation de crise alimentaire dans le monde, selon l’ONU. Un article de notre partenaire, Euroefe.

Ces défis démontrent que la France, comme d’autres bailleurs, doit continuer ses efforts pour financer la solidarité internationale. Cette semaine, l’OCDE a publié les données de l’aide au développement pour l’année 2017, dévoilant un rebond salutaire de la France. Après des années de baisses drastiques touchant notamment les financements en santé mondiale, la France a augmenté de 15 % le volume de son aide passant de 0,38 % à 0,43 % de sa richesse nationale à l’APD.

Cette augmentation va dans le bon sens et correspond à l’ambition renouvelée de la France en matière de solidarité internationale. Néanmoins, nous devons poursuivre ces efforts afin de tenir l’engagement pris par le président de la République lors de son premier discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies d’atteindre la cible intermédiaire de 0,55 % du RNB d’ici la fin de son mandat. Et ne perdons pas de vue l’objectif final : nous devons parvenir à l’objectif internationalement reconnu des 0,7 % à l’image du Royaume-Uni ou du Danemark.

Les prochains mois seront jalonnés d’étapes cruciales pour réaffirmer l’engagement politique et financier de la France, à commencer par la présentation d’un budget ambitieux pour l’année 2019 avec une augmentation significative des crédits de la mission aide publique au développement et l’utilisation de leviers efficaces tels qu’une taxe sur les transactions financières 100 % consacrée à la solidarité internationale. Mais également dans les enceintes internationales, en assurant une présence au plus haut niveau de l’État lors du Sommet de haut niveau de l’ONU sur la tuberculose le 26 septembre prochain en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Légère contraction de l’aide au développement au niveau mondial

L’aide au développement envoyée aux pays de l’hémisphère sud n’a pas augmenté en 2017. Les aides destinées à l’accueil des réfugiés ont même baissé.

Enfin, nous devons dès maintenant préparer 2019, année de la présidence du G7. La France peut créer un moment de mobilisation politique historique pour la santé mondiale en accueillant la conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme dont nous sommes à l’origine et deuxième contributeur historique.

Alors que la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès aux services de santé les plus essentiels, l’aide publique au développement et l’action multilatérale en santé font partie des moyens les plus efficaces d’aider des pays comme l’Éthiopie à éliminer des maladies telles que la tuberculose et garantir à chaque femme d’accoucher dans de bonnes conditions. Plus que jamais, la France peut être à la hauteur. Pour cela, poursuivons nos efforts !

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