Arnaud Danjean, un expert des Balkans au Parlement européen

Arnaud Danjean © Parlement européen

Arnaud Danjean © Parlement européen

EURACTIV.fr publie une série de portraits de candidats aux élections européennes. Ancien militaire, Arnaud Danjean, est candidat UMP dans la circonscription Grand Est.

Il ne sera probablement pas la star médiatique de cette élection européenne. Dans la circonscription de l’Est, où Arnaud Danjean est élu depuis 2009 et se représente, les têtes d’affiche se bousculent.

Dans son propre camp à l’UMP, l’élu originaire de Saône et Loire fait campagne en colistier de l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy,  Nadine Morano. Édouard Martin, l’ex-syndicaliste de Florange mène la liste du PS, tandis que le vice-président du Front national, Florian Philippot est également candidat.

Pour le député européen spécialiste de la défense, la bataille électorale face à des candidats au fort potentiel médiatique ne sera pas une première.

Bressan pur souche

Au moment des élections législatives de 2007, plusieurs élus locaux de sa région font appel à lui pour se présenter face au socialiste Arnaud Montebourg. « Il fallait un jeune du coin qui soit crédible et j’avais envie de revenir dans ma région », se souvient Arnaud Danjean. Originaire de Louhans en Saône-et-Loire, où il a passé toute son enfance et son adolescence, le jeune homme de 38 ans affiche également un curriculum qui colle au poste.

Depuis l’obtention de son bac avec mention très bien en passant par un cursus à Science Po Paris, où il se spécialise en relations internationales, Arnaud Danjean fait un parcours sans faute qui le mène à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) puis aux cabinets ministériels.

Si Arnaud Montebourg remporte le scrutin, l’expérience lui donne le goût de la politique. « Même si j’ai perdu cette bataille, cela m’a mis le pied à l’étrier », se rappelle-t-il.

Deux ans plus tard, il se présente aux élections européennes, avec succès cette fois, et intègre l’institution pour un mandat de 5 ans. Un mandat éloigné du pays bressan, si cher à l’eurodéputé, qui y a gardé « les mêmes copains » depuis toujours.

Pour garder une connexion avec sa circonscription, l’eurodéputé occupe toujours un mandat d’élu local. « Je suis conseiller régional d’opposition en Bourgogne. C’est un mandat qui permet de conserver un point d’ancrage dans les régions » souligne l’élu.

Et porte quand il le peut les problématiques locales de sa circonscription à Bruxelles, en défendant par exemple la labéllisation UE de la crème et du beurre de Bresse. Deux produits du terroir  qui viennent de se voir attribuer l’Appellation d’Origine Protégée (AOP), par la Commission européenne.

 « C’est une des rares choses qui rattachent concrètement les citoyens à l’Europe. Ces appellations permettent de montrer que tout ce qui vient de Bruxelles n’est pas forcément mauvais, et peut aussi protéger et valoriser » détaille-t-il

La passion des Balkans

Au Parlement européen, c’est toutefois son expertise internationale et sa connaissance des Balkans qui l’ont distingué au cours de la dernière mandature. Dès la fin de ses études, le jeune homme fait son service militaire et bifurque vers le renseignement. Il passe plusieurs années à la DGSE qui l’affecte au suivi des conflits en Croatie et de Bosnie-Herzégovine avant de l’envoyer à Sarajevo.

À son retour en France en 1998, Arnaud Danjean parle couramment le serbo-croate. « Aujourd’hui je peux communiquer directement avec mes collègues croates » précise-t-il.

À cette époque, il prend la tête du département d’analyse sur les Balkans, et multiplie les missions dans l’ensemble de la zone. Entre 2004 et 2005, il repart en mission au Kosovo pour le Haut-Représentant de l’Union européenne pour la Politique extérieure et de Sécurité commune.

À partir de 2005, il travaille auprès du ministre français des Affaires étrangères et actuel commissaire français, Michel Barnier puis de son successeur Philippe Douste-Blazy en tant que conseiller en charge des Balkans.

De ces années de terrain, l’ancien officier de renseignements reconverti dans la politique aura gardé une coupe de cheveu plutôt militaire, mais surtout une exigence et une rigueur qu’il dit propre à ce secteur.

Grâce à son parcours, il assoit rapidement sa légitimité sur les questions de politique internationale et de défense. « J’ai l’expérience des conflits et je connais les procédures de l’intérieur » reconnait l’élu. « Je connais presque mieux les Balkans que ma propre circonscription » confie-t-il.  

Résultat, Arnaud Danjean obtient un siège à la commission des affaires étrangères et surtout, chose plus rare pour un nouveau député européen, la présidence d’une sous-commission, celle de la Sécurité et de la Défense.

Origines socialistes

Arnaud Danjean aurait en fait pu être un homme de politique de gauche. Son père était responsable de la section socialiste locale, et avait créé avec l’ancien ministre socialiste Pierre Joxe au milieu des années 70 la Fête de la rose, rassemblement politique socialiste organisé chaque année à Frangy-en-Bresse et récemment médiatisé par… Arnaud Montebourg !

Un terreau socialiste dont il s’est détaché peu après son arrivée à Science-Po Paris « sans révolte, mais par conviction personnelle » explique-t-il.  Mais grâce auquel il  semble garder une certaine distance par rapport aux clivages politiques trop marqués de la politique française.

« Je pense que je souffrirais beaucoup dans le système parlementaire à la française, toujours dans la polémique et la bipolarisation des opinions » explique-t-il. « Vacciné contre tout sectarisme politique » par son parcours, c’est dans l’art de la négociation et dans le compromis à la bruxelloise que l’élu trouve son compte.

« À Bruxelles, chaque texte fait l’objet de négociation. Comme il n’y a pas de majorité, il faut vendre son texte auprès des élus, qui ne vous suivront que si vous êtes convaincant » poursuit-il.

 Mais s’il se sent mieux dans les couloirs de Bruxelles que dans ceux de l’Assemblée nationale, la machine bruxelloise a parfois le don d’agacer l’eurodéputé. « Je pense qu’on devrait resserrer les compétences européennes pour ne pas s’éparpiller. Au Parlement européen, on vote des dizaines de rapports d’initiative qui n’ont absolument aucune chance d’être appliqué. Cela sème le trouble sur nos compétences » regrette l’élu.

Les élections européennes seront organisées dans tous les États membres en mai 2014.Le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, prévoit que le Parlement européen élira le président de la Commission sur la base d'une proposition du Conseil qui tiendra compte des élections européennes (Article 17, alinéa 7 du TUE).Cette disposition s'appliquera pour la première fois dans le cadre des élections de 2014.

 Le Parlement européen et de nombreux spécialistes ont incité les partis à désigner leur tête de liste pour les campagnes électorales. Les élections européennes seront de facto une course à la présidence de la Commission. Les campagnes pourraient être plus politisées et le taux de participation des électeurs pourrait grimper.

 D'autres responsables politiques estiment toutefois que désigner son propre candidat ne serait pas la solution idéale. Les attentes accrues pourraient facilement engendrer de la déception. M. Van Rompuy a d'ailleursappelé à plusieurs reprises à la prudence : le Conseil européen pourrait choisir un autre candidat que la tête de liste du parti vainqueur.

  • 25 mai 2014: élections européennes

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