Divergences d’opinion sur la décision de l’UE sur les OGM dans les pays en développement

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Il a fallu trois ans à l’Europe pour débloquer son débat sur les organismes génétiquement modifiés. Le mois dernier, le Parlement européen a décidé de laisser les États membres décider eux-mêmes s’ils voulaient interdire ou non la culture d’OGM.

Les OGM sont très utilisés aux États-Unis et en Asie, mais rencontrent une résistance farouche en Europe.

« Je pense que c’était le meilleur compromis possible pour le moment. Nous savons que c’est un sujet très sensible et que de nombreux citoyens s’opposent vivement aux OGM, donc nous devons respecter leur opinion », estime l’eurodéputée PPE Elisabeth Koestinger.

La décision du Parlement soulève cependant des inquiétudes liées à la protection des consommateurs, à la sécurité des cultures et à la façon dont le marché unique fonctionnera entre les pays qui autorisent les OGM et ceux qui les interdisent.

Ces inquiétudes ne se limitent pas à l’Europe. Quel impact aura la décision de l’UE sur les pays en développement ?

Certains craignent que cela n’entraîne une diminution des recherches sur les OGM, et donc ne prive les pays en développement d’avancée techniques.

En Afrique subsaharienne, sept personnes sur dix sont agriculteurs, mais le continent dépend encore des importations de nourriture et de l’aide alimentaire. Tous les ans, l’Afrique achète ainsi l’équivalent de 50 milliards de dollars de nourriture au pays développés.

Lors d’une visite récente à Bruxelles, Bill et Melinda Gates ont souligné que des innovations dans le secteur agricole étaient une solution potentielle à cette dépendance et à la malnutrition.

« Un maïs transgénique résistant à la sécheresse, pour lequel un fermier ou une fermière d’Afrique peut obtenir 20 ou 30 % de rendement supplémentaire devrait-il être autorisé ? C’est au Kenya, à la Tanzanie et à l’Afrique du Sud de décider ce qui est bon pour leur économie », estime Melinda Gates, co-présidente de la Fondation Bill and Melinda Gates.

L’eurodéputée conservatrice Julie Girling va même plus loin, en affirmant que l’arrêt de la recherche en Europe « ralentira » la capacité de l’Afrique à se nourrir.  Selon elle, l’Europe est égoïste.

« L’Europe a un rôle à jouer dans le progrès technologique qui bénéficiera aux pays en développement, et cela va au-delà du profit, il s’agit d’un devoir ».

« Je ne peux pas vous expliquer l’attitude des gens qui sont très opposés aux OGM, parce que je ne les comprends tout simplement pas. Je ne pense pas que cette opinion soit étayée par des preuves scientifiques. Pour moi, tout cela relève des émotions, mais je voudrais qu’ils regardent avec plus d’attention les parties du monde où ces produits sont réellement utiles et qu’ils se demandent s’il est juste que l’Europe dise : ‘Nous sommes trop méfiants, nous sommes trop raffinés pour cultiver ces produits chez nous, donc vous ne pouvez pas en avoir non plus. Je pense que ça n’a pas de sens. Ce n’est pas seulement égoïste, c’est aussi presque criminel », assure Julie Girling.

Contrairement à la Fondation Gates, d’autres organismes, comme Greenpeace, estiment que les OGM ne sont pas la meilleure solution pour les pays en développement. Selon ces organismes, la solution doit passer par une amélioration de l’environnement socio-économique, et non par l’amélioration du rendement agricole seul.

« Les agriculteurs du Sud ont des problèmes spécifiques, qui ne sont pas liés aux semences. Ce qui les aiderait, ce dont ils ont besoin aujourd’hui, c’est de changements très simples des pratiques agricoles et des capacités de stockage et de transport. En quoi l’achat de semences OGM, protégées par un brevet et donc chères, aiderait-il les agriculteurs du Sud, dans leurs activités de subsistance ? Surtout qu’ils devront encore acheter les pesticides qui permettront de traiter les cultures. Les OGM n’ont pas de sens pour eux », a expliqué Franziska Achterbeg, spécialiste des politiques alimentaires de l’UE pour Greenpeace.

Pour l’heure, la position de l’UE est donc clarifiée, mais le débat est loin d’être terminé. L’agriculture est l’un des points les plus controversés des négociations liées à l’accord de libre-échange entre l’UE et les États-Unis. Dans ce contexte, l’opposition aux OGM en Europe n’est pas prête de s’affaiblir.

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