Connie Hedegaard : Abandonnez la révolution du gaz de schiste à l’américaine

Connie Hedegaard. Brussels, January 2012. [Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale European Business Summit.

Une coopération renforcée entre les pays européens et un accent sur l’efficacité énergétique seraient plus efficaces pour réduire les prix en Europe que les rêves d’expansion du gaz de schiste à l’américaine, a déclaré la commissaire européenne en charge de l’action pour le climat jeudi (16 mai).

 

Lors de l'European Business Summit, la commissaire européenne en charge de l'action pour le climat, Connie Hedegaard, a appelé à une « réglementation intelligente » afin de stimuler l'innovation ainsi qu'à un marché de l'énergie libéralisé dans l'UE en vue de diminuer les prix. Elle a déclaré que la renationalisation serait plus coûteuse que des politiques climatiques à l'échelle européenne.

 

« Nous avons besoin de systèmes énergétiques efficaces et rentables. Nous devons libéraliser le marché de l'énergie, un marché européanisé. On a tort [de penser] que la renationalisation sera moins coûteuse. Vous ne pouvez bien sûr pas disposer de politiques climatiques qui ne coûtent rien », a-t-elle indiqué.

 

La commissaire européenne a tenté de dissiper les craintes des entreprises quant aux coûts des politiques climatiques de l'UE. Ces entreprises estiment en effet que les coûts ralentissent leur croissance par rapport à d'autres pays comme la Chine et les États-Unis, où la réglementation en matière d'environnement est moins stricte.

 

Adrian van den Hoven, directeur général adjoint de BusinessEurope, une fédération qui représente les plus grandes entreprises d'Europe, a accusé les écotaxes de désavantager les entreprises européennes face à leurs concurrents mondiaux.

 

« Lorsque l'on examine la période de 2020 à 2030, les directives de la Commission européenne sur le climat engendrent des coûts importants. Ce serait gérable si le reste du monde était également confronté aux mêmes facteurs de coûts. Ce qui n'est pas le cas », a-t-il déclaré. Il a ajouté que l'UE pouvait tirer les leçons de l'expansion du gaz de schiste aux États-Unis qui a cassé les coûts de l'énergie.

 

« Les investissements dans les centrales [utilisant du schiste] sont élevés en termes de création d'emploi. Nous devons réduire l'écart entre l'UE et les États-Unis. »

 

Connie Hedegaard a cependant écarté l'argument de BusinessEurope qui a déclaré : « oui [à l'action pour le climat], mais pas maintenant ». « Même sans politiques climatiques, nous aurions toujours un problème avec le gaz de schiste américain », a-t-elle ajouté.

 

« À la Commission européenne, le gaz de schiste ne nous dérange pas. Si les États membres veulent exploiter du gaz de schiste, ils le peuvent. Leur bouquet énergétique dépend d'eux », a-t-elle indiqué.

 

« Même s'ils décident d'exploiter du gaz de schiste, des experts vous diront que l'UE ne réduira pas ses prix au niveau des États-Unis », a-t-elle poursuivi.

 

Différentes catégories

 

La commissaire européenne a précisé que les facteurs géologiques et géographiques du schiste européen ne rendaient pas son exploitation à grande échelle aussi rentable qu'en Amérique du Nord. Les importations de carburants fossiles ne constituent plus une solution, a-t-elle ajouté. « Un milliard d'euros de pétrole par jour a été importé [vers l'UE] l'année dernière. L'efficacité peut profiter à notre économie. »

 

« La collaboration, c'est une chose dans laquelle nous n'excellons pas », a-t-elle indiqué, en appelant à une meilleure mise en commun des ressources.

 

L'Agence internationale de l'énergie (AIE), basée à Paris, doute également du gaz de schiste. Elle a indiqué qu'une production accrue serait sensée uniquement si elle remplaçait le charbon très polluant.

 

 « L'idéal, ce serait une stratégie davantage axée sur les énergies renouvelables, l'efficacité et les technologies faibles en carbone », a déclaré Fatih Birol, l'économiste en chef de l'AIE, l'année dernière à EURACTIV.

 

L'eurodéputé allemand Reihnard Bütikofer (Verts/ALE) a déclaré à l'European Business Summit que le gaz de schiste en Europe était un mirage ou une « fata morgana ».

 

M. Bütikofer, qui est également porte-parole du Parti Vert européen, a indiqué que le gaz de schiste ne changerait pas la donne en Europe, comme ce fut le cas aux États-Unis. Il a ajouté que selon des recherches, le gaz bon marché en Europe coûterait trois fois plus qu'aux États-Unis.

 

Il a déclaré à EURACTIV qu'en Pologne, l'État membre de l'UE le plus favorable au gaz de schiste, les investisseurs du secteur privé souhaitant conclure de gros contrats commerciaux en exploitant du gaz de schiste avaient pris des décisions d'investissements qui n'étaient pas rentables et qu'ils se délocalisaient.

 

Quant à l'Ukraine, un pays qui envisage d’exploiter le gaz de schiste afin de réduire sa dépendance vis-à-vis d’importations de gaz russe, M. Bütikofer a déclaré : « Je ne pense pas que nous devrions nous concentrer sur des stratégies relatives aux [combustibles] fossiles afin de trouver une solution en ce qui concerne les politiques énergétiques. Si vous comparez l'efficacité énergétique entre l'Allemagne et l'Ukraine, le facteur est de 1 contre 17 ». Il a ajouté que la meilleure solution était d'économiser de l'énergie en mettant en œuvre des technologies énergétiques plus efficaces.

 

Le gaz de schiste est un carburant fossile non conventionnel qui se retrouve dans des fissures naturelles et des fractures du sol. Jusqu'à il y a peu, aucune méthode sûre pour l'acheminer vers la surface n'existait.

 

Le gaz de schiste est extrait de la surface grâce à la fracturation hydraulique. Ce processus consiste à briser des couches de schiste en injectant des liquides et un certain nombre d'additifs chimiques sous haute pression, ce qui libère les réserves de gaz.

 

Les partisans de cette technique affirment que le gaz de schiste représente une autre solution aux carburants fossiles traditionnels. Pour le moment, le Vieux Continent dépend de la Russie pour le gaz et les conflits entre Moscou et Kiev ont entraîné plusieurs interruptions de l'approvisionnement au cours des dernières années.

 

Aux États-Unis, le gaz de schiste représente déjà 16 % de la production mondiale de gaz naturel et certains experts prévoient que cette part pourrait grimper à 50 % d'ici 20 ans.

  • 2013 : la Commission européenne dévoilera les résultats de la consultation publique sur les carburants fossiles non conventionnels, dont le gaz de schiste

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