Le changement climatique provoque une recrudescence de la pneumonie

Des températures plus chaudes et une population vieillissante, voici ce dont la légionelle a besoin pour proliférer. Cette bactérie est à l’origine de la maladie du légionnaire, ou légionellose.

« Les bactéries du genre Legionella, les légionelles, se propagent à mesure que les températures augmentent, notamment les températures des eaux froides », indique le professeur Exner, directeur de l’Institut d’hygiène et de santé publique de l’Université de Bonn.

Les tours de refroidissement et les circuits hydrauliques se réchauffent à cause de la hausse des températures, explique le professeur. Ce phénomène crée ainsi un environnement de rêve pour la prolifération des cultures de Legionnella, en particulier de Legionella Pneumophila, une bactérie à l’origine d’une forme mortelle de pneumonie.

La bactérie se propage dans la vapeur parfois produite par les unités de climatisation des grands bâtiments. Les adultes de plus de 50 ans, ceux qui ne disposent pas d’un bon système immunitaire, qui souffrent de maladies pulmonaires chroniques ou les gros fumeurs sont les plus à risque.

En Allemagne, 16 000 à 30 000 cas de légionellose — aussi appelée maladie du légionnaire — sont recensés chaque année. Jusqu’à 90 % de ces malades nécessitent une prise en charge en milieu hospitalier. L’hospitalisation des patients coute de l’argent aux contribuables, soutient Martin Exner.

D’après le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, d’autres facteurs contribuent également à l’augmentation du nombre de cas enregistrés, surtout depuis 2017 : des contrôles plus pointilleux, une population vieillissante et d’autres facteurs liés au voyage.

« Par exemple, lorsque vous partez en vacances en début de saison, vous arrivez à l’hôtel, vous prenez une douche, mais il se peut que l’eau jaillissant du pommeau ait stagné dans un réservoir pendant bien longtemps, autrement dit, l’eau avec laquelle vous vous lavez peut être contaminée », explique le professeur.

« Des mécanismes de filtration à même les pommeaux pourraient être des solutions à envisager afin de gérer la concentration de bactéries présentes dans l’eau avant la désinfection complète du système », propose l’expert.

De l’eau saveur légionelle

En raison de la vulnérabilité accrue de la population aux maladies, les pathogènes opportunistes présents dans le monde qui nous entoure, comme les légionelles, constituent un risque de plus en plus sérieux.

« L’eau que vous buvez est déjà analysée, grâce à nos tests de dépistage pour l’E. coli, le choléra ou la fièvre typhoïde », indique M. Exner.

En revanche, ces tests traditionnels ne permettent pas de détecter la Legionnella, déclare-t-il, ajoutant que d’autres indicateurs doivent être utilisés pour le faire.

« En Allemagne, mais aussi en France et aux Pays-Bas, nous sommes désormais juridiquement contraints de contrôler la présence de la Legionnella dans les installations d’eau potable, du moins dans les parties les plus chaudes, et ce, à raison de deux fois par an ».

Le contrôle de la bactérie est abordé dans l’annexe III de la nouvelle directive-cadre sur l’eau (DCE) qui vient apporter des modifications sur les normes de qualité de l’eau établies il y a plus de vingt ans.

La révision de la directive est désormais au stade de « trilogue » : les 28 États membres et le Parlement européen doivent se rencontrer pour parvenir à un compromis grâce à l’aide de la Commission européenne.

Les réunions interinstitutionnelles ont déjà commencé cette semaine, permettant un premier échange de points de vue entre les interlocuteurs. Une source proche du dossier a révélé à Euractiv que la prochaine rencontre aurait lieu le 22 octobre à Strasbourg.

Le nouveau rapporteur du Parlement européen, l’eurodéputé luxembourgeois Christophe Hansen, a été nommé pour remplacer son homologue sortant, Michel Dantin, qui était chargé du dossier lors de la dernière législature.

Une nouvelle approche 

Selon Martin Exner, les laboratoires devraient non seulement contrôler la concentration de la bactérie dans l’eau, mais surtout adopter une approche pour dépister la présence de la Legionella pneumophila du sérogroupe 1, responsable de la plupart des cas de légionellose.

Le dépistage obligatoire en France englobe déjà la Legionella pneumophila depuis 2001 et les cas signalés en France ont augmenté de moitié par rapport au taux moyen d’augmentation dans 30 pays européens entre 2013 et 2017.

En Allemagne, les analyses se concentrent sur la virulence de la Legionella pneumophila du sérogroupe 1 et là où d’importantes concentrations de bactérie sont détectées, des mesures sont mises en place pour en diminuer la présence.

Le professeur et expert a pris l’exemple de la tour de refroidissement de Bonn qui est contrôlée mensuellement, pour étayer ses propos.

En août, une colonie de 200 000 Legionella du sérogroupe 1 y avait été repérée, une quantité toutefois trop faible pour causer une épidémie, mais qui restait tout de même potentiellement dangereuse. « Nous avons réclamé la désinfection immédiate de la tour, car la situation aurait pu s’envenimer très rapidement ».

Le contrôle de tous les types de Legionella ou seulement de ceux les plus contagieux, à savoir la Legionella pneumophila du sérogroupe 1, est toujours en phase de discussion entre le Parlement européen et les représentants nationaux de l’UE dans le cadre de la directive-cadre sur l’eau (DCE).

« Je suis sûr et certain que nous devrions d’abord nous intéresser à Legionella pneumophila, comme c’est déjà le cas dans le secteur médical », ajoute M. Exner.

Si on vous diagnostique la pneumonie, le médecin vérifiera seulement si vous êtes infecté par la légionelle, car vous souffrez d’une infection de la Legionella pneumophila du sérogroupe 1, avance-t-il.

« Il y a un écart flagrant entre le diagnostic médical pour la légionellose et l’analyse en laboratoire des systèmes d’eau potable », affirme-t-il, arguant qu’il ne se considère pas comme un « chasseur de légionelles », mais qu’il souhaite seulement que nous puissions boire de l’eau sans encourir un risque de contagion.

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