Contre l’apartheid alimentaire, la Commission songe au boycott

Vĕra Jourová, Member of the EC in charge of Justice, Consumers and Gender Equality [Commission]

La Commission européenne envisage de  déconseiller les produits de moindre qualité commercialisés en Europe de l’Est aux consommateurs.

L’exécutif européen a publié le 26 septembre une série de lignes directrices pour aider les gouvernements nationaux à déterminer si les entreprises alimentaires vendent des produits de moins bonne qualité dans leur pays.

Des enquêtes réalisées par les gouvernements d’États membres d’Europe centrale et de l’Est ont révélé que les entreprises multinationales du secteur alimentaire vendaient des produits fabriqués avec des ingrédients de moins bonne qualité que dans les pays les plus riches de l’UE, mais avec le même emballage.

La découverte de ces aliments « à double qualité » a déclenché de vives critiques de la part des dirigeants des États membres de l’est de l’UE. Le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, avait qualifié en juillet la double qualité des aliments d’ «apartheid alimentaire », alors que le gouvernement hongrois décrit ce phénomène comme « le plus grand scandale des temps modernes ».

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a promis de s’attaquer au problème lors de son discours sur l’état de l’Union du 13 septembre. « Je n’accepterai pas que dans certaines régions d’Europe, les gens se voient proposer des produits alimentaires de moindre qualité que dans d’autres pays, sous des marques et des emballages pourtant identiques », a-t-il martelé.

La Slovaquie menace d'agir seule contre la discrimination alimentaire

Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a posé un ultimatum à la Commission européenne pour qu’elle agisse face aux produits de moindre qualité vendus dans les États membres de l’Est. Un article d’Euractiv Slovaquie.

Les entreprises du secteur alimentaire ont défendu cette pratique, en disant que les divers marchés avaient des demandes diverses, et qu’elles adaptent donc leurs recettes aux goûts locaux. Les producteurs soutiennent par ailleurs qu’ils peuvent utiliser les ingrédients qu’ils souhaitent, tant qu’ils sont clairement mentionnés sur l’emballage.

Les lignes directrices présentées par la Commission européenne visent à aider les États membres à appliquer la loi européenne et s’assurer que l’information reçue par les consommateurs lorsqu’ils achètent un produit est correcte.

À l’annonce des lignes directrices, la commissaire européenne à la justice, Věra Jourová, a déclaré : « Présenter deux produits différents avec le même emballage et sous la même marque est une pratique trompeuse et déloyale vis-à-vis des consommateurs ».

Věra Jourová, commissaire tchèque, a déclaré qu’elle ferait de cette problématique un sujet personnel, car elle se souvient du début des années 1990, quand elle et ses parents s’étaient rendus pour la première fois en Autriche « avec quelques shillings autrichiens dans nos poches » et avaient acheté du chocolat et du café.

« Quand nous avons ramené le chocolat et le café, toute la famille est venue le gouter et il avait un goût différent. Aujourd’hui, nous sommes déjà loin de tout cela, mais les mêmes plaintes émanent encore des consommateurs », a-t-elle déclaré, ajoutant : « nous ne voulons pas d’un marché unique à double standards. »

« Nous ne dénonçons personne, vous savez que nous n’avons mentionné aucune marque en particulier, mais quand nous aurons les preuves, je n’hésiterai pas à conseiller aux consommateurs de ne pas acheter ces produits, si nous voyons très clairement que le problème est la qualité », a ajouté la commissaire.

Bratislava dénonce la discrimination alimentaire de l'Europe de l'Est

Une étude réalisée par le gouvernement slovaque a constaté d’importantes différences de qualité entre des produits similaires vendus en Slovaquie et en Autriche.

Jusqu’à présent, le caractère illégal de la double qualité des produits n’a pas été avéré. « La législation existante est probablement assez souple pour permettre – du moins dans certains cas – des produits à double qualité sur le marché, sans que cela soit illégal du point de vue technique », a déclaré Daciana Sârbu, eurodéputée roumaine (S&D) et vice-présidente de la commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire au Parlement.

En vertu de la directive sur les pratiques commerciales déloyales, les entreprises ne peuvent pas commercialiser des produits d’une même marque, présentés comme étant identiques, d’une manière qui est susceptible d’induire en erreur les consommateurs. Toutefois, « cela est très difficile à prouver », avertit Daciana Sârbu, tout en ajoutant que les lignes directrices de la Commission « font la lumière sur la situation et sont un pas dans la bonne direction ».

FoodDrinkEurope, le groupe industriel représentant les intérêts des producteurs de produits alimentaires et de boissons européens, a accueilli favorablement les orientations de la Commission pour les États membres. « Nous sommes impatients de travailler avec la Commission pour établir un dialogue avec d’autres parties prenantes, y compris les États membres et les organisations de consommateurs. »

« Nous ne pouvons pas laisser les inégalités alimentaires s’installer en Europe »

La qualité des aliments peut différer grandement entre Europe occidentale et l’Europe centrale et de l’Est. L’eurodéputée Daciana Sârbu (S&D) s’est entretenue avec Euractiv Roumanie sur les inégalités qualitatives et sur la promotion de la production locale.