« Les accords commerciaux créent la richesse, mais ne la distribuent pas »

Daniel Costello

La richesse créée par le commerce doit être équitablement distribuée, pour que tout le monde en profite, a déclaré Daniel Costello, ambassadeur canadien auprès de l’UE, en vue de la probable signature de l’accord commercial UE-Canada.

Daniel Costello est l’ambassadeur canadien auprès de l’UE.

Le CETA est-il sur la bonne voie ?

Bien entendu. Au Canada, le gouvernement, l’opposition, les dix provinces et trois territoires ont atteint un consensus pour soutenir l’accord. Nous sommes impatients d’aller de l’avant.

Je crois que du côté européen les choses sont complexes, mais que des décisions seront prises rapidement. Nous suivons la situation de près et nous faisons notre part du travail, mais nous ne sommes pas à la table des négociations.

Une déclaration interprétative conjointe, rédigée par les deux parties, permettra de clarifier un certain nombre de dispositions sources d’inquiétudes. Elle précisera ce que nous avons atteint et ce que nous avons l’intention de faire, afin de fournir certaines assurances.

Plusieurs pays risquent de continuer à demander des amendements. L’Autriche par exemple, n’est pas convaincue par la question de l’investissement. Quel impact pourrait avoir son avis ?

Je pense que cette question a été tranchée. La Commission a soumis le CETA au Conseil en tant qu’accord mixte. Il nécessitera donc l’approbation de tous les États membres au niveau national. La partie qui sera considérée comme relevant exclusivement de la compétence européenne n’a pas encore été définie.

Nous pensons que la question de l’investissement sera une compétence mixte et ne sera donc pas appliquée de manière provisoire.

Plus de temps sera accordé aux États membres pour considérer la question. Nous maintenons toutefois que le CETA est l’accord commercial le plus progressiste qui existe.

Les critiques risquent tout de même de fuser, ce qui pourrait faire dérailler la ratification. Y a-t-il quelque chose à faire pour éviter un échec ?

Avec les changements que nous avons faits, nous avons essayé de rassurer. Le CETA a pour objectif de promouvoir la croissance et l’emploi, grâce à plus de commerce et d’investissement.

L’UE et le Canada sont deux économies matures, nous ne faisons pas que vendre sur le marché de l’autre ; nous faisons des affaires sur l’autre marché. Nous espérons voir plus de Canadiens venir en Europe, y installer leur entreprise et investir, et vice et versa.

La protection de l’investissement est juste un effort pour encourager l’investissement, faire comprendre que nous nous opposons à la concurrence déloyale et à l’expropriation. Je pense que nous sommes tous d’accord là-dessus.

Pour cela, nous avons créé un processus qui est plus transparent que ce que nous avons vu ailleurs.  Cela comprend un tribunal public, des règles plus strictes sur les conflits d’intérêt et une position plus claire sur l’éligibilité. Seules les sociétés physiquement présentes sur notre marché et ayant une activité commerciale importante ont accès à cela. C’est une manière pour nous d’avancer et d’essayer de montrer que le but n’est pas de limiter le rôle du gouvernement.

Nous avons été clairs sur le fait que ces procédures ne visent en aucun cas à restreindre la capacité du gouvernement à légiférer dans l’intérêt de la population.

Nous sommes conscients de ces inquiétudes, elles étaient déjà présentes quand nous avons négocié notre accord commercial USA-Canada et l’ALENA [accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis]. Or, elles ne se sont pas matérialisées, et n’ont notamment pas altéré la qualité des services publics. Nous partageons les mêmes valeurs et le CETA est un moyen naturel de cultiver notre relation.

Certains disent que l’ALENA n’est pas parvenu à créer de l’emploi aux États-Unis. Qu’avons-nous appris de l’ALENA qui pourrait aider à la mise en place du CETA ?

Je pense que c’est un point de vue minoritaire, notamment parmi les économistes. Notre expérience montre que l’ALENA nous a été fortement bénéfique.

Notre société a énormément bénéficié du commerce, nous sommes une nation commerçante. Le commerce crée la richesse, mais ne la distribue pas.

Nous devons rappeler que les accords commerciaux ne subvertissent pas le rôle essentiel du gouvernement. Et le CETA fait bien comprendre cela.

L’une des plus grandes critiques concernant le commerce et la mondialisation est la question des inégalités et l’échec de redistribution de la richesse. Comment le CETA pourrait contribuer de manière positive à la mondialisation ?

Une fois que le CETA sera signé et appliqué, il pourra démontrer les résultats qu’il est capable de donner. Il existe un consensus selon lequel les sociétés ouvertes, la mondialisation et les technologies apportent bien des bénéfices, mais ces derniers ne sont pas partagés.

Le libre-échange crée de la richesse, mais les États ne parviennent pas à suivre leur rythme de croissance. Les gouvernements n’ont pas suivi le rythme avec le niveau de soutien social qui était nécessaire.

Les accords commerciaux ne peuvent rien imposer aux différentes parties, car nous vivons dans un monde démocratique, mais ce dont ils ont besoin est de soutien politique, comme une répartition des revenus, des allocations familiales et de retraite, des normes environnementales, etc.

Notre gouvernement a été élu pour soutenir la classe moyenne, dont la frustration provient essentiellement des inégalités. Certaines préoccupations doivent être dissipées, mais ce n’est pas en arrêtant le libre-échange que nous allons y parvenir.

 

Pour préparer le Brexit, le Canada est en train d’établir une agence au Royaume-Uni pour stimuler les échanges. Le Brexit est-il une aubaine ou une malédiction pour le Canada ?

Ni l’un ni l’autre, c’est juste un fait. Les implications et les conséquences ne sont pas encore connues. Il n’y a pas encore eu de Brexit. Jusqu’à ce que nous sachions ce qui émerge de l’autre côté, tout ce que je peux dire est que nous sommes attachés à une relation étroite avec l’UE et avec le Royaume-Uni, quelle que soit leur relation. Ils sont nos partenaires et alliés les plus proches. Nous devons rester unis.

Si le CETA était signé ce mois-ci, pourrait-il y avoir un CETA 2 entre l’UE et le Royaume-Uni ?

Le CETA est entre le Canada et l’UE. Le Royaume-Uni fait toujours partie de l’UE et nous espérons faire avancer l’accord rapidement et que les bénéfices soient visibles le plut tôt possible.

 

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