Frédéric Bierry: «Oui pour un seul siège du Parlement européen, mais à Strasbourg»

Frédéric Bierry, président du conseil départemental du Bas-Rhin

La task-force qui défend le siège du Parlement européen à Strasbourg a sondé les eurodéputés et fonctionnaires européens sur leurs séjours strasbourgeois. S’ils sont remontés contre le tarif des hôtels, ils apprécient globalement la ville, notamment son offre de restauration.

Ancien maire de Schirmeck, membre du parti Les Républicains, Frédéric Bierry est président du Conseil départemental du Bas-Rhin.

Vous avez fait réaliser une étude à propos des critiques des députés et fonctionnaires qui fréquentent Strasbourg, qu’en retirez-vous ?

Nous voulions savoir quelles sont les principales critiques des élus, quand ils viennent à Strasbourg pour la session parlementaire : ce qu’ils vivent concrètement.  Nous avons eu 521 réponses détaillées. Les critiques sont claires : elles concernent surtout le prix de l’hôtellerie durant les sessions parlementaires, et le problème d’accessibilité de l’aéroport. Ce ne sont pas des problèmes insurmontables, mais ce sont des sujets qui doivent être traités.

Comment peut-on empêcher les hôtels d’augmenter leur prix ?

Le Parlement européen, c’est 28.000 emplois pour Strasbourg. Si nous devions perdre cela, ce serait une énorme perte pour toute l’activité économique locale. Il faut trouver un équilibre : les hôtels peuvent rehausser leur prix, un peu, pendant la session parlementaire. Mais pas dans des proportions aberrantes.

Les répondants viennent principalement en train à 67 %, et réclament une ligne directe Bruxelles-Strasbourg…

Ça fait partie des demandes, en effet : un train direct régulier. Nous allons aussi nous poser la question de développer l’aviation d’affaires, qui propose des tarifs qui peuvent être intéressants entre Bruxelles et Strasbourg. Je veux faire gagner du temps à ceux qui se déplacent, c’est ça qui est important.

Le siège du Parlement européen n’a jamais été remis en question aussi directement, notamment par la  présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer. Est-ce que cette étude est une réponse ?

Oui bien sûr. Mais depuis ces déclarations à l’encontre de Strasbourg, nous avons eu des contacts différents, notamment avec les collectivités locales allemandes. L’Allemagne a plutôt intérêt à garder Strasbourg en tant que capitale européenne, comme nous. Les retombées se font sentir des deux côtés de la frontière. Reconstruire le couple franco-allemand, ça peut passer par incarner ce couple au travers de la ville de Strasbourg, siège de la démocratie européenne.

L’heure est pourtant plus aux critiques qu’à l’enthousiasme envers Strasbourg ?

Il y a une fenêtre de tir avec les travaux qui vont démarrer à Bruxelles, dans le bâtiment « Caprice des Dieux ». Maintenant que les élections sont derrière nous, il faut plus de transparence, on a parlé d’un coût allant de 500 millions à 1,5 milliard pour ces travaux, ce serait bien qu’on en sache plus.

En attendant, nous accueillons le Parlement européen à plein temps à bras ouverts, et c’est une bonne occasion pour se poser la question du siège. Moi je dis : OK pour un seul siège. Mais à Strasbourg !

Les autres institutions européennes comme la Commission et le Conseil de l’UE sont à Bruxelles, n’est-ce pas un peu compliqué pour le travail des eurodéputés de les installer à Strasbourg ?

À Strasbourg nous avons aussi le Conseil de l’Europe. Et puis nous venons de traverser des élections qui manifestent clairement l’envie des citoyens de voir une Europe plus démocratique. En France un électeur sur deux seulement a voté, et encore un tiers d’entre eux pour des partis anti-européens. Pour renouer le contact avec les citoyens, distinguer Bruxelles, qui est considérée comme la ville des eurocrates, de Strasbourg, qui serait la ville de la démocratie, serait une bonne chose.

Vous souhaitez donc que les eurodéputés habitent à Strasbourg ?

Oui, nous avons largement les infrastructures pour les accueillir ! Ce qui pose problème c’est qu’ils viennent de façon momentanée, donc à l’hôtel. Les sessions bruxelloises sont plus longues pour l’instant, donc les eurodéputés choisissent d’avoir un appartement à Bruxelles. Si on rééquilibrait les sessions, ce serait différent : ils vivraient sur place et n’iraient à Bruxelles qu’exceptionnellement. Et on peut aussi imaginer que la Commission se déplace à Strasbourg plus souvent : il y a moins de commissaires que d’eurodéputés. Notre enquête montre que les politiques qui fréquentent Strasbourg apprécient le cadre de vie, notamment l’offre de restaurants et de transport sur place.

Quel est le programme de la task-force mise en place avec la ville pour défendre le siège de Strasbourg ?

Nous allons continuer nos efforts, en interrogeant les nouveaux eurodéputés après les sortants, comme ça nous aurons des éléments précis sur leurs besoins. Il faut qu’on les soigne mieux !

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