Jean-Claude Juncker se voit confirmé par le Parlement européen

Les eurodéputés votent à bulletin secret pour le président de la Commission. Strasbourg, 15 juillet

Jean-Claude Juncker a été confirmé mardi 15 juillet au poste de président de la Commission européenne par le Parlement. Les vifs échanges qui ont précédé le vote promettent une présidence compliquée.

Le candidat du Parti populaire européen, Jean-Claude Juncker, a tenté de rallier une large majorité en se présentant devant le suffrage des députés européens, mardi  15 juillet à Strasbourg.

Sur les 729 eurodéputés présents au moment du vote, 422 se sont exprimés en faveur du candidat, 57 eurodéputés se sont abstenus ou ont vu leur bulletin invalidé, et 250 ont voté contre lui. Un score qui confère au nouveau président de la Commission européenne une courte avance, puisqu’il devait rassembler au minimum 376 votes pour obtenir la majorité.

Courte majorité

Lors de son élection début juillet au Parlement européen, le socialiste allemand Martin Schultz avait recueilli une majorité de 409 votes

Dans un programme  destiné à montrer sa détermination face aux problèmes sociaux, le candidat a tenté de montrer son engagement pour des politiques plus sociales. Il a notamment proposé un programme d’investissement de 300 milliards d’euros, qui mobiliserait des ressources actuellement inutilisées.

« Il y a un 29e État qui est en train de se constituer, l’État de ceux qui n’ont pas d’emploi. J’aimerais que ce 29e État membre soit réintégré aux autres, et je propose un programme d’investissements exigeant pour y parvenir » a indiqué le luxembourgeois.

Au sein de ce message, le candidat à la présidence de la Commission européenne proposait d’insister sur les secteurs suivants

  • le marché digital unique qui permettrait 250 milliards d’euros de croissance supplémentaire.
  • l’Union énergétique avec un volet sur la politique de changement climatique.
  • le Marché unique approfondi avec une solide base industrielle
  • l’Union économique et monétaire plus resserrée et plus

Le programme reprend quelques notions qui étaient présentes dans la « feuille de route » proposée par la France, qui évoquait notamment un grand plan d’investissement

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La proposition de Jean-Claude Juncker est néanmoins moins ambitieuse, puisque les fonds mobilisés représentent seulement un quart du montant qui avait été inscrit dans la feuille de route de la France, soit 1200 milliards d’euros.

Du côté de la politique extérieure, le dirigeant a assuré qu’il fallait un dirigeant expérimenté pour occuper le poste de Haut représentant aux affaires extérieures. Une position qui plaide plutôt pour Cristalina Georgieva, l’actuelle commissaire Bulgare à l’aide humanitaire,?

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Des tensions et des protestations ont émaillé la séance, notamment lorsque les eurodéputés ont hué la monnaie unique.

« La monnaie unique ne divise pas l’Europe, elle protège l’Europe » a affirmé M. Juncker devant les députés européens, évoquant le souvenir de guerres monétaires  qui obligeait parfois les Etats à dévaluer.

Tensions durant la session

Des propos qui ont été hués par les eurosceptiques de tous bords. Le ton du groupe rassemblé autour de Nigel Farage pour Ukip a néanmoins été nettement moins agressif que celui d’autres bords. Nigel Farage s’est montré plutôt jovial, alors que Marine Le Pen était clairement dans l’agressivité.

« Vous représentez l’archétype du déni de démocratie » a de son côté déclaré Marine Le Pen, « vous dirigiez un paradis fiscal, vous voilà maintenant à la tête de l’idéal européiste » a ajouté l’eurodéputé, assurant que le FN voterait contre lui.

Les formations plus traditionnelles se sont montrées peu critiques à l’égard du futur dirigeant, à l’exception de la gauche radicale qui a rappelé que les élections avaient représenté un réel échec démocratique.

« Écoutez le Parlement européen, plutôt que le Conseil, nous avons la même légitimité » a de son côté rappelé à Jean-Claude Juncker le libéral Guy Verhofstadt, tout en appelant à voter pour le candidat.

Chez les Verts, l’eurodéputé belge Philippe Lamberts a rappelé que l’existence même de nos sociétés était menacée par la situation environnementale de la planète, et que le chômage menaçait l’Europe. « Serez-vous l’homme de l’Europe sociale », a demandé M. Lamberts à Jean-Claude Juncker.

Avant le vote, Jean-Claude Juncker s’était autorisé un trait d’humour adressé aux élus eurosceptiques, entrés en force  au Parlement européen suite aux élections de mai 2014. « J’ai bien compris que vous allez voter à bulletin secret, et je sais pourquoi ! Je ne voudrais pas que les électeurs de Nigel Farage découvrent qu’il va voter pour moi ! » a déclaré Jean-Claude Juncker.

Le ton employé par le nouveau président de l’exécutif européen  pour s’adresser à l’eurodéputée d’extrême-droite Marine Le Pen a cependant été plus sec. « Je remercie Madame Le Pen de ne pas voter pour moi, je ne veux pas avoir l’assentiment de ceux qui rejettent et de ceux qui excluent » a conclu le luxembourgeois. 

« Le Parlement européen a reflété scrupuleusement le vote des citoyens européens. Le vainqueur du 25 mai devient le chef de l'exécutif européen. C'est l'an I d'une vraie démocratie européenne », a déclaré Alain Lamassoure, président de la délégation française du Groupe PPE au Parlement européen.

« La délégation Europe Ecologie au Parlement européen félicite l'élection de Jean-Claude Juncker, candidat européen convaincu et issu de la procédure transparente et démocratique mise en place avant les élections. Nous restons tout de même dubitatifs sur sa réellecapacité politique à remettre l'Europe sur les rails au profit de l'ensemble des citoyennes et citoyens européens, en particulier les plus jeunes et les plus vulnérables, et des générations futures.» a déclaré l'ensemble de la délégation française des eurodéputées Verts au Parlement européen, à l'exception de José Bové.   

« Nous avons entendu Monsieur Juncker devant notre groupe et en plénière dire qu'il était candidat parce qu'il n'aime pas l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui, dire sa priorité en faveur de la croissance et de l'emploi, accepter d'utiliser la flexibilité du Pacte de stabilité et de croissance, soutenir la libre circulation des travailleurs et la dimension sociale des politiques économiques, s'engager sur la taxation sur le lieu de production, ré-ouvrir la directive détachement des travailleurs […]Toutefois, l'audition de Monsieur Juncker nous a confirmé la différence entre la gauche et la droite de l'Hémicycle. Pour l'instant, nous ne sommes pas convaincus qu'il tiendra suffisamment compte de nos propositions pour répondre au désarroi et à la défiance de ceux qui souffrent des politiques d'austérité. Nous voulons qu'il s'engage plus loin avant de pouvoir compter sur nos voix » a affirmé la délégation française des socialistes au Parlement européen dans une tribune commune.  

Choisi par le Conseil européen pour diriger la Commission après les élections européennes de mai 2014, Jean-Claude Juncker doit aussi recevoir l'aval du Parlement européen.

Les eurodéputés doivent l'élire à la majorité absolue.

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