L’UE attend des explications de la Chine après un scandale d’espionnage en Pologne

L'entreprise chinoise Huawei n'est pas en odeur de sainteté dans nombre de pays occidentaux. [EPA-EFE/OLE SPATA]

La Commission européenne attend des précisions de la Pologne après l’arrestation d’un employé chinois de Huawei et d’un citoyen polonais, tous deux accusés d’espionnage pour la Chine.

Les activités de la firme chinoise Huawei, active dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, inquiètent de plus en plus les gouvernements et institutions européennes. Les arrestations de la semaine dernière en Pologne ne font rien pour les rassurer.

Les services de contrespionnage polonais (ABW) ont arrêté un employé de Huawei, qui a travaillé pour le gouvernement chinois, et un ancien agent polonais de l’agence de sécurité intérieure le 8 janvier.

Les deux individus ont été inculpés pour espionnage contre la République de Pologne. L’ABW a des preuves selon lesquelles ils ont tous deux aidé les services spéciaux chinois. Ils encourent jusqu’à dix ans de prison.

« Nous contacterons les autorités polonaises pour plus d’information », a déclaré la porte-parole de la Commission européenne, Maja Kocijancic.

Les affaires de cybersécurité relèvent avant tout des compétences des États membres, qui sont libres de partager des informations ou prévenir d’autres autorités nationales, ou non.

Des responsables européens soulignent cependant qu’étant donné l’importance de la menace actuelle, qui croit de manière « exponentielle », et des inquiétudes existantes quant à l’entreprise Huawei, la Commission a décidé de s’impliquer après des discussions internes le 11 janvier.

Meng Wanzhou, vice-présidente de Huawei et fille du fondateur de l’entreprise, a également été arrêtée au Canada le mois dernier. La Chine a réagi en détenant 13 citoyens canadiens qui se trouvaient sur son territoire.

L’UE a fermement condamné la détention de ces Canadiens. Ses porte-paroles n’ont pas voulu commenter le risque que pourraient à présent courir les Polonais installés en Chine.

Espionnage

Le citoyen chinois arrêté s’appelle Weijing W., directeur des ventes en Pologne. Selon les autorités, il se servait aussi des noms Stanisław et Staszek. Selon la chaine de télévision TVP Info, il est diplômé en affaires étrangères à l’université de Pékin, une faculté considérée comme un vivier de recrutement pour les services de renseignement et la diplomatie. Cet ancien attaché au consulat chinois du port polonais de Gdansk travaillerait en Chine depuis 2006.

Le Polonais également écroué, Piotr D., était officier supérieur de l’Agence polonaise de sécurité intérieure jusqu’en 2011. Il a notamment été vice-président du département de sécurité téléinformatique et conseiller du général Krzysztof Bondaryk, qui dirigeait le service.

Son départ est lié au scandale d’Infoafera, une affaire de corruption dans les appels d’offres informatiques du gouvernement. Il n’a cependant pas été poursuivi en justice.

Durant ses années au sein du département de sécurité téléinformatique, il a eu accès à des informations sensibles, dont le fonctionnement du SŁR, le réseau de communication du gouvernement polonais, qui permet la transmission secrète d’informations aux plus hauts responsables gouvernementaux. Il aurait ensuite été dans la sécurité informatique à l’université militaire de technologies, au bureau des communications électroniques et chez Orange.

« Les deux hommes ont mené des activités d’espionnage contre la Pologne. Le 8 janvier, ils ont été arrêtés. L’agence de sécurité intérieure a lancé des actes de procédures et des perquisitions en lien avec ces activités ont été menées dans de nombreux endroits », a déclaré Maciej Wąsik, vice-ministre à la coordination des services spéciaux, à Polsat News.

Selon ce représentant du gouvernement, l’opération est considérée comme une réussite pour l’ABW. « L’affaire est conduite de manière soigneuse depuis longtemps », a-t-il affirmé.

Le jour des arrestations, les services de contrespionnage sont entrés dans les maisons des deux suspects et ont saisi documents et données dans les locaux de Huawei Pologne, du bureau des communications électroniques et d’Orange Pologne.

Le directeur des ventes de Huawei n’étant pas protégé par l’immunité diplomatique, il restera en détention pendant au moins trois mois, comme son complice polonais.

Le ministère chinois des Affaires étrangères s’est déclaré « très inquiet » et a appelé Varsovie à gérer cette affaire de manière « juste ».

« Nous sommes au courant de la situation et la suivons. Pour l’instant, nous n’avons pas de commentaires à faire », a indiqué Huawei dans un communiqué. « Huawei respecte toutes les lois et réglementations en vigueur dans les pays où l’entreprise opère, et nous exigeons que tous les employés respectent les lois et réglementations des pays où ils sont basés. »

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Les Balkans occidentaux sont devenus le point d’accès préféré de la Chine à l’UE. Pékin y finance notamment des infrastructures portuaires qui inquiètent Bruxelles.

Huawei dans une mauvaise passe

Le scandale éclate alors qu’un certain nombre de pays prennent des mesures pour limiter les opérations de Huawei sur leur territoire, afin d’éviter que les autorités chinoises se retrouvent en possession d’informations critiques, notamment sur les réseaux. La liste de ces pays inclut les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Norvège.

L’entreprise est l’un des fleurons tech chinois, et l’une des sociétés chinoises les plus appréciées à l’étranger. C’est la plus grande entreprise d’infrastructures télécom au monde, et elle est classée deuxième en termes de vente de smartphones, juste derrière Samsung.

Le 9 janvier, le ministre de la Justice norvégien, Tor Mikkel Wara, a indiqué que le pays envisageait d’empêcher Huawei d’investir dans la prochaine génération de télécommunication mobile, la 5G. La Norvège « partage les inquiétudes des États-Unis et du Royaume-Uni » en ce qui concerne des projets d’espionnage vis-à-vis « d’acteurs privés et étatiques ».

Oslo cherche à éliminer les vulnérabilités de ses réseaux de télécommunications. En 2009, l’entreprise d’État Telenor avait signé un contrat avec Huawei qui avait permis à la firme chinoise de s’implanter sur le Vieux Continent.

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