La Bulgarie dénonce l’«apartheid alimentaire» en Europe

Boyko Borissov [Vassil Donev/EPA]

Le Premier ministre bulgare soupçonne certaines grandes marques alimentaire de vendre des produits de qualité moindre dans les pays de l’Est.

Le 27 mai, le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, a convoqué une réunion extraordinaire de son cabinet, qui se penchera notamment sur les pratiques de certaines grandes marques, qui vendent des produits de qualité bien moindre sous la même étiquette dans l’est de l’UE.

Les associations de consommateurs se sont plaintes du fait que, dans certaines régions, des grandes marques utilisent des ingrédients de moins bonne qualité pour créer des produits qui devraient être les mêmes partout. Ainsi, certains produits soi-disant identiques sont en réalité différents en Allemagne et en Autriche et dans les pays du centre et de l’est du continent.

« C’est inacceptable et insultant. Il s’agit peut-être d’un reste de l’apartheid. La nourriture est donc de meilleure qualité dans certains pays qu’en Europe de l’Est », s’est indigné le Premier ministre bulgare.

Test secret

Le gouvernement a donc envoyé des spécialistes acheter les produits soupçonnés dans des supermarchés d’Europe occidentale, afin de les analyser et de les comparer avec les produits vendus sous la même étiquette en Bulgarie.

Rumen Porozhanov, le ministre de l’Agriculture, des forêts et de l’alimentation, a indiqué que les achats de chocolat, produits laitiers, viande, boissons non-alcoolisées, jus et aliments pour bébé avaient déjà eu lieu en Allemagne et en Autriche.

« Nous allons à présent acheter les mêmes produits des grandes chaînes de distribution sur le marché bulgare et l’analyse commencera. Sur ce sujet, nous partageons la même vision que les autres pays de Visegrád », a-t-il déclaré. La Pologne, la Slovaquie, la République tchèque et la Hongrie ont aussi critiqué les politiques de qualité différenciées de plusieurs grandes multinationales.

Bratislava dénonce la discrimination alimentaire de l'Europe de l'Est

Une étude réalisée par le gouvernement slovaque a constaté d’importantes différences de qualité entre des produits similaires vendus en Slovaquie et en Autriche.

Les pays de l’Est souhaitent faire pression au niveau européen pour empêcher les grandes entreprises à offrir des produits de qualités diverses, avec des ingrédients différents en fonction des États, sous le même nom.

Cette tentative pourrait cependant se révéler vaine, étant donné que le droit européen se limite à imposer que la liste de tous les ingrédients soit visible sur l’emballage des produits.

En dénonçant un « apartheid alimentaire », le Premier ministre populiste entend surtout accentuer le sentiment anti-européen d’une grande partie de ses électeurs. Les gouvernements qu’il a dirigés ont en effet fermé les yeux sur des problèmes bien plus importants liés à la qualité des aliments dans le pays.

Produits « de remplacement »

La Bulgarie, le pays le plus pauvre de l’UE, autorise en effet l’utilisation de produits « de remplacement », ou « ersatz ». Les producteurs locaux vendent par exemple du fromage qui ne contient pas de lait et certaines firmes produisent du vin bon marché qui ne contient pas une seule molécule de raisin.

La Bulgarie sera à la présidence du Conseil du 1er janvier au 30 juin 2018. Rumen Porozhavov a récemment déclaré vouloir faire de la qualité des aliments une priorité de la présidence bulgare.

« Nous ne pouvons pas laisser les inégalités alimentaires s’installer en Europe »

La qualité des aliments peut différer grandement entre Europe occidentale et l’Europe centrale et de l’Est. L’eurodéputée Daciana Sârbu (S&D) s’est entretenue avec Euractiv Roumanie sur les inégalités qualitatives et sur la promotion de la production locale.

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