Macron et Merkel: un concert européen avec l’Afrique ?

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A la veille du sommet franco-allemand prévu le 19 juin, l’ONG ONE appelle les dirigeants des deux pays à relever l’ambition européenne sur la partenariat avec l’Afrique.

Friedrike Röder et Stephan Exo-Kreischer sont respectivement directrice de la branche française et directeur de la branche allemande de l’ONG ONE, qui milite contre l’extrême pauvreté particulièrement en Afrique. 

En 1996, le Chancelier allemand Helmut Kohl écrivait : « Ce n’est que lorsque l’Allemagne et la France agiront de concert que nous serons en mesure de faire face aux grands défis européens ». Cela n’a peut-être jamais été aussi vrai, en ces temps de repli sur soi, alors que certaines grandes puissances de ce monde se désinvestissent et rejettent le multilatéralisme, le dernier G7 au Canada en apportant une ultime preuve. Près de 20 ans plus tard, le 20e conseil ministériel franco-allemand qui aura lieu la semaine prochaine à Schloss Meseberg en Allemagne sera l’occasion pour les deux pays de prouver que les mots de Kohl ont traversé le changement de siècle et ont trouvé une place permanente dans la politique de nos deux pays.

Ce sommet devra pour cela répondre à l’une questions les plus importantes de notre génération quant aux relations internationales : L’Europe peut-elle sortir d’une logique de gestion de crise court-termiste pour établir un véritable partenariat avec l’Afrique, dont chacun des partenaires bénéficierait équitablement ?

Car c’est bien de partenaires solides et clairvoyants dont l’Afrique et l’Europe ont besoin. Avec une population qui devrait doubler d’ici à 2050, et dont la moitié sera des jeunes de moins de 25 ans, l’Afrique devra investir dans l’éducation, l’emploi et l’émancipation des jeunes, afin d’offrir à sa jeunesse de véritables perspectives d’avenir. De son côté, si elle se montre assez ambitieuse, l’Union européenne peut faire la différence, en soutenant les investissements africains dans cette nouvelle génération, qui lui permettraient de devenir le moteur de ces économies et sociétés africaines en plein essor. Les deux continents auraient tout à gagner de ce nouveau partenariat.

En ce moment même, les institutions européennes négocient le prochain budget à long terme de l’Union européenne, le fameux Cadre financier pluriannuel, qui s’étendra sur 7 ans. Ce budget fixera les priorités de l’UE pour la période de 2021 à 2027, prenant fin donc seulement 3 ans avant 2030, date à laquelle la communauté internationale s’est engagée à avoir atteint les Objectifs de développement durable. L’UE et ses États membres, en tant que premier donateur d’aide mondial, ont un rôle crucial à jouer dans le succès des objectifs internationaux. En l’absence d’initiative décisive des autres grands acteurs internationaux, l’Union européenne doit apporter une réponse forte à ces défis. Si l’Europe veut voir un changement réel et durable, elle devra alors consacrer au moins 40 milliards d’euros supplémentaires à l’aide au développement au cours des sept prochaines années, mais également orienter ses investissements vers les régions, les populations et les secteurs qui en ont le plus besoin. La Commission européenne, dans sa récente proposition budgétaire, n’a pas encore l’air d’avoir pris en compte ce niveau d’ambition.

L'UE réorganise son aide au développement

La place de l’aide au développement dans le nouveau budget de l’UE ainsi que la réorganisation de ses instruments de mise en oeuvre inquiètent les ONG.

Car le risque existe de voir ces négociations donner la priorité aux dépenses pour des mesures à court terme, comme la gestion des migrations et les contrôles des frontières. Il serait pourtant absurde de ne pas utiliser l’opportunité unique que représente une telle période budgétaire pour se fixer des objectifs à plus longue échelle, et s’assurer de construire un monde plus juste pour 2027 et au-delà.

Qui dit budget dit évidemment ressources, et s’il est certain que le Brexit, faisant perdre à l’Union européenne l’un de ses plus grands contributeurs financiers, ne facilitera pas les dépenses supplémentaires, une solution simple existe déjà : la taxe sur les transactions financières européenne. Déjà soutenue par les Allemands et les Français, cette taxe au niveau européen devrait générer des recettes considérables, qui pourraient simplement être allouées au développement international et financer la lutte contre les pandémies, le changement climatique et les inégalités femmes-hommes.

L’aide au développement à la hausse : première étape pour une nouvelle ambition française

Les députés appellent la France à maintenir ses efforts en matière d’aide publique au développement et poussent le Président Emmanuel Macron à s’engager, notamment dans le cadre du G7 sous présidence française l’année prochaine).

La réunion interministérielle de Meseberg devra montrer que l’Allemagne et la France sont prêtes à se saisir de cette chance historique de bâtir un avenir commun entre l’Europe et l’Afrique. Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel savent déjà que le moteur franco-allemand, souvent invoqué lors des réunions de haut niveau de l’UE, pourrait bien changer la donne et inciter tous États membres de l’Union européenne à suivre le mouvement, notamment lors de la rencontre des chefs d’états et de gouvernements au Conseil européen qui aura lieu dans deux semaines à Bruxelles. Car les mots de Kohl sont aussi vrais qu’ils l’étaient il y a 20 ans — la seule différence est que ces défis ont aujourd’hui dépassé les frontières européennes.

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