Bayer tente une opération transparence sur ses produits chimiques

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Le géant allemand de la chimie lance une initiative transparence en donnant accès aux données sur la sureté de ses produits. Objectif : restaurer la confiance dans le secteur.

La récente réautorisation de l’herbicide le plus utilisé au monde, le glyphosate, a attisé le débat sur la sécurité alimentaire en Europe.

Le manque d’accès aux études scientifiques, utilisées pour l’autorisation des produits, au nom du secret des affaires, a suscité de vives réactions parmi les groupes de défense de la santé et les responsables politiques qui reprochent à l’industrie chimique un manque de transparence.

Le glyphosate réautorisé pour cinq ans

L’herbicide a été réautorisé pour 5 ans, lors d’une vote à la majorité qualifiée des États membres a finalement réautorisé la vente du glyphosate. 18 pays, dont l’Allemagne qui a changé d’avis, ont voté pour, face à neuf contre dont la France.

Initiative sur la transparence

À la lumière de ces événements, Bayer a décidé de s’engager dans une initiative sur la transparence, dont l’objectif sera de donner accès aux informations liées à la sureté des produits, tant à usage humain qu’environnemental.

Bayer veut jouer un rôle clé et abattre les barrières du partage des données afin de renouer avec la confiance du public et favoriser un « dialogue juste et scientifique autour des produits de protection des cultures », selon le document de l’entreprise consulté par Euractiv.

Dans son document, Bayer constate que les sociétés ne partagent généralement pas avec le public les résultats d’études approfondies réalisées pour obtenir des autorisations sur le marché. Par conséquent, une grande quantité d’informations restent inaccessibles aux consommateurs.

« Nous voulons combler cette lacune de l’information et donner accès à nos études de sureté », indique Bayer, qui reconnaît par ailleurs la complexité des études et explique que cette décision est nécessaire pour les rendre « accessibles » aux parties prenantes non-commerciales.

« Le débat public doit se baser sur des données scientifiques et les parties prenantes intéressées devraient également pouvoir appuyer leurs opinions sur les données scientifiques », soutient l’entreprise.

Les eurodéputés divisés sur l'initiative citoyenne visant à interdire le glyphosate

Plus d’un million de citoyens européens ont signé une pétition visant à interdire le glyphosate, un pesticide classé cancérogène probable. Face aux inquiétudes des européens, les députés sont divisés.

Renverser la tendance

« Le secteur des phytosanitaires en Europe est confronté à un haut degré de méfiance de la part des consommateurs européens. Avec cette initiative, Bayer veut renverser cette tendance », indique le Dr Klaus Kunz, responsable des politiques règlementaires chez Bayer.

Grâce à cette initiative, a-t-il expliqué, les consommateurs seront capables de comprendre rapidement et facilement les données liées à la sureté des personnes et de l’environnement.

« Lorsqu’il sera mis en ligne, le site Internet ne couvrira pas toutes les substances, nous ajouterons de plus en plus d’informations au fur et à mesure », a-t-il ajouté, tout en précisant qu’il ne s’agira pas de détails sur la production, mais uniquement sur la sécurité des produits, puisque la société veut à la fois s’améliorer en termes de transparence et protéger le secret des affaires.

« C’est sur un site spécial de Bayer que les consommateurs et les scientifiques pourront accéder aux résumés des études de toxicité humaine et environnementale de nos substances et si quelqu’un veut accéder à la version complète, elle pourra le faire en s’identifiant. »

La Commission européenne a annoncé le 6 octobre qu’elle avait mis sur pause la discussion très animée sur la fusion entre Monsanto et Bayer, car l’exécutif a besoin de précisions de la part des deux sociétés. La proposition d’acquisition du géant agrochimique américain par Bayer déboucherait sur la création de la plus grande société de pesticides et de semences au monde.