Contamination alimentaire : y a-t-il une faille dans le système ?

shutterstock_606709679 [Mark Agnor/ Shutterstock]

Trois personnes sont décédées pour avoir consommé des aliments contaminés à la listeria. Quelles sont les failles du système alimentaire européen ? Un article d’Euractiv Allemagne.

Un nouveau scandale alimentaire fait la une des quotidiens allemands : trois personnes sont décédées après avoir consommé des aliments contaminés par la listeria et 37 autres souffriraient de maladies causées par la même bactérie. La production de Wilke, le fournisseur de viande à l’origine de ce désastre, est actuellement à l’arrêt et une enquête a été ouverte contre son directeur, soupçonné d’homicide involontaire.

Les denrées alimentaires sont produites à grande échelle : les produits « Wilke » seraient, en effet, vendus sous 13 marques différentes dans 21 États membres de l’UE et plusieurs pays tiers. Comment tant de scandales d’ampleur continuent de se produire alors que les contrôles alimentaires en Allemagne et en Europe sont vraisemblablement rondement menés ?

L’enquête révèle dès les premiers instants de nombreux manquements. Le 12 août 2019, le Robert-Koch-Institut soupçonnait déjà que des aliments de Wilke étaient contaminés par la listeria. Le rapport d’enquête a été envoyé au ministère hessois de l’Environnement, où il est resté huit jours durant. En août et en septembre, les autorités ont procédé à deux contrôles auprès du fournisseur et lors du deuxième la plupart des lacunes constatées n’ont pas été retranscrites dans le rapport d’analyse. Toutefois, peu de temps après, le 2 octobre, un rappel a été lancé pour tous les produits contaminés et une liste de 1 100 aliments concernés a été publiée. Selon des données du ministère de l’Environnement, tous les produits dangereux ont maintenant été retirés de la vente.

Le retrait des produits soulève lui aussi des interrogations. Pourquoi l’entreprise rappellerait-elle des produits peu de temps après avoir été déclarée « propre » ? Une porte-parole du ministère dénonce des fautes de procédures : des fautes ont été commises, les démarches internes devraient être améliorées. « Cette procédure n’aurait pas dû prendre autant de temps », déplore-t-elle.

Le landkreis est submergé

L’organisation de défense des consommateurs, Foodwatch, s’est montrée extrêmement critique. D’une part, les autorités compétentes ont attendu le 2 octobre pour ordonner un arrêt de la production, alors qu’elles disposaient de preuves incontestables de contamination par la listeria depuis le 15 septembre. D’autre part, le principe de précaution n’a pas été respecté. En effet, les contrôles des denrées alimentaires sont sous la responsabilité des Landkreis (arrondissement) dont le travail en la matière est souvent insuffisant, indique Dario Sarmadi, le porte-parole de Foodwatch. Une enquête menée sur le Landkreis de Waldbeck-Frankenberg, responsable de Wilke, stipule qu’en 2018, le Landkreis n’a réclamé que la moitié des contrôles requis dans ses entreprises alimentaires.

Par ailleurs, les chaines de production, qui sont aujourd’hui complexes et interconnectées, ne sont pas assez efficaces. En théorie, les Landkreis sont également responsables de leur bon fonctionnement : « mais, celui chargé du fournisseur Wilke, qui vend des produits dans 29 pays, est visiblement submergé », explique M. Sarmadi.

Des failles dans le droit alimentaire européen ?

Aux yeux de Foodwatch, le contrôle des aliments est cependant assez bien régi dans le droit alimentaire européen. Si danger il y a, le système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) entre en jeu et envoie une alerte à toutes les autorités nationales. La traçabilité de la chaine de production est néanmoins souvent vouée à l’échec, car les sociétés ne se renseignent pas assez sur leurs fournisseurs et les mesures mises places par les autorités nationales compétentes sont souvent insuffisantes. Le droit des consommateurs est, par ailleurs, lacunaire et les règles en matière de publication nationale d’informations à l’usage des consommateurs devraient être renforcées. Au niveau européen, l’ONG exige une modification du règlement « General food Law », qui établit la législation de base relative aux denrées alimentaires.

Le règlement est actuellement en phase de révision et en juin 2019, le conseil de l’UE adoptait une nouvelle législation sur la transparence et la pérennité du modèle de l’UE d’évaluation des risques dans la chaîne alimentaire.

Où et à qui ? Voici des questions qui restent sans réponse au sujet de la vente des produits Wilke. Le tribunal administratif de Cassel a refusé de divulguer la moindre information à l’ONG Foodwatch et d’après Dario Sarmadi : « des mois pourraient s’écouler avant que nous recevions des réponses à nos questions ».

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