Bill Peduto : « L’Europe doit être fière de son action sur le climat »

Bill Peduto, maire de Pittsburgh, Pennsylvanie, lors de l'AG de l'Alliance des maires pour le climat, à Paris le 25 juin. Photo Mike Ball

L’Alliance des maires pour le climat, qui réunit désormais 10 000 villes du monde entier, s’est réunie à Paris le 26 juin. Bill Peduto, maire de Pittsburgh, en Pennsylvanie, y participait.

Le maire démocrate  de Pittsburgh s’est vraiment emporté contre l’annonce de Donald Trump sur la sortie de l’accord de Paris. À l’époque, il avait immédiatement tweeté que sa ville ne sortirait pas de l’accord. Il est maintenant un des leaders de l’alliance des maires pour le climat.

Le président Donald Trump a décidé en 2017 que les États-Unis devaient sortir de l’Accord de Paris. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Avant l’annonce du président, il y avait 60 villes qui avaient décidé de s’engager dans l’Accord de Paris de leur côté aux États-Unis. Nous en sommes aujourd’hui à 400.

Le nombre d’Américains préoccupés par le changement climatique est aujourd’hui majoritaire. Ce sont surtout les habitants des villes les plus frappées par le changement climatique. L’essentiel de notre empreinte carbone est lié à l’urbanisme : aux transports et aux bâtiments. Nous avons encore beaucoup à faire, notamment sur le volet du charbon et des industries gourmandes en énergie.

Quelles actions les maires peuvent-ils entreprendre ?

En tant que maires, nous pouvons faire une bonne partie du chemin, en réduisant le recours aux voitures individuelles grâce à des transports collectifs efficaces, en investissant pour de l’immobilier plus efficace.

À Pittsburgh, nous projetons que l’énergie de la ville soit 100 % renouvelable en 2045, et 2030 pour les activités de la municipalité. Pour l’instant, nous utilisons surtout du nucléaire et du charbon, donc cela prendra du temps.

Comment la population réagit ces annonces ?

On nous dit qu’on est fou et que c’est impossible, et aussi que c’est insuffisant. Mais nous ne nous concentrons pas sur les réactions extrêmes ! Ce qui compte, c’est que tous les jours nous faisons quelque chose pour que cet engagement se concrétise. C’est un travail de fond !

Est-ce que donner un prix au carbone pourrait vous aider ?

Oui, c’est certain, et cette question sera centrale dans la primaire des candidats démocrates à l’élection présidentielle américaine. Mettre un prix sur une ressource permet de se rendre compte de sa réalité, notamment pour les industries émettrices.  Mais beaucoup d’Américains sont encore convaincus que le changement climatique n’existe pas. Donc pour l’instant donner un prix un carbone me semble compliqué.

Pensez-vous que le climat va être un enjeu des élections présidentielles américaines ?

Il y a deux sujets à propos desquels les jeunes vont se faire une idée sur les candidats : les armes à feu et l’environnement. Ce sont des sujets dont on ne parle pas d’ordinaire, mais cette fois ce sera différent.

Après la campagne de 2016, beaucoup de citoyens se sont demandé pourquoi personne ne parlait d’environnement aux candidats dans les grands médias. Si c’est encore le cas cette fois, si les médias n’embrayent pas, les réseaux sociaux, les réseaux informels, locaux, seront l’endroit où l’on pourra avoir un débat sur le climat.

Comment l’environnement peut-il devenir un enjeu pour les électeurs ?

L’enjeu, c’est ce qui se passe dans nos territoires : Pennsylvanie, Ohio, Michigan, Wisconsin. En 2016, Trump les a convaincus que voter pour l’environnement, c’était voter contre leur emploi. En 2020 le candidat démocrate doit avoir un programme explicite sur le sujet : voter pour l’environnement permet d’avoir un emploi pour vous et vos enfants. Il faut investir, et sérieusement dans les territoires qui ont construit les États-Unis. Le candidat démocrate doit prévoir ca : un plan Marshall pour les villes les plus frappées par l’évolution de l’économie. En 2016, les démocrates ont promis à des gens qui travaillent de leur main de leur apprendre à coder. Mais pour eux, c’était presque une insulte : eux et leurs parents ont bâti l’Amérique de leurs mains, et on leur demande de s’installer derrière un ordinateur ?

Comment fonctionne la coopération des villes sur le climat ?

Pittsburgh est un bon exemple, parce que la ville revient de loin ! Dans les années 40, l’éclairage public fonctionnait en permanence tellement la pollution était épaisse, à cause des hauts-fourneaux et des centrales à charbon. Nous étions la ville la plus polluée des États-Unis, le surnom de la ville, c’était l’enfer où on a éteint la lumière (Hell with the light off) !

Aujourd’hui, nous ne sommes pas la meilleure, mais l’air a été nettement amélioré. Nous avons des représentants du Viêt Nam, de la Chine qui viennent nous voir pour comprendre comment cela a été possible : cela leur donne espoir.

Quelle a été la recette magique de Pittsburgh ?

Au départ, il y a eu un gros effort de la ville, qui a organisé des partenariats public-privé pour nettoyer l’air, l’eau, le bord des fleuves. C’est ce qui a attiré des investissements culturels : plusieurs musées, l’université, etc. Maintenant, Pittsburgh est devenu un gros centre de R&D notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle appliquée à la médecine. Si on travaille tous ensemble, les avancées sont nettement plus rapides.

L’Europe a toujours été fière de son leadership sur le climat. Mais les États membres n’arrivent pas à s’entendre sur un objectif de neutralité carbone pour 2050, est-ce que cette situation compromet le rôle d’exemple de l’Europe ?

L’Europe peut toujours être fière de son action climatique. L’Europe est une source d’inspiration, ses innovations et ses initiatives en matière environnementale sont suivies partout dans le monde. L’Europe en est là où le reste du monde sera dans 10 ans, quand les effets du changement climatique seront encore plus évidents. L’Europe sera alors très en avance. À Pittsburgh, nous avons travaillé avec le gouvernement danois et la ville d’Aarhus, et appris comment ils avaient pu réduire de 50 % leur consommation énergétique au travers d’un plan énergie local. Inutile d’inventer la roue : nous avons signé un accord de coopération qui nous permet d’aller plus vite. Certes quand les politiques stagnent momentanément, c’est décevant, mais vous êtes encore loin devant le reste du monde.

Les États-Unis devraient signifier en novembre prochain leur sortie de l’Accord de Paris, et ce sera effectif en novembre 2020. Comment empêcher cela ?

Techniquement, j’ai compris que le nouveau président des États-Unis pourra, le 1er janvier 2021, prendre un décret pour décider de revenir dans l’accord de Paris. Il ne faut pas attendre, même pas une journée : ce sera la première décision à prendre.

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