Christophe Rouillon: «Il manque une opinion publique européenne pour contrer l’égoïsme des États»

Christophe Rouillon, élu local engagé sur les questions européennes, veut être tête de liste du PS pour les Européennes.

Le Parti socialiste, à l’instar des autres partis français, peine à trouver un consensus autour d’une tête de liste pour les élections européennes. Christophe Rouillon est candidat pour mener cette bataille électorale.

Christophe Rouillon est maire PS de Coulaines en périphérie du Mans. Fort d’une longue expérience politique au niveau local (il est élu conseiller municipal au Mans dès 1995), il était déjà présent sur les listes PS pour les élections de 1994 et de 2014. 

Quelles sont les priorités européennes que vous aimeriez mettre en avant ?

En numéro un, c’est la transition énergétique. Je suis ambassadeur du pacte européen des maires contre le réchauffement climatique et, dans ma ville, j’ai interdit le glyphosate depuis 10 ans et réduit de 40 % les émissions de gaz à effet de serre.

Au niveau européen, il faut que l’on arrive à se passer des matières premières qui proviennent des pays du Golfe ou de la Russie. Je plaide pour la création d’un fonds de 500 milliards d’euros d’investissement pour y arriver.

Il peut être financé via une augmentation du budget de l’UE à hauteur de 1,2 % et via la mise en place d’un budget de la zone euro, pour réduire les écarts de compétitivité entre les états. Ce budget « zone euro » doit permettre aux membres les plus en difficulté de pouvoir rattraper le peloton de tête.

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Il y a une richesse insolente étalée au grand jour mais les citoyens européens n’ont pas le sentiment de profiter des fruits de la croissance. Certaines entreprises génèrent des bénéfices colossaux, en particulier les multinationales. Il est temps de renvoyer l’ascenseur à nos concitoyens, par exemple en se donnant les moyens de taxer les entreprises qui réalisent des marges en Europe et qui ne s’acquittent pas d’un impôt suffisant.

Enfin, sur la migration, il faut mettre un terme au règlement de Dublin, qui est mort à mon sens. Il faut imposer aux états européens la répartition des réfugiés pour soulager les pays de premier accueil.

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Les membres du groupe S&D du Parlement européen sont réunis jusqu’au 9 novembre pour parler de la relation UE-Afrique. Quel regard portez-vous sur cet enjeu ?

Je suis  déjà impliqué sur ces questions puisque je suis à l’origine des assises européennes de la coopération décentralisée. Il y a un gisement de croissance incroyable en Afrique, il faut que l’Europe y retrouve ses appuis, ses soutiens, qu’elle aide les pays à s’en sortir sur place pour éviter l’émigration clandestine et le développement du radicalisme et du terrorisme.

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Je propose que chaque habitant européen verse un euro par an pour l’aide au développement des pays du sud. L’enjeu méditerranéen est fondamental pour notre stabilité. L’Afrique a une perspective de croissance immense et ce n’est pas normal que les chinois nous dament le pion.

Nous devons enfin atteindre les 0,7 % du PIB national consacré à l’aide au développement, renforcer l’aide publique au développement de l’UE et faciliter le soutien aux petits projets, pour lesquels les collectivités locales doivent s’engager. A Coulaines, nous versons 1€ par an et par habitant, depuis 10 ans, pour fournir de l’eau à 20 000 habitants à Kouré, au Niger. C’est une des communes rurales les plus pauvres au monde, dans une zone sahélienne menacée par le terrorisme.

La critique à outrance de l’UE au sujet de ces flux migratoires, pourtant historiquement bas, trouve un certain écho chez les électeurs. Comment l’expliquez-vous ?

Il faut reconnecter l’Europe avec ses citoyens. C’est une aventure magnifique, nous sommes 500 millions et nous avons des territoires remarquables, des populations formées, intelligentes, ouvertes sur le monde… Les Européens doivent mieux se connaître, doivent pouvoir échanger. Il faut investir dans la mobilité, et pas simplement pour les jeunes.

La démocratie européenne doit être renforcée, avec un rôle plus important accordé au Parlement européen et la possibilité pour les citoyens de pouvoir s’exprimer par des initiatives citoyennes et à travers les corps intermédiaires.

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Il manque une opinion publique européenne pour contrer l’égoïsme des états. 60 % des Européens continuent à faire confiance à l’Europe, elle est aimée et appréciée. L’UE ne doit plus servir de punching-ball, ce n’est pas le problème, c’est la solution.

Votre parcours politique s’est pour l’instant construit au niveau local, est-ce une force ou une faiblesse au moment de vouloir entrer sur la scène européenne ?

Les élus locaux sont les seuls élus qui gardent la confiance de leurs concitoyens. Je suis un maire impliqué dans l’UE donc je veux faire profiter l’UE de ma crédibilité, de la crédibilité des élus locaux. Au moins, on ne pourra pas me faire passer pour un technocrate hors-sol !

Je pense que les gens recherchent l’honnêteté et quelqu’un qui s’intéresse véritablement à l’Europe, qui n’utilise pas la position comme un tremplin ou comme un lot de consolation parce qu’il a échoué dans d’autres mandats. Je m’engage à mener mon mandat jusqu’au bout en cas d’élection.

À plus de six mois des élections, le PS est donné aux alentours de 6 % dans les sondages, contre 14 % de 2014. Comment mobiliser les électeurs le 26 mai ?

Si on est capable d’avoir un programme européen, on peut faire revenir les gens. Je sens une envie de revenir vers un projet démocratique, ambitieux, et je suis prêt à incarner cette perspective de revenir vers les scores qu’on avait précédemment. J’ai l’objectif d’atteindre les 10 %.

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L’élection européenne est aussi importante que celle d’un maire ou d’un président de la République, et il faut que les candidats incarnent cette importance. Si c’est uniquement pour utiliser l’Europe comme tremplin, les gens vont le sentir et voter n’importe quoi en réaction.

Pourtant s’il y a une élection où il ne faut pas voter n’importe quoi, c’est cette élection, parce que l’Europe est en danger, menacée. Je ne sais pas si c’est l’élection de la dernière chance mais je me bats pour apporter de la crédibilité et du sérieux. Et pour éviter qu’il y ait 300 députés anti-européens au mois de juin prochain..

Vers qui vous tournez-vous en Europe pour trouver des motifs d’espoir socialiste ?

Je connais bien Antonio Costa et Pedro Sanchez, ce sont des exemples à suivre. Costa a réussi à redonner un espoir en s’occupant du pouvoir d’achat.

Il faut des élus qui soient les visages de l’Europe, qui soient capables d’expliquer l’UE à nos concitoyens, d’établir des rapports de force avec les puissances de l’argent. Quand l’Etat fait primer les intérêts à court terme et les petites lâchetés nationales, il faut pouvoir engager le bras de fer.

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