L’étiquetage des pâtes en Italie inquiète la Commission et les producteurs

Un tribunal italien a approuvé le décret des ministères de l’Agriculture et du développement économique visant à inclure le pays d’origine sur les étiquettes des paquets de céréales et de riz. La décision inquiète la Commission et les fabricants de pates.

Aipedi, l’association professionnelle représentant plus de 20 producteurs de pâtes, dont le géant mondial Barilla, a cherché à suspendre le décret qui, à partir de février 2018, les obligera à inclure l’origine du blé dur sur les étiquettes.  Mais un tribunal italien a rejeté leur requête et invoqué la primauté des intérêts des consommateurs.

« Notre action a été interprété comme le signe d’un manque de transparence chez les producteurs de pâtes, mais ce n’est pas le cas », a déclaré le porte-parole d’Aidepi à Euractiv.

L’Italie est le plus grand producteur de pâtes au monde. Le pays produit environ 3,4 millions de tonnes de pâtes chaque année et en exporte la moitié. Chaque année, les usines de pâtes italiennes consomment six tonnes de blé dur, mais l’Italie n’en produit que quatre tonnes. Ce qui signifie qu’elle doit en importer deux tonnes.

Tout le blé italien ne peut pas devenir pâte : depuis qu’une loi a été adoptée en 1957, le blé doit respecter des exigences très précises sur la couleur, la taille du grain, les valeurs en protéines et en gluten, etc. Or selon le ministère de l’Agriculture, 30 % du blé italien ne respectent pas ces exigences.

Les producteurs de pâtes italiens sont tenus par la loi d’assurer une qualité élevée et ont donc besoin d’importer pour cela. Dans le même temps, ils se sentent pénalisés par une loi qui renforce des stéréotypes.

« La seule manière de sauver l’agriculture italienne est de se concentrer sur la qualité. Dire que le blé est italien ne veut pas nécessairement dire que c’est un blé de grande qualité », explique Aidepi.

Néanmoins, l’identité italienne est si étroitement liée avec la gastronomie, et notamment les pâtes, que toute action pour protéger le « made in Italy » – même déplacée – pourrait gagner du terrain.

L’Italie adopte un étiquetage très exigeant pour les produits laitiers

Les producteurs laitiers italiens doivent désormais indiquer l’origine des matières premières utilisées sur les étiquettes de leurs produits, y compris pour le fromage. Un article de notre partenaire, Italia Oggi.

La directive européenne sur les informations alimentaires données aux consommateurs permet aux producteurs d’indiquer de manière volontaire le pays ou lieu d’origine de certaines catégories d’aliments. La Commission favorise cette approche non contraignante pour ne pas imposer un fardeau trop lourd aux producteurs.

Elle permet toutefois à certains États membres, comme l’Italie, la France, l’Espagne, la Grèce, de tenter d’inclure l’origine de la viande ou du lait sur les étiquettes. Ces systèmes sont temporaires et devraient permettre à la Commission de tâter le terrain afin d’évaluer « la nécessité d’explorer une évolution de la politique sur le sujet, en prenant en compte la valeur ajoutée de dispositions prises pour le consommateur », indique un porte-parole.

L’Italie a quant à elle été un peu plus loin, en décidant d’imposer de nouvelles règles sur l’étiquetage des produits à base de pâtes, de riz et de tomates – sans en notifier la Commission, contrairement à ce qu’exige la loi européenne.

L’Italie avance seule sur l’étiquetage de l’origine de ses tomates

Le ministère italien de l’Agriculture compte  inclure l’origine des ingrédients principaux sur les étiquettes des produits à base de tomates. Une idée qui a provoqué les critiques de l’industrie européenne alimentaire.

« La Commission s’inquiète et attend de plus amples informations de la part des autorités italiennes sur les nouvelles lois », a déclaré un porte-parole de la Commission.

Le ministre italien de l’Agriculture, Maurizio Martina, est parti seul en croisade pour protéger les produits fabriqués en Italie – et espère de cette façon donner de nouveau la parole aux agriculteurs à Bruxelles.

« Avançons sur la protection de la production italienne et sur l’origine des matières premières. Nous voulons désormais une loi européenne », a-t-il tweeté après confirmation de ses décrets par le tribunal.

Les fabricants de pâtes italiens appellent Bruxelles à l'aide

La décision de l’Italie d’imposer un étiquetage obligatoire sur les pâtes et le riz est contestée par l’industrie, qui a appelé la Commission à annuler la mesure.