Gunnar Lund : « Le désamour de l’Europe m’inquiète beaucoup »

Gunnard Lund, ambassadeur de Suède en France © Ambassade de Suède

Gunnar Lund, ambassadeur de Suède en France, ancien ministre chargé des affaires économiques, analyse les enjeux des prochaines élections européennes. Interrogé par EURACTIV France, il s’inquiète de la montée du populisme et de la division des grands partis sur les affaires européennes.

Quels enjeux identifiez-vous pour les élections européennes qui approchent ?

C’est une élection très importante. Elle comporte des enjeux économiques majeurs : nous sortons d’une crise économique qui a bouleversé le système européen. Cette situation demande le renforcement de la coopération et de la construction européenne.

Or au même moment, on s’aperçoit que la même chose est vraie de la politique extérieure. La question de la paix se pose pour la première fois en Europe avec la crise ukrainienne, et c’est un défi formidable. Le seul moyen d’y répondre, c’est de rester unis. Il faut que l’Europe parle d’une seule voix pour dire qu’elle n’accepte pas la violation des frontières.

Ces deux grands défis font que l’on doit prendre au sérieux les élections européennes.

La montée des extrêmes est-elle préoccupante ?    

Il y a un désamour de l’Europe, une montée du populisme et du nationalisme, et cela m’inquiète beaucoup. Il faut que les partis politiques pro-européens se mobilisent pour faire face à ce désamour, qu’ils prêtent une vraie attention aux motifs de cette défiance.

Pour l’instant les grands partis sont divisés sur les affaires européennes, et c’est ce qui les paralyse. D’ailleurs la situation est identique en France et en Suède sur le sujet ! Les divergences internes aux partis font que la mobilisation reste insuffisante.

Quel intérêt la Suède porte-t-elle à ces élections ?

Nous sommes un des rares pays à porter… une attention croissante aux élections européennes ! Bien sûr nous partons de loin, mais la participation aux élections devrait atteindre 50 % cette année (contre 40 % en France selon les estimations, NDLR). C’est aussi une question de discipline. La Suède a adhéré à l’Union européenne en 1995. Certes nous avons rejeté l’adhésion à l’euro en 2003, mais il y a un réel intérêt pour les affaires européennes en général.

La question de l’adhésion à l’euro se pose-t-elle encore en Suède après la crise financière ?

Au début de la crise, l’opinion publique était majoritairement pour. Mais maintenant, c’est l’inverse ! Moins de 10 % des Suédois seraient partants, c’est le résultat direct de la crise. Même si au sein des partis politiques, les positions sont plutôt pro-euro. Il faut de la patience : les choses peuvent évoluer.

Ne pas s’engager plus, n’est-ce pas une façon de se détacher des affaires européennes ?

Non, c’est dans l’intérêt de la Suède que la zone euro se porte bien, et nous avons fait un travail acharné pour que la coordination économique progresse et que l’Union bancaire soit mise en place. Il fallait couper le lien maudit entre les États et les banques.

Aujourd’hui ce qui est certain c’est qu’il faut éviter une Europe à plusieurs vitesses. Et c’est en cela que la Suède se distingue du Royaume-Uni par exemple. Nous voulons une meilleure stabilité économique, nous voulons maintenir l’union entière, avec un maximum de transparence que ce soit à l’intérieur de la zone euro ou en dehors.

La crise ukrainienne donne à voir un autre visage de l’Europe, celle qui doit gérer ses affaires étrangères. Quel regard portez-vous sur la réaction de l’Europe face à la crise ukrainienne ?

Ce que l’on voit se passer en Ukraine est dur, mais cette crise devrait réveiller les Européens. Elle devrait leur faire prendre conscience de certaines réalités ; du fait que la coopération est précieuse, et qu’il faut faire plus d’efforts pour la préserver.

La crise a aussi permis de dévoiler le vrai visage de Vladimir Poutine, qui a ouvertement menti aux dirigeants européens en leur disant qu’il n’envahirait pas la Crimée. Puis il l’a fait. Maintenant il dit qu’il ne va pas envahir le reste de l’Ukraine. Qui peut le croire ?

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