La présidente du Haut Conseil sur le Climat dévoile ses priorités

Corinne Le Quéré

Corinne Le Quéré a été nommée à la présidence du Haut Conseil pour le climat, instance consultative chargée de conseiller le gouvernement sur ses choix climatiques. Elle dévoile ses priorités à notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Corinne Le Quéré est climatologue, spécialiste de la quantification des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et ancienne directrice du centre Tyndall pour les recherches sur le climat. Fin novembre, elle a été nommée présidente du Haut Conseil pour le climat, instance consultative chargée de conseiller le gouvernement sur ses choix climatiques.

Comment avez-vous été nommée ?

J’étais présidente de l’initiative Make our planet great again, visant à attirer en France des climatologues étrangers. A ce titre, j’étais en relation avec le ministère français responsable de la recherche. L’automne dernier, ce ministère m’a contacté pour me demander des précisions sur le mode d’opération du Committee on Climate Change britannique. Ils m’ont proposé ensuite la présidence du Haut conseil pour le climat (HCC) qui s’en inspire un peu.

Ce Haut conseil pour le climat est une nouveauté dans le paysage institutionnel français. A quoi va-t-il servir ?

Nous vivons un curieux moment. D’un côté, nous avons signé l’Accord de Paris. Nous nous engageons à la neutralité carbone pour 2050. De l’autre, les émissions de gaz à effet de serre stagnent, voire augmentent. Alors que tout le monde semble d’accord, que les solutions existent, je ne comprends pas ce hiatus, notamment pour ce qui concerne les transports et le bâtiment.

Donc, pour répondre à votre question, le HCC va publier, chaque année, un rapport sur la politique climatique française. Tous les 5 ans, nous ferons aussi le point sur l’état d’avancement et le développement de la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Nous pourrons aussi nous autosaisir, non pas sur une question d’actualité, mais sur une thématique sur laquelle nous aurions déjà réfléchit. Ce travail devant permettre la publication d’avis thématiques entre deux rapports.

Quels sont vos moyens ?

L’équipe permanente est de trois personnes pour le moment. Elle travaille avec les 13 membres du comité. Nous pouvons faire appel aux expertises et institutions existantes, comme France Stratégie ou le Citepa.

Avez-vous participé à la sélection des membres du HCC ?

Non, c’est le gouvernement qui s’en est chargé. Et son choix est judicieux. Il a réussi un bon panachage entre les scientifiques, les personnes ayant un profil plus politique et les associatifs. La diversité de leurs compétences fait que nous pouvons couvrir toutes les thématiques sous de nombreux angles.

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Quelles sont vos priorités ?

D’abord, lancer la rédaction du premier rapport. J’espère que nous pourrons le publier à la fin du premier semestre. J’aimerais que l’on puisse aussi se focaliser sur les verrous économiques, sociétaux, techniques qui nous empêchent d’avancer. Il est important que l’on puisse assister dans les cinq prochaines années à une baisse des émissions.

Après ce premier rapport, j’entends pouvoir intégrer un peu plus l’adaptation dans nos réflexions. Pour faire en sorte notamment que les politiques d’atténuation et d’adaptation soient complémentaires et pas antinomiques : c’est la base !

L’adaptation, c’est la grande question des territoires. Comptez-vous travailler avec en régions ?

Bien sûr. Car, plus on met en œuvre une politique climatique ambitieuse, plus le public doit être impliqué. C’est lui qui devra s’adapter à la fin. Donc, il est important d’aller sur place et d’échanger, mais comment exactement ça reste à déterminer.

Le gouvernement a décidé d’engager la France sur la voie de la neutralité carbone. Qu’en pensez-vous ?

La neutralité carbone est un objectif plus ambitieux que la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre, qui est l’objectif actuel de la politique climatique française. Lui seul est compatible avec l’ambition de stabiliser le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, ce qui est l’une des ambitions de l’accord de Paris.

Techniquement, nous savons décarboner de nombreux secteurs d’activité, mais pas tous. Difficile d’imaginer une agriculture, une industrie, une aviation complètement zéro carbone. Donc, il faut pouvoir disposer de puits de carbone pour absorber et stocker dans le sol ces émissions résiduelles. C’est ça le principe de la neutralité carbone.

Néanmoins, la gestion des puits (forêts, prairies) est un exercice délicat.

C’est exact. Il faut bien les gérer dans un contexte de réchauffement climatique. Mais le principe qu’il faut retenir, c’est que plus on réduira les émissions, moins au aura besoin des puits de carbone.

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