L’UE refuse de montrer les dents à Washington sur la question des visas

[Henrik Montgomery/EPA]

La Commission européenne ne demandera pas de visa aux Américains venant en Europe, malgré les appels des eurodéputés. Lesquels s’irritent du fait que Washington n’ait toujours pas supprimé les visas pour les ressortissants de cinq États membres.

En théorie, l’UE applique le principe de la « réciprocité des visas ». Pourtant, les citoyens de cinq États membres ne peuvent toujours pas se rendre aux États-Unis sans visa, et Bruxelles semble ne rien pouvoir y faire.

Le 2 mai, Dimitris Avramopoulos, commissaire aux migrations, a assuré aux journalistes que sa décision de ne pas exiger un visa des voyageurs américains sur le sol européen privilégiait « une diplomatie passionnée, de l’engagement », au lieu de « représailles unilatérales ». « C’est dans l’intérêt mutuel des citoyens européens et américains », a-t-il insisté.

En mars, le Parlement européen avait pourtant adopté une résolution non contraignante appelant la Commission à faire pression sur les États-Unis en suspendant la libéralisation des visas pour les voyageurs américains.

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Washington continue en effet d’exiger que les citoyens polonais, chypriotes, croates, roumains et bulgares obtiennent un visa en bonne et due forme pour pouvoir se rendre aux États-Unis. Tous les autres citoyens européens bénéficient de visas automatiques. En outre, les voyageurs américains qui se rendent dans l’UE peuvent se déplacer librement dans tous les États membres.

Plusieurs eurodéputés ont par ailleurs demandé à la Commission d’imposer un régime de visas aux voyageurs américain après les restrictions aux lois sur l’immigration annoncées par l’administration Trump.

Si un pays concerné par la règle de réciprocité des visas ne libéralise pas les visas pour l’accès à son territoire, l’exécutif doit en théorie rédiger un projet de modification des règles en vigueur afin d’exiger des visas de la part des citoyens de ce pays 24 mois après en avoir officiellement informé les autorités. La Commission a rappelé au gouvernement américain qu’il n’appliquait pas correctement les règles de libéralisation des visas en avril 2014. Depuis rien n’a changé et l’exécutif n’a toujours pas pris de mesures de correction.

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Dimitris Avramopoulos a assuré qu’il continuerait de discuter de la question avec le secrétaire d’État américain à l’intérieur, John Kelly, à qui il a rendu visite au début de l’année. Le commissaire espère parvenir à un accord sur la manière de poursuivre les tractations avec le gouvernement américain en juin, lors d’une réunion avec les cinq États membres concernés.

John Kelly a cependant exprimé des réticences quant à la libéralisation des visas. Le mois dernier, il a notamment annoncé que « nous devons commencer à examiner sérieusement » le programme de libéralisation des visas américain, notamment avec certains États européens. Il craint officiellement que sans la barrière des visas, des terroristes européens ayant voyagé en Syrie et en Irak ne puissent plus facilement se rendre aux États-Unis.

Dimitris Avramopoulos assure néanmoins que ses échanges avec le gouvernement américain ont été « très positifs ». Il a notamment expliqué fonder ses « efforts diplomatiques soutenus » sur les négociations ayant eu lieu avec le Canada.

Depuis début mai, Ottawa n’exige plus de visa des citoyens bulgares et roumains qui résident dans le pays. Tous ces citoyens de ces deux États seront exemptés de visa à partir du 1er décembre 2017. Cet arrangement a été trouvé lors des négociations de l’accord de libre-échange, le CETA, approuvé l’an dernier.

Depuis quelques mois, la Commission européenne a organisé plusieurs réunions avec des représentants de Washington et de la Pologne, de la Croatie, de la Bulgarie, de Chypre et de la Roumanie. Selon l’exécutif, Washington s’est engagé à libéraliser les visas dès que ces pays respecteront les normes américaines.

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