L’appli française pour mieux manger veut traverser les frontières

[lyzadanger/Wikipedia]

Open Food Facts, le lauréat français du concours de Datathon de l’UE, prévoit de s’étendre à d’autres États membres pour améliorer l’information alimentaire au sein de l’Union européenne et dépasser les barrières linguistiques.

« Notre projet est de libérer l’information liée aux aliments que nous consommons. Aujourd’hui, l’information sur les valeurs nutritionnelles ou sur le niveau de transformation des aliments est soit difficile à obtenir soit le secret des fabricants », explique Pierre Slamich, vice-président d’Open Food Facts.

Open Food Facts scanne des codes-barres ou des listes d’ingrédients trouvés sur les emballages alimentaires, et informe les consommateurs sur le niveau, par exemple, de calories, de sucre, de sel, et le niveau de transformation.

Elle utilise les données de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) liées au risque chimique (Open Food Tox) et aux additifs.

La France étudie la mise en place d'un code couleurs pour les aliments

Un projet de loi propose de simplifier l’étiquetage des produits alimentaires grâce à la mise en place d’un code couleur. Une mesure qui vise à lutter contre la « malbouffe » en permettant au consommateur d’identifier rapidement les produits trop gras, trop sucrés ou trop salés.?

Stéphane Gigandet, le fondateur, et son vice-président, Pierre Slamich, étaient invités à la phase finale du Datathon de l’UE qui avait lieu le 2 octobre à Bruxelles, dont ils ont remporté le premier prix.

Cet événement est un concours qui vise à mettre en lumière la nécessité de lier les données européennes et nationales et de promouvoir la réutilisation de l’open data.

« Nous sommes à Bruxelles pour montrer ce qui peut être fait en combinant les données d’Open Food Facts avec les données européennes », explique Pierre Slamich, qui qualifie l’application de « wikipédia des aliments ».

« C’est un gros succès en France et nous voulons maintenant l’étendre en Europe pour que les langues ne soient pas un obstacle à l’information », a-t-il continué.

Dépasser les différences est-ouest

L’initiative cherche à donner aux consommateurs des informations complètes pour qu’ils prennent les valeurs nutritionnelles autant en compte que le prix ou le goût lorsqu’ils font leurs achats.

L’objectif est de créer un environnement alimentaire sain, avec des systèmes d’étiquetage guidant les consommateurs pour choisir des options plus saines à une époque où l’obésité et les maladies cardiovasculaires sont à la hausse, a-t-il ajouté.

Le but est aussi de mettre fin à la différence de composition des aliments au sein des États membres, a précisé Pierre Slamich.

« Les consommateurs et responsables politiques dans les pays d’Europe de l’Est soutiennent que les biens vendus en Europe occidentale – même les produits de multinationales très connues – sont de qualité supérieure à ceux vendus sous la même marque dans leur pays », a-t-il souligné.

« Nous aimerions donc fournir aux consommateurs de ces pays l’information dont ils ont besoin pour étayer leurs réclamations. »

Sous la pression de l’Est, Bruxelles interdit la double qualité des produits

La Commission européenne a annoncé le 11 avril qu’elle interdirait les différences de qualité des aliments entre les pays de l’UE, à la suite de plaintes des États d’Europe centrale et orientale (PECO).

Dans son discours sur l’état de l’union 2017, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker a estimé intolérable que les aliments et boissons vendus aux citoyens de l’Est soient de moins bonne qualité que ceux de l’Ouest.

« Je n’accepterai pas que dans certaines parties de l’Europe, les citoyens se voient vendre des aliments de moins bonne qualité que dans d’autres pays, malgré des marques et emballages identiques », a-t-il déclaré. « Les Slovaques ne méritent pas moins de poisson dans leurs bâtonnets de poisson, les Hongrois moins de viande dans leurs repas et les Tchèques moins de cacao dans leur chocolat. »

Conséquences pour les transformateurs agroalimentaires

L’application donne deux informations fondées sur le Nutri-score et la classification alimentaire NOVA. Le Nutri-score indique la qualité nutritionnelle générale d’un produit donné, via une échelle en cinq couleurs et lettres : du A, en vert foncé, indiquant la plus haute qualité nutritionnelle, au E, en rouge, pour les produits moins performants.

Le groupe NOVA classifie pour sa part les aliments en fonction du degré et de l’objectif de la transformation. Il a défini quatre catégories : aliments bruts ou peu transformés ; ingrédients culinaires ; aliments transformés ; et aliments ultra-transformés.

Quand on lui demande comment son application restera gratuite et indépendante, Pierre Slamich souligne qu’elle s’appuie sur le crowdsourcing, ou production participative.

« Tout le monde peut participer en scannant et en prenant une photo du produit, ainsi que les informations nutritionnelles. C’est un projet collaboratif, géré par une association sans but lucratif, indépendante de l’industrie », explique-t-il. « Et il est essentiel pour nous que ces données soient disponibles à tous, gratuitement. »

Il assure que certains producteurs français ont déjà réagi à l’application. Face à la popularité de l’application, « certains ont joué le jeu et annoncé des changements dans leurs recettes. »

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