Juncker doute d’une résolution rapide du conflit sur l’acier avec les États-Unis

Jean-Claude Juncker

Le président de la Commission juge peu probable que l’UE soit exempté des droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium avant la fin des exemptions temporaires, le 1er mai.

Lors du Conseil européen du 23 mars, les chefs d’État de l’UE ont déclaré que la décision de Donald Trump d’exempter temporairement l’UE était inacceptable.

« Il me semble impossible de couvrir tous les sujets dont nous devons discuter avec nos partenaires américains avant le 1er mai. Nous demandons une exemption permanente », a déclaré Jean-Claude Juncker à la fin du sommet de deux jours.

Ses commentaires ont fait écho aux conclusions officielles des dirigeants, qui ont appelé « à une exemption permanente » et ont regretté « la décision des États-Unis d’imposer des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium ».

Les conclusions du Conseil ont été publiées plusieurs heures après que l’administration Trump a annoncé officiellement une exemption de dernière minute pour l’UE vendredi matin. Le document stipule que l’exemption expirera le 1er mai à moins qu’une « alternative satisfaisante » ne soit trouvée d’ici là. Elle s’applique à l’Union européenne, et à d’autres pays comme le Canada, le Mexique et l’Australie.

Les nouvelles taxes à l’importation sont entrées en vigueur le 23 mars. Les dirigeants européens étaient censés réagir aux mesures la veille, mais ont repoussé leur discussion sur le commerce car ils voulaient attendre que l’administration Trump publie une confirmation officielle des exemptions.

Jean-Claude Juncker a déclaré qu’un accord pour les cinq prochaines semaines n’était « pas très réaliste étant donné l’ampleur des questions à aborder ». D’autres dirigeants européens ont également exprimé leur frustration vis-à-vis de la courte période de négociations.

L’exemption temporaire de Donald Trump c’est comme un « pistolet sur notre tempe », a déclaré le Premier ministre belge Charles Michel, durant la deuxième journée du sommet.

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L’exclusion temporaire de l’UE des droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium « ne nous a pas semblé satisfaisante », a déclaré le président français, Emmanuel Macron, à l’issue d’un sommet de l’UE du 23 mars.

 

Le président de la Commission européenne voit toutefois un aspect positif dans la décision du président américain : Donald Trump a été persuadé d’accorder une exemption à l’UE car les États membres ont fait bloc durant les négociations. Donald Trump « reconnaît que l’UE est une entité, et qu’elle ne peut être divisée en 28 parts. C’est une bonne chose », a commenté Jean-Claude Juncker.

La Commission est chargée de négocier des accords commerciaux au nom de tous les États membres. Les précédentes déclarations de Donald Trump ont laissé entendre qu’il ne connaissait pas les règles commerciales de l’UE. Il a en effet proposé à plusieurs reprises à la chancelière allemande, Angela Merkel, de conclure un accord bilatéral entre les États-Unis et l’Allemagne.

Jean-Claude Juncker a attribué l’exemption américaine aux réunions entre la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, et l’administration Trump plus tôt cette semaine. Cecilia Malmstöm a en effet rencontré le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, et le représentant au Commerce, Robert Lighthizer, à Washington plus tôt cette semaine.

L’un des résultats de ces réunions a été la création d’un groupe de travail UE-États-Unis pour résoudre les problèmes commerciaux.

Dans un tweet le 23 Mars, Cecilia Malmström a qualifié les tarifs douaniers d’« action unilatérale très malheureuse », mais a déclaré que c’était « une bonne chose que l’UE soit exemptée pour le moment ».

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A Bruxelles, les dirigeants européens ont reporté une décision sur le commerce, après l’annonce in extremis de Donald Trump sur l’acier et l’aluminium.

La chancelière allemande Angela Merkel a également salué les efforts de négociation de la commissaire. Lors d’une conférence de presse conjointe avec le président français, Emmanuel Macron, les deux dirigeants ont déclaré que les pourparlers avec les États-Unis devaient se poursuivre et qu’ils espéraient obtenir une exemption permanente des droits de douane.

« Nous ne voulons pas entrer dans une spirale où, au bout du chemin, tout monde est perdant », a dit Angela Merkel.

Emmanuel Macron a quant à lui qualifié l’« exemption très temporaire » des États-Unis de « pas assez satisfaisante ». À la question de savoir si l’UE devrait faire des concessions à Donald Trump dans les négociations sur l’extension de l’exemption tarifaire, le président français a averti que les États-Unis ne devraient pas mettre les Européens au pied du mur.

« Nous discutons de tout avec un pays qui est un ami et qui respecte les règles de l’OMC, mais nous ne parlons en principe de rien avec une arme pointée sur notre tête », a déclaré le président français aux journalistes. « Nous ne sommes pas prêts à faire preuve de faiblesse face à un pays, un secteur qui nous impose un délai de quelques semaines », a-t-il déclaré. « L’Europe ne renonce pas. »

Le 22 mars, Donald Trump s’en est pris à l’UE pour ce qu’il a décrit comme des restrictions à l’accès des entreprises américaines au marché européen.

« Ils peuvent commercer avec nous, mais nous ne pouvons pas commercer avec eux. Ils ont des barrières très strictes. Ils ont des tarifs très élevés. Pas nous. Ce n’est pas juste », a déclaré Donald Trump lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche.

Emmanuel Macron a déclaré que les tarifs douaniers américains étaient la « mauvaise réponse à un problème réel », faisant référence aux excédents chinois d’acier et d’aluminium. « Nous, Européens et Américains, devons travailler ensemble plutôt que l’un contre l’autre. »

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