Le Parlement réclame des objectifs de réduction du gaspillage

D'après le rapport des eurodéputés, 70 % du gaspillage provient des ménages, du secteur commercial et de la restauration, et 30 % de la production et de la transformation d'aliments. [Philip Cohen/ Flickr]

Les eurodéputés encouragent la Commission européenne à instaurer des objectifs contraignants en matière de réduction du gaspillage d’ici 2020.

La commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire du Parlement européen (ENVI) a voté le 11 avril à l’unanimité en faveur d’un rapport intitulé « Efficacité des ressources: réduire le gaspillage alimentaire, améliorer la sécurité alimentaire ».

D’après le rapport, qui se base sur des données récoltées depuis 2014, 55 millions de personnes, soit 9,6 % de la population européenne, n’ont pas les moyens d’avoir accès à un repas de qualité chaque jour, et 118,8 millions de personnes, soit 23,7 % de la population européenne, sont menacées de pauvreté et d’ « exclusion sociale ».

88 millions de tonnes de nourriture gaspillée

Les chiffres concernant le gaspillage alimentaire soulignent cependant un paradoxe : 88 millions de tonnes de nourriture sont gaspillés chaque année dans l’UE, un nombre qui risque d’augmenter à près de 126 millions de tonnes d’ici 2020 si aucune mesure immédiate n’est prise.

D’après le rapport des eurodéputés, 70 % du gaspillage provient des ménages, du secteur commercial et de la restauration, et 30 % de la production et de la transformation d’aliments. Le Parlement précise qu’une partie du gaspillage alimentaire au niveau de la production est dû aux normes des détaillants concernant les caractéristiques des produits, à l’annulation de commandes en raison des variations de la demande des consommateurs, et à la surproduction de nourriture pour satisfaire certaines exigences saisonnières.

La Cour des comptes européenne a récemment critiqué la Commission européenne pour son manque d’action contre le gaspillage alimentaire. Elle a également enjoint à l’exécutif européen d’harmoniser davantage les politiques de secteurs comme l’agriculture et la pêche. Les États membres n’auraient quant à eux pas correctement utilisé le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) pour faciliter les dons de nourriture en finançant le stockage et le transport.

La Commission épinglée sur le gaspillage alimentaire

Dans un rapport publié le 17 janvier, le Cour des comptes inflige une volée de bois vert à la Commission, qui passe complètement à côté de ses objectifs en matière de gaspillage alimentaire, et donc d’efficacité de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Le besoin de réduire le gaspillage alimentaire et d’« améliorer l’efficacité des ressources européennes pour chaque maillon de la chaîne alimentaire » est donc « urgent ».

Une réponse systémique

Pour trouver une solution à cette situation dramatique, la Commission européenne et les États membres doivent s’engager à agir, souligne le rapport, qui préconise la mise en place d’une « politique coordonnée » aux niveaux européen et national.

Si les États membres devront prendre des mesures pour réduire le gaspillage alimentaire de 30 % d’ici 2025 et de 50 % d’ici 2030 (par rapport aux chiffres de 2014), la Commission devra quant à elle proposer des objectifs contraignant de réduction du gaspillage d’ici 2020, à mettre en application aux horizons 2025 et 2030.

Si la Commission adopte ces objectifs, ce sera aux États membres « de surveiller et d’évaluer la mise en application des mesures de réduction du gaspillage » et d’encourage la Commission à « soutenir une définition contraignante du gaspillage ».

Le Danemark à la pointe contre le gaspillage alimentaire

Le Royaume scandinave a réduit le gaspillage alimentaire de 25% en cinq ans seulement, grâce à un nouveau regard sur les produits périmés.  Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement

Conséquences multiples

Biljana Borzan, eurodéputée social-démocrate croate (S&D) et rapporteuse du rapport, a indiqué à Euractiv que près d’un tiers de la nourriture produite pour la consommation humaine était perdue ou gaspillée du producteur à l’assiette.

« Le gaspillage et les pertes entraînent chaque année un manque à gagner de 940 milliards de dollars. C’est l’une des principales causes de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition. Pour couronner le tout, la nourriture qui ne finit pas dans nos assiettes consomme un quart de l’eau utilisée dans l’agriculture, requiert la culture de terres d’une superficie aussi grande que la Chine et est responsable de près de 8 % des émissions de gaz à effet de serre », a-t-elle déploré.

D’après l’eurodéputée, étant donné que le gaspillage se retrouve dans tous les stades de la chaîne de production et de consommation, l’UE pourra difficilement adopter une « réglementation miracle » pour régler le problème.

« À l’heure actuelle, 52 lois européennes agissent à des degrés différents, de manière positive ou négative, contre le gaspillage alimentaire […] nous avons besoin d’une politique coordonnée aux niveaux européen et national qui prenne en compte les déchets, la sécurité alimentaire et l’information, mais aussi des aspects d’économie, de recherche et d’innovation, d’environnement, d’agriculture, d’éducation et de politique sociale », a-t-elle averti.

Bucarest veut augmenter les prix de la nourriture pour lutter contre le gaspillage

Le ministre roumain à l’Agriculture souhaite réduire le gaspillage alimentaire en augmentant les prix de la nourriture. Il estime que les citoyens n’en connaissent pas la vraie valeur. Un article d’EurActiv Roumanie.

Réactions

Angélique Delahaye, rapporteuse pour le Groupe PPE : « Les deux axes primordiaux pour réduire le gaspillage alimentaire et améliorer la sécurité alimentaire sont une définition claire et précise de la notion de ‘gaspillage alimentaire’ car, aujourd’hui, il n’en existe pas au niveau européen ; et la mise en place d’une méthodologie commune de calcul de ce gaspillage.

De même, il est essentiel de mettre en place une hiérarchie des déchets. Lorsque les produits ne sont pas vendus, plutôt que de les jeter, la priorité doit être redirigée en premier lieu vers l’alimentation humaine, puis l’alimentation animale, avant d’envisager d’autres utilisations comme le compostage ou la méthanisation.

Il s’agit d’un problème général qui doit-être appréhendé par l’ensemble de la chaîne, du producteur agricole au consommateur. »