Face à face télévisés entre les candidats aux européennes

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EXCLUSIF / Les partis politiques européens organisent  des débats télévisés paneuropéens entre leurs têtes de liste aux élections européennes, d'après les informations d'EURACTIV. Une tentative de politiser le débat et de faire décoller la campagne.

Les candidats à la présidence de la prochaine Commission des partis européens s’affronteront lors de débats télévisés quelques semaines avant les élections européennes des 22 et 25 mai. L’un des objectifs recherchés est de structurer l’attention autour des partis traditionnels et d’augmenter le taux de participation.

« La personnalisation et la politisation de la campagne électorale stimuleront le taux de participation et permettront de renforcer la légitimité démocratique de l’UE », a expliqué Andrew Duff lors d’un entretien à EURACTIV.

Les principaux partis politiques sont dans la phase finale de la désignation de leur candidat à la présidence de la Commission. Les partis discutent actuellement des « débats présidentielles » avec différentes organisations médiatiques intéressées par le projet.

L’Union européenne de radiotélévision (UER), l’alliance des médias des services publics en Europe, tente d’organiser deux débats au Parlement européen les 15 et 20 mai prochains.

« Nous attendons au moins cinq participants [au premier débat] », a expliqué à EURACTIV Benjamin Steward chargé de communication à l’UER. « Cinq jours plus tard, il y aura une épreuve de force entre les deux candidats qui sont considérés comme les concurrents les plus sérieux pour devenir le nouveau président de la Commission. »

Ce duel devrait probablement opposer le candidat socialiste Martin Schulz au prochain candidat de centre-droit, selon de récents sondages. L’UER basera sa sélection des deux têtes de liste sur « les sondages Eurobaromètre les plus récents », a expliqué Benjamin Steward.

Les deux débats sont disponibles sur Twitter sous l’appellation #TellEUROPE. L’UER analyse avec les chaînes radiotélévisuelles les moyens disponibles pour que les débats présidentiels soient diffusés dans les différents pays européens.

L’université de Maastricht (Pays-Bas) compte également organiser un débat le 28 avril. « Nous attendons la confirmation des candidats, dès qu’ils seront tous officiellement désignés », a indiqué à EURACTIV Caroline Roulaux, la chargée de presse de l’université.

D’autres organisations cherchent aussi à organiser des débats à Bruxelles et à Florence (Italie).

Le Parlement européen organisera sa dernière session plénière la semaine du 14 avril. Étant donné que plusieurs candidats sont encore actifs au sein du Parlement actuel, les partis politiques attendront la dernière session avant de s’engager à corps et âme dans la campagne.

« Ils se ressemblent tous »

À ce stade, trois des quatre partis traditionnels ont désigné leur figure de proue : Martin Schulz, en attente d’une confirmation lors du congrès des socialistes le 1er mars ; Guy Verhofstadt pour les libéraux ; José Bové et Ska Keller, pour les Verts. Le parti de centre-droit PPE devrait désigner son candidat lors de son congrès des 6 et 7 mars prochains.

D’après Simon Hix, professeur de politiques européennes à la London School of Economics (LSE), les personnalités gagneront en importance sur le plan politique dans les mois à venir. Mais les débats pourraient également apporter un dynamisme nouveau à la campagne : « Les électeurs et les médias doivent maintenant voir la différence entre ces candidats. »

« Ils se ressemblent tous : ils sont des candidats traditionnels, centristes et fédéralistes européens. La politique concerne le choix de la direction à prendre pour l’UE. Si vous n’avez pas de clivages clairs quant à la vision [politique], ce n’est pas possible », a expliqué Simon Hix à EURACTIV.

Au total, 13 organisations se sont enregistrées comme partis politiques paneuropéens. Certaines sont petites et beaucoup s’opposent à l’intégration de l’Union européenne, refusant ainsi de présenter un candidat à la présidence de la Commission.

Le parti de gauche radical la Gauche européenne fait figure d’exception : Alexis Tsipras a été désigné comme tête de liste de la campagne.

« Alexis Tsipras a clairement un point de vue différent, mais nous avons également besoin de quelqu’un à droite aussi. [Les responsables d’extrême droite] Marine Le Pen ou Geert Wilders sont trop facilement exclus car extrémistes. Nous ne voyons jamais les personnalités politiques des partis traditionnels exprimer leurs points de vue sur une UE réformée, c’est ce qui manque dans le débat public », a ajouté le politologue.

