Les ODD, une base légitime pour débattre des priorités et de la vision de l’Europe

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Céline Charveriat et Damien Damailly. [IDDRI]

Pour Céline Charveriat et Damien Demailly, les Objectifs de Développement Durables sont un point de départ idéal pour le lancement d’un débat nécessaire sur les futures priorités politiques de l’UE.

Céline Charveriat est directrice exécutive de l’Institut pour une politique européenne de l’environnement (IEEP). Damien Demailly est coordinateur initiatives de l’Institut du Développement durable et des Relations internationales (IDDRI).

Inégalités, éducation, pauvreté, artificialisation des sols : le dernier rapport d’Eurostat pointe les nombreux défis que l’Union européenne devra relever si elle veut atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), adoptés par tous les États membres et l’ensemble de la communauté internationale en 2015. Ce rapport ne fera probablement pas la Une de l’actualité bruxelloise. Pourtant, les ODD pourraient lancer le débat tant attendu sur les futures priorités politiques de l’Europe.

Si l’Europe a été très active à l’ONU dans la négociation de ces dix-sept objectifs mondiaux, et de leur déclinaison en plus de cent-soixante cibles à atteindre en 2030, force est de constater un « retard à l’allumage » dans leur mise en œuvre. Dans sa communication de 2016, la Commission s’était limitée à du « repackaging » des ODD, expliquant que les politiques européennes actuelles étaient déjà alignées avec ces grands objectifs. Il aura fallu l’intervention du Conseil et du Parlement, avant l’été, pour que la Commission s’engage à publier en 2018 un Papier de réflexion sur les ODD.

Quiz : les ODD, où en est-on?

Les objectifs de développement durable (ODD) sont une nouvelle série d’objectifs universels sur lesquels les États membres de l’ONU doivent fonder leurs politiques dans les 15 années à venir. Où en sont les pays en développement ? Testez vos connaissances !

Quelles sont les pistes de réflexion qui devraient figurer dans ce papier, en d’autres termes, que faire des ODD au niveau européen ?

Un scénario, plausible, serait que l’UE révise sa stratégie de développement durable pour l’aligner sur les ODD, comme certains États membres l’ont fait. Ce ne serait pas suffisant, étant donné le faible poids politique de cette stratégie au niveau européen et son absence d’impact réel sur les politiques de l’UE. Se limiter à cela serait dommageable pour la crédibilité de l’Union sur la scène internationale, et un gâchis. Car les ODD sont une opportunité pour faire avancer le vrai débat européen du moment, celui sur l’avenir de l’Europe.

Ce débat se limite pour l’instant à des questions d’ordre institutionnel : faut-il plus ou moins d’Europe ? Faut-il une Europe à plusieurs vitesses ? Mais rien n’est dit ou si peu sur les futures priorités politiques de l’Union pour la décennie à venir. La stratégie Europe 2020 avait pourtant fixé un cap politique pour la décennie qui se termine, avec une dizaine de priorités auxquelles étaient associés des indicateurs de suivi et des objectifs à atteindre : sur l’emploi, la recherche, l’énergie ou encore la pauvreté. Quelles seront les priorités de l’UE d’ici 2030, celles du prochain Parlement et de la prochaine Commission? Cette question est au moins aussi importante que les discussions institutionnelles. C’est certainement celle qui intéresse le plus les citoyens européens.

Les ODD sont une base légitime pour commencer, dès aujourd’hui, à traiter cette question. Une base légitime, car adoptée par tous les États membres, sans exception. Nul besoin de repartir de zéro : les États européens ont déjà adopté une vision commune. Il faut désormais la traduire en priorités politiques concrètes.

Le rapport d’Eurostat qui vient d’être publié constitue une première étape de cette traduction. Il identifie des tendances inquiétantes, sur des sujets variés qui pourraient devenir autant de priorités pour l’UE:  le nombre d’Européens qui risquent de tomber dans la pauvreté ; l’accès aux soins de santé ; l’acquisition des fondamentaux à l’école ; l’emploi temporaire involontaire  ; les inégalités d’emploi entre les femmes et les hommes récemment diplômés; les inégalités de revenu ; les efforts de R&D ; l’artificialisation ;  l’état de nos écosystèmes naturels ; la dépendance énergétique de l’Union.

Ce travail statistique est une première étape qui en appelle deux autres : l’une technique et l’autre politique.

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Il faut d’abord combler les lacunes du travail préliminaire d’Eurostat, en l’enrichissant d’indicateurs permettant de prendre en compte les impacts de l’Europe sur le reste du monde, à l’image de l’impact de nos importations sur la déforestation dans les pays en développement, et plus généralement d’évaluer la politique étrangère de l’Europe. Une autre lacune vient du fait que l’observation des tendances passées ne nous dit pas grand-chose de la capacité des politiques en place à nous mettre – ou non – sur la bonne voie. Prenons l’exemple du climat : A moins d’adopter de nouvelles politiques, il est improbable que l’Europe atteigne son propre objectif de réduction de 40% en 2030, et encore moins l’objectif de l’accord de Paris de neutralité carbone à l’horizon 2050. C’est d’une analyse des politiques en cours, d’une  ‘policy gap analysis’, dont nous avons besoin. Et c’est d’ailleurs ce qu’ont demandé le Conseil et le Parlement à la Commission.

Mais le débat sur les priorités de l’UE ne saurait se limiter à une analyse technique, aussi fine soit-elle. Il doit être politisé, dès aujourd’hui et sans attendre les élections européennes de 2019. L’analyse technique des défis de l’Europe doit nourrir un processus politique de haut niveau au sein des institutions européennes, et impliquer les citoyens. Comment procéder ? Un groupe de personnalités reconnues pourrait par exemple être nommé par le Conseil et le Parlement, et être chargé – sur la base d’une analyse plus complète des défis de l’Europe pour atteindre les ODD – de proposer une dizaine de priorités politiques pour l’UE. Des priorités qui seraient du ressort de l’échelon européen évidemment, et assorties d’indicateurs de suivi et d’objectifs à atteindre d’ici 2030. Ce groupe rendrait compte régulièrement de ses travaux devant le Conseil et le Parlement, les mettrait en discussion dans des Conventions citoyennes, et une décision finale sur la « stratégie Europe 2030 » serait prise en 2019 à l’occasion d’un Sommet spécial.

Pour que les citoyens européens retrouvent confiance dans en l’UE, pour que l’Europe retrouve du sens, elle doit clarifier sa vision du progrès et ses grands objectifs pour la décennie à venir. Les ODD sont une base pour lancer ce débat, qui devra aboutir en 2019. D’ici là, les ODD et leurs indicateurs devront être mobilisés sur d’autres dossiers européens d’importance en cours de discussion : la réforme de la Politique agricole commune, le cadre financier pluriannuel ou le programme pour une meilleure régulation.

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