La France ne prend plus l’Allemagne au sérieux

Angela Merkel, ici à Berlin le 29 avril, reconnait un débat intense avec Emmanuel Macron [EPA-EFE/FILIP SINGER]

La classe politique allemande a fait montre d’un mépris professionnel arrogant envers les idées de réformes d’Emmanuel Macron. Le président français riposte. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a défini sa relation avec l’Allemagne comme une « confrontation féconde ». Après des années de négligence professionnelles dans l’évaluation des relations franco-allemandes, un bilan honnête de la situation a commencé. Du moins côté français.

C’est un processus lent, initié par des fonctionnaires allemands, qui ont fait preuve de mépris pour les idées de réforme d’Emmanuel Macron. Les partis au pouvoir en Allemagne en particulier, les chrétiens-démocrates (CDU) et les chrétiens-socialistes (CSU), ont montré une grande réserve à l’égard d’une coopération européenne plus étroite que tente de mettre en place un président français aux prise avec un pays en proie à d’énormes problèmes économiques et sociaux après une présidence insipide.

La politique européenne de Macron est-elle la bonne ?

Le choix du tout franco-allemand fait par l’Elysée n’a pas fonctionné. Faut-il remettre à plat la politique européenne de la France ? La question divise, deux ans après l’élection du président qui voulait changer l’Europe.

L’arriéré de réformes de l’autre côté du Rhin rappelle l’Allemagne d’avant ses propres réformes du marché du travail, également appelées les réformes Hartz. À l’époque, on parlait de l’Allemagne comme de l’« homme malade » de l’Europe, ce que les sociaux-démocrates (SPD) n’aiment pas entendre ces jours-ci.

C’est précisément cette voie de réformes, qui a rendu l’Allemagne économiquement forte, qu’Emmanuel Macron s’efforce de convaincre ses compatriotes de suivre. Au lieu de l’appuyer, les Allemands n’ont pas répondu à sa demande de soutien, comme si la chancelière allemande, d’habitude si clairvoyante à l’égard de tout nouveau développement, avait perdu toute sensibilité.

Or, si Emmanuel Macron échoue dans son mandat, la prochaine élection présidentielle française sera probablement remportée par Marine Le Pen. Et ce serait la fin de l’Europe telle que nous la connaissons.

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Macron bloqué

Ce sont ces relations que le président français qualifie de « confrontation féconde ». Le soulèvement des gilets jaunes, qui ne jaillit pas seulement des forces extrémistes, aussi de la classe moyenne française qui s’inquiète de devenir bientôt dépendante de l’État, a de nouveau paralysé l’action de l’ancien diplômé de l’ENA.

Aujourd’hui, celui-ci a un message pour le peuple français : l’Allemagne n’est plus un modèle. Les Allemands ont bâti leur prospérité sur la production dans les pays à bas salaires et se sont maintenus à un niveau similaire à celui des « colonies de production ». Le projet social d’Emmanuel Macron ne sera pas celui-là.

Une description de l’économie allemande précise et qui fait mouche. L’exploitation des conditions de production bon marché disponibles dans les pays à bas salaires s’avère être une impasse. Là aussi, les salaires augmentent, ce qui signifie qu’il faut ramener plus de production en Europe, même en Allemagne.

La fin de la confiance allemande

L’économie allemande profite soudain d’un principe que les politiciens négligent depuis longtemps : une bonne économie locale est capable de soutenir une économie, même lorsque les salaires augmentent, car cela stimule la consommation. Les Français ont pour leur part toujours attaché une grande importance à cet aspect aujourd’hui confirmé.

Ce n’est là qu’une des raisons de l’assurance croissantes de la France envers ses voisins allemands. Le déclin perceptible de la confiance allemande en est une autre. Si les paroles du célèbre écrivain allemand Hermann Hesse « la magie est au commencement » sont justes, son renversement doit aussi être vrai : chaque adieu est couvert d’un voile de résignation et de deuil.

Ce sentiment plane actuellement comme une ombre sur la politique allemande. Suite à la difficile formation d’une coalition au Bundestag, les postes qui mènent généralement aux plus hautes fonctions sont vacants. Pourtant, l’Allemagne continue de faire la leçon à d’autres pays.

La possible successeure d’Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, aimerait que la France renonce à son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU en faveur d’un siège européen et que le Parlement européen ne siège plus à Strasbourg. Emmanuel Macron pourrait alors ne pas être pas le seul à comprendre que l’Allemagne ne se soucie pas réellement des intérêts des autres nations. Elle doit d’abord s’efforcer de se retrouver avant de redevenir le premier partenaire de l’Europe.

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