Brexit: « La politique n’a souvent aucun effet sur les décisions des investisseurs »

Smith pense que les arguments économiques vont convaincre les Britanniques de voter contre le Brexit. [Jorge Valero]

Les investisseurs institutionnels misent davantage sur le long terme et sont donc pas vraimment assujétis aux décisions politiques, telles que le Brexit, selon Paul Smith, représentant du CFA Institute.

Paul Smith est le président et le PDG du Chartered Financial Analyst (CFA) Institute qui rassemble 140 000 membres dans le monde entier autour de normes exigeantes et de l’excellence professionnelle dans le monde de l’investissement.

Les investisseurs sont-ils inquiets au sujet des bouleversements actuels ou sont-ils concentrés sur le plus long terme ?

Les investisseurs regardent au-delà des agitations politiques actuelles aux États-Unis, en Europe, en Chine ou en Russie dont l’importance est minimisée, et voient les potentielles solutions, ce qui permet de prendre en compte ces risques beaucoup plus facilement.

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Quelles sont leurs principales préoccupations ?

Des choses comme la situation de banqueroute généralisée et la difficulté à éponger une dette colossale. Par conséquent, les taux d’intérêt sont particulièrement bas, le risque de déflation est important et les gouvernements du monde entier augmentent les impôts.

Ce sont des préoccupations beaucoup plus inquiétantes pour les investisseurs, qui ne peuvent pas forcément prédire la tournure des événements. Bien sûr, les bouleversements en Chine et en Europe sont étroitement liés au ralentissement de la croissance économique. Mais les affaires politiques ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. La partie immergée concerne l’économie mondiale, ainsi que les méthodes que nous utiliserons pour la relancer.

 

Et en ce qui concerne le Brexit…

Cela ne va pas se produire.

Mais si cela devait se produire, quelles seraient les conséquences du côté des investissements ?

Nous avons fait un sondage auprès de nos membres. Sur le court, moyen et long terme, nos membres pensent que ce serait extrêmement mauvais pour les trois indicateurs économiques majeurs : la valeur de la livre sterling, la valeur des actions et les taux d’intérêt. La valeur de la livre et des actions chuteraient, alors que les taux d’intérêt augmenteraient. Il s’agit de notre point de vue en tant que professionnels. Nous ne ferons pas de commentaire concernant la politique.

Du côté des investissements, nous ne pensons pas qu’un « Brexit » serait positif. Dans un premier temps, il n’y aurait pas tellement de difficultés, grâce à la consommation de produits locaux, mais sur le long terme, il faut se développer sur le marché mondial pour développer sensiblement la croissance économique du pays.

L’instabilité politique a-t-elle une importance dans les décisions d’investissement ?

Je pense que les investisseurs se préoccupent plus de la situation dans son ensemble, puisqu’en Europe, que vous soyez de gauche ou de droite importe peu. La marge de manœuvre est assez petite.

En Espagne, par exemple, si un gouvernement de l’extrême gauche est élu, que peuvent-ils faire ? Il n’y a pas d’argent. Il en va de même pour un gouvernement de droite. La politique est importante, mais elle n’aura souvent aucun effet sur les décisions des investisseurs.

Cette question confirme cependant la perception négative qu’ont les citoyens en ce qui concerne le lien entre la politique et les investisseurs, ainsi que la façon dont les hommes politiques gèrent les marchés…

Partir du principe que ces deux aspects ne vont pas ensemble est naïf. Pourquoi, d’après moi, la Grande-Bretagne restera-t-elle ? Parce que les personnes qui veulent une sortie de l’UE n’ont pas encore prouvé que ce serait une amélioration, sur le plan économique.

En fait, tous les économistes et tous les hommes d’affaires confirmeront que ce serait pire. Finalement, ce sont ces aspects qui vont influencer le vote. Les gens ne voteront pas pour une idéologie politique, ils vont surtout s’assurer de la sécurité de leur retraite et leurs emplois. Quelle est la bonne politique à adopter ? Assurer la sécurité et garantir un cadre de vie décent.

Alors, pourquoi ces distinctions artificielles existent-elles ? Elles n’existent que dans l’esprit des gens.

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Êtes-vous optimiste concernant l’avenir de l’Europe ?

Oui, absolument. Je pense que l’Europe est de loin le continent le plus riche de la planète. Et abrite la population la plus intelligente. Actuellement elle vit une transition économique et politique difficile. Toutefois, sa volonté de faire fonctionner la coopération entre la plupart des Européens, les Britanniques mis à part, est extraordinaire. J’espère que mon pays va décider de continuer à faire partie de l’UE. Elle représente l’avenir.

En direct: Le Royaume-Uni quitte l'Union européenne

Le référendum sur le Brexit se tiendra le 23 juin 2016. Les britanniques devront se prononcer  à cette occasion sur le maintien de leur pays au sein de l'Union européenne. Suivez les dernières actualités en direct sur EURACTIV

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