La Finlande veut éliminer ses émissions en 15 ans

epa07621806 (De gauche à droite) Juha Sipila, chef du Parti du centre, Anna-Maja Henriksson, cheffe du Parti populaire suédois de Finlande, Antti Rinne, chef du Parti démocratique, Li Andersson, cheffe de l'Alliance de gauche et Pekka Haavisto, chef du Parti vert, en route pour une conférence de presse annonçant le nouveau programme gouvernemental finlandais, le 3 juin 2019 à Oodi, Bibliothèque centrale de Helsinki, Finlande. [EPA-EFE/KIMMO BRANDT]

Le nouveau gouvernement finlandais vise l’élimination des émissions de carbone d’ici 2035. Un message encourageant du pays qui prend la présidence d’une UE bloquée sur le climat en juillet.

Après un mois de discussions, la Finlande s’est dotée d’une coalition gouvernementale composée de cinq partis, qui vient de décider de mettre un terme à huit années d’austérité, d’encourager l’emploi et d’augmenter les taxes sur le carburant. Le gouvernement s’est aussi fixé l’objectif d’éliminer ses émissions nettes d’ici 2035.

C’est l’un des engagements les plus ambitieux jamais pris par un grand pays européen. Cet engagement forcera la Finlande à réduire ses émissions à moins de ce que ses forêts, marais et nouvelles technologies peuvent absorber. Contrairement à la Norvège, qui a prévu d’être carboneutre d’ici 2030, la Finlande ne compte en effet pas atteindre son objectif en achetant des crédits carbones à d’autres pays.

Le nouvel objectif nécessitera une modification de la loi climat existante, qui prévoyait la neutralité carbone pour 2045. Les législateurs voudraient aussi y inscrire que le pays devra avoir une empreinte carbone négative d’ici 2050. Une révision complète du projet est déjà prévue pour 2025.

La Finlande confirme sa sortie du charbon en 2029

Helsinki interdira l’utilisation du charbon dans la production d’énergie en 2029. Le gouvernement envisage aussi de récompenser les entreprises du secteur qui abandonnent les combustibles fossiles avant cette date.

Amener l’ambition à Bruxelles

Les électeurs finlandais ont fait du climat leur priorité lors des élections d’avril. Ils ont ensuite réitéré en mai lors des élections européenne en faisant des Verts le deuxième parti du pays. Le nouveau gouvernement a donc un mandat clair sur le climat.

Une bonne nouvelle pour les groupes de défense de l’environnement du reste de l’UE, étant donné qu’Helsinki prend la présidence tournante du bloc le 1er juillet, succédant ainsi à la Roumanie. L’un des dossiers clés de cette présidence sera le projet climatique de l’Union pour 2050.

La Commission européenne a dévoilé son projet en novembre, rappelant que l’UE devra atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 pour respecter les engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris. Une position soutenue par le Parlement européen.

«L’objectif de neutralité carbone pour 2050 est incontournable»

Pour le commissaire au climat, Miguel Arias Cañete, il ne fait aucun doute que l’UE doit atteindre la « neutralité carbone » d’ici 2050. Il entend utiliser les quelques mois qui lui restent à cette fin.

Le dossier est donc à présent passé au Conseil européen, qui devra se mettre d’accord sur les détails du texte. La réunion de juin ne devrait pas faire émerger de compromis, étant donné que les dirigeants seront avant tout accaparés par les nominations aux plus hauts postes de l’UE.

S’ils n’auront pas le temps de se lancer dans des négociations qui s’annoncent longues et compliquées, certains États souhaitent néanmoins adopter des conclusions fortes à ce sujet.

Comme sa présidence commence en été, la Finlande ne devrait diriger que deux Conseils complets, en octobre et en décembre. Il s’agira donc de faire avancer la question climatique dans un programme déjà chargé.

Selon une source européenne, « la Finlande adorerait conclure un accord durant ses six mois de présidence, et elle en est capable ». Helsinki a plusieurs avantages. Premièrement, c’est déjà son troisième tour à la présidence, elle ne devrait donc pas souffrir du trac qu’on a pu observer chez les représentants roumains. Le gouvernement tout neuf et l’approche du 25e anniversaire de son adhésion devraient également jouer en sa faveur.

Climat : un sommet de juin pour rien ?

Un petit groupe de pays européens appelle le Conseil européen de juin à agir contre le changement climatique. Les chances sont minces d’en faire un moment décisif.

Apprendre du passé

Certains observateurs ont déjà comparé les négociations actuelles aux mois précédant le sommet d’octobre 2014, quand les 28 ont donné leur feu vert à la législation climatique actuelle. Ce sommet, qui a fini par un accord très remarqué, a été qualifié d’historique.

Le président du Conseil de l’époque, Herman Van Rompuy, avait préparé la rencontre en organisant une série de rencontre entre les représentants des États, afin d’écouter et de trouver des solutions à tous les problèmes potentiels.

Son successeur, Donald Tusk, s’est jusqu’ici limité aux réunions prévues entres différents ministres. Le résultat de ces réunions devrait être résumé par la présidence roumaine. Helsinki pourrait cependant décider de prendre le dessus et d’organiser d’autres discussions pour faire avancer les choses.

Après tout, l’idée d’une élimination des émissions nettes d’ici 2050 est en train de faire son chemin dans la plupart des États membres, notamment grâce au soutien croissant des citoyens. Ils ne s’engageront cependant que s’ils estiment pouvoir le faire sans casse. En mai, Angela Merkel a d’ailleurs montré la voie, déclarant qu’il ne s’agissait pas de savoir « si » l’UE serait neutre en carbone d’ici la moitié du siècle, mais « comment » arriver à ce résultat.

Merkel se prononce enfin sur la stratégie climat pour 2050

L’Allemagne pourrait rejoindre une alliance européenne visant la neutralité carbone d’ici 2050. Jusqu’ici, le gouvernement d’Angela Merkel s’était montré plus que frileux à ce sujet. Un article d’Euractiv Allemagne.

Les ambitions de la Finlande pour 2050 pourraient également s’avérer un atout dans les négociations au niveau européen, car ils pourraient convaincre les négociateurs récalcitrants que leurs pays n’ont pas nécessairement à réduire leurs émissions autant que les autres nations.

En effet, la proposition vise à ce que l’UE dans son ensemble atteigne des émissions nettes nulles, et non pas à ce que chaque pays le fasse sur une base individuelle. Étant donné que d’autres pays sont capables de procéder à des réductions plus importantes que d’autres, ce point pourrait contribuer à faire avancer les pourparlers s’il est utilisé correctement.

Un fonctionnaire européen a confié qu’aucun État membre ne voulait être le seul à s’opposer à un accord, ce qui rendrait moins probable une répétition de l’année 2011, lorsque la Pologne avait opposé son veto à une proposition similaire.

Ce qui pourrait jouer en défaveur des Finlandais, ce n’est pas le manque de temps, mais l’abondance de temps. En 2014, les dirigeants ont dû se mettre d’accord parce qu’ils étaient dos au mur. Aujourd’hui, ils n’ont aucune échéance.

Les signataires de l’accord de Paris doivent soumettre leurs plans climatiques à long terme « d’ici 2020 ». Les États membres estiment cependant qu’ils ont presque toute l’année prochaine pour se mettre d’accord sur un accord. Même les négociateurs les plus compétents pourraient donc avoir du mal à convaincre les récalcitrants avant la fin de l’année.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.