Des saumons à gogo attendus en Normandie après la destruction de barrages

Le barrage de Vezins. [Eau Rivieres]

La démolition de deux grands barrage sur le fleuve de la Sélune, dans la Manche, devrait permettre le retour de poissons migrateurs et moins d’émissions de méthane. Il s’agit du projet de destruction de barrages le plus ambitieux d’Europe .

Deux barrages, Vezins La-Roche-qui-boit, tous deux d’une hauteur 15 mètres, vont être démolis début 2018. Situés sur la Sélune, dans la Manche, les deux barrages ont  alimenté la région en électricité hydraulique depuis près d’un demi-siècle.

Cela fait huit ans que la France envisage de libérer le fleuve, mais c’est seulement la semaine dernière que Nicolas Hulot, le ministre français de l’Environnement, a annoncé que le gouvernement avait donné son feu vert, afin de rétablir la circulation des poissons migrateurs.

« La réhabilitation de la continuité écologique du cours d’eau dans la vallée de la Sélune concrétise l’engagement du ministère pour la reconquête de la biodiversité qui doit à présent être un axe prioritaire de l’action gouvernementale et des politiques territoriales pour résorber les conséquences du changement climatique », a déclaré le ministre.

Le gouvernement assure qu’il n’existe aucun risque d’inondation, mais que des analyses de risques seront menées durant et après les travaux de démolition. La vidange du lac de Vezins a déjà commencé il y a plusieurs mois. Elle devrait durer deux ans.

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Bénéfices multiples

Les groupes de défenses de l’environnement se sont félicités de la décision. Les barrages empêchent en effet les saumons et autres animaux marins migrateurs de circuler le long de la Sélune.

« La suppression de ces obstacles contribuera à rendre à la nature les 90 km de la Sélune, permettant aux poissons de migrer et aux sédiments de circuler, favorisant rapidement la biodiversité de la rivière », explique Roberto Epple, qui dirige le Réseau Fleuves Europe (ERN).

Le transport sédimentaire est l’un des aspects les plus problématiques de la présence des barrages. Rien que depuis 2014, 400 000 mètres cubes de sédiments se sont accumulés derrière le barrage du Vezins, le plus en amont, ce qui a des conséquences de taille sur la qualité de l’eau contenue dans le réservoir.

La suppression des barrages, qui devrait se terminer au plus tôt à l’automne 2019, permettra en outre d’encourager les activités de tourisme, dont la pêche et les sports nautiques, le long du fleuve. Les défenseurs de l’environnement appellent aujourd’hui Nicolas Hulot à fixer une date contraignante pour la fin des travaux.

Orri Vigfússon, président du Fédération du saumon nord-atlantique, écrit dans une lettre ouverte que la Sélune pourrait devenir l’une des premières destinations de pêche en Europe et estime que 5 000 saumons supplémentaires pourraient se diriger vers la rivière une fois les barrages disparus.

La directive-cadre sur l’eau oblige les États membres à assurer la propreté et la santé écologique de leurs voies d’eau.

La démolition de ces barrages est le plus grand projet de ce type en Europe. Martina Mlinaric, de WWF Europe, a félicité la décision française, qui « ouvre la voie à la suppression des barrages, permettant ainsi aux rivières et à leurs écosystèmes de se remettre de leurs effets perturbateurs ».

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Bonus climatique ?

La destruction des barrages pourrait avoir comme résultat inattendu une réduction des émissions de méthane, un gaz à effet de serre puissant. Selon des études récentes, les réservoirs associés aux barrages produisent en effet plus de gaz à effet de serre que ce que l’on pensait.

Selon une enquête de BioScience, les grands barrages hydroélectriques sont une source importante d’émissions de méthane, à cause de leurs lacs-réservoirs de sédiments : sous la surface, la végétation se décompose, émettant un milliards de tonnes de méthane chaque année.

Ce gaz a une capacité de réchauffement bien plus élevée que le dioxyde de carbone, même s’il reste dans l’atmosphère bien moins longtemps. Il provient de sources diverses, notamment dans le secteur agricole et dans l’industrie des énergies fossiles.

La suppression des barrages vieux et obsolètes serait donc bénéfique pour les efforts de réductions des émissions de méthane européens. Les spécialistes espèrent donc que la décision française fera des émules.

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