Le secteur de l’électricité compte sur les voitures électriques

[Karl-Josef Hildenbrand/ EPA]

L’Europe doit faire grimper la part de l’électricité dans le transport pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, selon l’association professionnelle Eurelectric.

Les voitures électriques étant de plus en plus en vogue, le secteur des transports devrait être en première ligne pour la « décarbonisation », selon Eurelectric qui vient de publier un rapport sur le sujet.

Alors que les négociations sur une réforme en profondeur du paysage énergétique européen sont en cours, les intervenants ont aussi souligné potentiel que représentait le fait de passer des combustibles fossiles à l’électricité dans des secteurs comme le chauffage domestique.

Par ailleurs, Eurelectric encourage des changements qui soutiendraient une consommation sans entrave de l’énergie renouvelable en la libérant des limites imposées dans les règles sur l’efficacité énergétique.

Pour le secrétaire général d’Eurelectric, Kristian Ruby, 56 % de l’électricité européenne (dérivée des renouvelables ou du nucléaire) est déjà produite sans émission de CO2. Il rappelle que les émissions de carbone d’une voiture électrique sont d’environ 50 g par kilomètre, soit bien en deçà de l’objectif européen, qui prévoit que les voitures doivent émettre moins de 95 g de CO2 d’ici 2021.

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Véhicules zéro émission

Lors d’une conférence de presse, Kristian Ruby a appelé à des limites d’émissions plus strictes et des objectifs pour l’adoption des voitures à zéro émission. Selon lui, il est aussi essentiel d’étaler le coût des infrastructures dans le temps.

La généralisation des voitures électriques pourrait stimuler le secteur de l’électricité, puisque cela augmenterait considérablement la consommation générale.

Le PDG de l’entreprise suédoise Vattenfall, Magnus Hall, estime que son pays consommerait environ 12 à 15 térawattheures d’électricité par an si le pays était entièrement électrifié. « Cela représenterait une hausse de 10 % de la consommation suédoise totale », a-t-il déclaré. « Bien sûr, cela pourrait prendre un peu de temps », a-t-il reconnu.

Magnus Hall est convaincu que l’électrification du système énergétique européen sera dirigée par une demande pour des voitures électriques en hausse.

Vattenfall investit lourdement dans le secteur, avec 6 000 points de recharge installés en Allemagne, en Suède et aux Pays-Bas et a récemment  annoncé qu’elle remplacerait sa flotte complète de 3 500 véhicules par des modèles électriques. « Je suis convaincu que le transport est le secteur avec lequel nous travaillerons le plus dans les cinq prochaines années. »

Les estimations d’Eurelectric par rapport à la hausse de consommation d’électricité sont encore plus élevées. « Si nous électrifions tous le transport, et que nous remplacions les moteurs à combustion par des moteurs électriques, nous observerions une hausse de 25 % dans la demande d’électricité », estime Kristian Ruby.

En plus des décisions politiques pour promouvoir les véhicules électriques, les fournisseurs réclament d’autres changements législatifs qui pourraient stimuler la consommation d’électricité. Kristian Ruby plaide pour des règles d’efficacité énergétique qui « économiseraient l’énergie à haute intensité de carbone plutôt que d’économiser l’électricité verte ».

Chauffage électrique

Il faut changer l’idée fausse selon laquelle utiliser de l’électricité pour chauffer les maisons et les entreprises est inefficace, a déclaré Sean O’Driscoll, président du fabricant de chauffage Glen Dimplex.

« Dans le secteur du chauffage, il n’y a aucune technologie aussi efficace que les pompes à chaleur, et à l’exception d’un ou deux pays, elles ne jouissent pas d’une grande présence sur le marché », a-t-il expliqué.

« Il s’agit de règlementation, et de la différence entre une bonne et une mauvaise règlementation », estime Sean O’Driscoll. Il a pris le Danemark pour exemple, où les chauffages à base de combustible fossile sont interdits dans tous les nouveaux bâtiments depuis 2013. Les foyers français pourraient réduire leurs émissions de 15 à 20 % en passant à un chauffage électrique, explique Thierry Boucher, vice-président de la R&D d’EDF.

« L’intensité de carbone » de production d’électricité est bien en dessous de la moyenne européenne de 279,5 grâce à l’énorme dépendance vis-à-vis de l’énergie nucléaire.

La promotion d’Eurelectric pour l’électrification survient deux semaines après que le groupe de lobbying a annoncé que les fournisseurs dans 26 États membres s’étaient engagés à cesser de construire des centrales à charbon à partir de 2020.

« Un système électrique largement décentralisé et décarbonisé est à nos portes », a déclaré le directeur général de la Commission pour le climat, Jos Delbeke, tout en réitérant l’engagement de la Commission pour une approche rentable et basée sur le marché sur la décarbonisation.

La vitesse à laquelle aura lieu cette transition dépendra du résultat des négociations en cours avec le Parlement européen et au sien des gouvernements nationaux sur les propositions législatives soumises par l’exécutif en novembre.