L’agroalimentaire explique les différences est-ouest par un motif gustatif

Hubert Weber estime la controverse exagérée. [Sarantis Michalopoulos]

Le débat sur les aliments différents en fonction du pays confond les notions de « qualité » et de « recette », selon le président de FoodDrinkEurope. Les habitudes des citoyens en termes de teneur en sel ou en sucre seraient selon lui à l’origine du dispositif.

Hubert Weber est président de FoodDrinkEurope, l’association représentant les producteurs de boissons et d’aliments au niveau européen. Il est également président de la section européenne de Mondeléz International.

Le débat sur la « discrimination alimentaire » a été lancé dans l’UE. Trouvez-vous acceptable que des produits soient fabriqués à l’aide d’ingrédients de moins bonne qualité pour les consommateurs des pays plus pauvres ?

Le débat est à présent dominé par l’émotionnel. Il est nécessaire de mettre en place un dialogue avec tous les acteurs.

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Les notions de « qualité » et de « recettes » sont confondues. Nous nous engageons très sérieusement sur la qualité, la sécurité et la distribution alimentaire, d’une perspective éthique. Cependant, quand vous prenez les 28 États européens et leurs différentes régions, vous vous retrouvez devant une offre d’aliments et boissons qui varie en fonction des pays ou des régions. Les consommateurs ont des préférences différentes en ce qui concerne le taux de sucre ou de sel, par exemple, et nous devons accepter cela.

Le marché unique européen offre aux consommateurs un accès à différents produits et recettes. Nous devons nous assurer d’être transparents sur les ingrédients et l’étiquetage des aliments, mais le marché unique n’est pas là pour que nous nous contentions de copier-coller et de standardiser tout. Cela réduirait l’offre et le choix des consommateurs.

En tant qu’industrie alimentaire et des boissons, nous nous engageons à mener cette conversation de manière sérieuse, nous ne voulons pas la négliger et quand quelque chose se passe mal, nous réagirons certainement. Mais nous voulons que cette discussion soit basée sur des faits, parce que même entre la France, l’Allemagne et l’Italie, les aliments sont différents.

Laissez-moi également ajouter que nombre des tests effectués par certains acteurs du secteur se sont avérés faussés et trompeurs. Nous devons donc mener cette discussion sans nous laisser gagner par l’émotion.

Un certain nombre d’États ont exigé l’indication de l’origine de certains produits. C’est par exemple le cas des pâtes en Italie. Qu’en pense l’industrie ?

Je m’inquiète de cette tendance à la renationalisation, parce que nous devons nous pencher sur les nombreuses choses positives que le marché unique a apportées aux consommateurs. Nous voulons avoir la liberté de choisir où nous vivons, ce que nous mangeons et où nous voulons travailler. Si nous regardons 40 ans en arrière, le choix de produits disponibles dans chaque pays respectif était bien plus restreint qu’aujourd’hui. Le marché unique nous permet donc de choisir.

Quand une étiquette ou une référence à l’origine permet de souligner l’authenticité d’un produit, pour encourager les consommateurs, où qu’ils soient dans l’UE, à valoriser cet aliment, c’est très bien. Il existe ainsi un grand nombre d’exemples de types de produits liés à plusieurs régions d’origines. C’est parfaitement viable.

Par contre, quand la mention du pays d’origine est introduite par les gouvernements nationaux pour pousser les consommateurs et vendeurs à limiter le choix dans un marché spécifique, cela va à l’encontre du marché unique. C’est pourquoi je m’inquiète et y suis opposé. Cela prive les Européens des choix qu’ils ont gagnés ces dernières années.

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Oui, mais était-ce vraiment la logique sous-tendant ces mesures ? Les États membres ont bien une raison de prendre ces décisions.

La peur de la concurrence. C’est une décision purement politique.

Est-ce une preuve que le marché unique pourrait s’écrouler ?

Pour moi, c’est une preuve que le marché unique fonctionne, dans le sens où il y a de la concurrence. J’encouragerais donc tout le monde à continuer à rester compétitifs, plutôt qu’à éviter la concurrence.

En ce qui concerne les ingrédients, une révision de la composition des produits permettrait-elle de répondre aux inquiétudes du public en matière de santé ?

Je pense que nous devons aider les consommateurs à avoir une alimentation équilibrée. Il est important que l’industrie se concentre sur des produits d’une grande qualité et d’un goût irréprochable qui ont un profil nutritif et un nombre de calorie équilibré. La reformulation est donc importante. Une reformulation vers des ingrédients plus naturels, plus authentiques, plus propres, avec moins de substances artificielles. L’impact positif de la réduction du sel dans l’alimentation depuis cinq ans est prouvé.

Il est également important d’insister sur la question des portions. Nous voyons que de manière cohérente, le geste d’ouvrir un nouveau paquet est une meilleure entrave à la surconsommation qu’un avertissement sur l’étiquette.

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