L’Alliance des conservateurs et réformistes européens (AECR) a annoncé la semaine dernière qu’elle ne désignerait aucun candidat. Elle a qualifié cette initiative de « vision des années 1950 » et d’idée « eurofédéraliste ».

Le secrétaire général de l’AECR, Daniel Hannan, a expliqué à EURACTIV que les organisateurs des débats étaient responsables du choix des invités. « Nous avons le sentiment profond que nous devrions y participer : quelqu’un devrait représenter ceux qui ne sont pas d’accord avec ce processus [de nomination de candidat à la présidence de l’UE », a-t-il ajouté.

« Si nous sommes invités, soit Jan Zahradil [le président de l’AECR], soit moi participerons au débat », a indiqué Daniel Hannan.

Une version européenne des débats américains

Les débats à l’échelle nationale sont monnaie courante. En Grande-Bretagne par exemple, Nick Clegg (Lib Dems) et Nigel Farage (UKIP) ont annoncé la semaine dernière qu’ils s’affronteraient lors d’un débat le 22 mai prochain.

Ces élections européennes sont les premières au cours desquelles les candidats s’engagent dans une campagne paneuropéenne pour briguer un mandat à la présidence de la Commission. Les Européens ont donc l’occasion d’assister à des débats présidentiels similaires à ceux d’outre-Atlantique, selon les partis. Les débats présidentiels constituent souvent le temps fort des élections américaines.

Les organisateurs sont toutefois confrontés à plusieurs obstacles : quelle langue parler ? Comment traduire ? Quels journalistes vedettes pour modérer les débats ?

Selon Jaume Duch, porte-parole du Parlement, « l’ensemble de la campagne devient plus paneuropéen et plus politique, car nous avons des programmes communs et des priorités européennes communes et parce que nous avons des candidats pour la présidence de la Commission européenne. […] Il en va également de l’intérêt des citoyens », a-t-il déclaré.

Des politologues spécialisés sur les questions de l’UE déplorent la sélection des candidats à la présidence de la Commission. Les observateurs considèrent aussi comme problématique le fait que ces candidats ne seront pas parmi les bulletins de vote, sauf dans leur pays d’origine.

Cependant, la course entre les candidats à la Commission prend progressivement forme et les partis mettent au point les stratégies de campagne électorale dans l’ensemble des États membres. Les familles politiques européennes espèrent que cette campagne paneuropéenne suscitera davantage d’intérêt vis-à-vis des élections européennes et augmentera le taux de participation, qui était au plus bas lors des dernières de 2009.

Les élections européennes de mai 2014 seront les premières organisées depuis le traité de Lisbonne, qui renforce le pouvoir du Parlement dans le processus de nomination du président de la Commission.

Avant décembre 2009, date de l'entrée de vigueur du traité de Lisbonne, les dirigeants des États européens choisissaient le président à huis clos dans le cadre d'un accord sur l'ensemble des hautes fonctions européennes à pourvoir.

En vertu de l'article 17, paragraphe 7 du TUE, les dirigeants des États européens doivent maintenant « tenir compte » des résultats des élections européennes et désigner leurs candidats à l'issue de « consultations appropriées ».

Les partis ont pris les choses en main et ont désigné leur propre candidat à la présidence de la Commission. Ces candidats mèneront la campagne paneuropéenne. À l'issue des élections en mai, la plus grande force politique au Parlement européen devrait normalement présenter son candidat pour succéder à l'actuel président de la Commission, José Manuel Barroso.

>> Pour plus d'informations, lisez notre linkdossier sur les hautes fonctions européennes

  • 1er mars : confirmation officielle de la désignation de Martin Schulz à la tête de liste du parti socialiste lors du congrès à Rome
  • 6-7 mars : sélection de la tête de liste de centre-droit lors du congrès électoral à Dublin
  • 14 et 17 avril : dernière session plénière du Parlement européen 2009-2014
  • 28 avril : date (provisoire) pour un débat présidentiel à l'université de Maastricht (Pays-Bas)
  • Avril-mai : d'autres débats à confirmer
  • 15 mai : date (provisoire) pour un débat présidentiel au Parlement à Bruxelles organisé par l'UER
  • 20 mai : date (provisoire) pour un débat entre les deux principaux candidats au Parlement à Bruxelles, organisé par l'UER

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