L’austérité à la Une du dernier débat présidentiel européen

The presidential candidates ahead of the Eurovision debate. [EURACTIV]

Les candidats sur le plateau le 15 mai au soir

Le débat du 15 mai entre les candidats à la présidence de la Commission s’est transformé en plaidoyer contre l’austérité. Un baptème du feu pour le candidat de la gauche radicale Alexis Tsipras, et la verte Ska Keller.

Le troisième débat entre candidats à la présidence de la Commission est aussi le seul à avoir accueilli Alexis Tsipras. Le candidat de la gauche radicale était en effet absent des deux débats précédents à Maastricht et à Florence. Le Grec, dont la campagne est axée sur la lutte contre l’austérité et les inégalités, a choisi de s’exprimer dans sa langue maternelle.

« Les évènements en Grèce ne sont pas une réussite, il s’agit d’une tragédie sociale qui ne devrait pas se répéter en Europe », a-t-il déclaré en ajoutant qu’il faut mettre un terme à la « paranoïa vis-à-vis de la dette ».

« La politique destructrice de l’austérité n’est pas la manière de régler le grand problème en Europe : le chômage », a-t-il poursuivi. Il a également accusé les autorités européennes d’avoir imposé des réductions drastiques des dépenses dans des économies vacillantes et a rejeté la faute sur les banquiers.

« En Grèce et en Italie, les activités bancaires n’étaient pas le problème, mais bien les mauvaises politiques de vos partis politiques », a répondu en anglais Guy Verhofstadt, le candidat des libéraux. Il a ainsi défendu la nécessité d’une discipline budgétaire dans l’UE alors que cette dernière peine à sortir de la récession.

« Vous avez besoin de discipline budgétaire, sinon vous ne pouvez pas avoir de croissance », a-t-il insisté. Selon lui, la meilleure manière de progresser est le marché unique européen, qui permettrait de retirer davantage de barrières économiques dans les Vingt-Huit.

Accusations réfutées

Jean-Claude Juncker, candidat du centre-droit et ancien président de l’Eurogroupe, a réfuté les accusations d’Alexis Tsipras.

« Pendant des années, j’ai travaillé jour et nuit, le plus souvent de nuit, pour empêcher la Grèce de sortir de la zone euro », a-t-il déclaré en français. Il a ajouté que les gouvernements européens devraient encore procéder à de coupes budgétaires à l’avenir.« Pas d’emploi durable, sans finances publiques saines », a-t-il affirmé.

La candidate des Verts Ska Keller, la seule femme dans la course européenne, a indiqué pour sa part que plus d’austérité « aggraverait la situation » et a demandé aux États membres d’investir davantage dans l’économie verte et les énergies renouvelables.

Immigration : thème rassembleur

Après un nouveau naufrage le long des côtes italiennes cette semaine, les candidats s’accordent tous pour dire qu’une politique migratoire européenne est nécessaire afin de réduire l’afflux d’immigrants illégaux et d’harmoniser la politique en matière de demandeurs d’asile.

Il est inacceptable de laisser la mer Méditerranée devenir un cimetière à ciel ouvert, a déclaré Alexis Tsipras en ajoutant que l’Europe devait devenir « synonyme de solidarité ».

Ska Keller a qualifié de « scandaleux » le manque de coordination de l’immigration légale. Jean-Claude Juncker a souligné que cette fois-ci le temps était venu d’établir une loi européenne sur l’immigration. Il a également exhorté les États membres à ne pas réduire les budgets consacrés à l’aide au développement afin de mieux assister les personnes avant qu’elles ne quittent le pays et risquent leur vie sur le chemin vers l’Europe.

Réveiller l’intérêt des citoyens

Depuis les premières élections, le taux de participation n’a cessé de diminuer pour finalement atteindre 43 % en 2009, un record. La crise économique en Europe a également provoqué l’indignation de la population à propos des lignes politiques sociales de l’UE. Les débats présidentiels ont pour objectif de sensibiliser les citoyens aux politiques européennes.

« À mon avis, si les citoyens ont suivi le débat, ils ont une idée plus précise des actions menées par l’Union européenne qu’il y a une heure et demie », a déclaré Jaume Duch, porte-parole du Parlement européen.

 « Ce débat pourrait faire grimper le taux de participation. […] Maintenant, tout dépend de la manière dont les médias transmettent l’information et traduisent les actions des responsables politiques au cours de ces dix dernières années. »

« Je déplore que ce débat n’ait pas abordé une série de thèmes clés », a expliqué après le débat à EURACTIV Marc Tarabella, eurodéputé belge socialiste. « [Les candidats] n’ont évoqué ni l’intégration ni les problèmes liés au marché unique, comme le dumping social », a-t-il poursuivi.

Selon l’eurodéputé, le débat n’aura qu’une influence réduite sur les résultats des élections : « Ce débat est suivi par seulement une petite minorité de citoyens. Il n’aura aucune influence sur le vote des Belges ».

Presidential Debate, Brussels. #TellEurope

La France honteuse

L’Union européenne de radio-télévision n’a pour l’instant pas encore publié les données relatives à l’audimat. Le débat a été diffusé sur 58 chaînes télévisées nationales et régionales et sur 71 sites Internet dans les États membres. Plusieurs chaînes publiques ont cependant essuyé des critiques pour ne pas avoir retransmis le débat.

« En Belgique, la chaîne publique l’a diffusé alors que ce n’était même pas le cas en France », a rouspété Marc Tarabella. « Le FN de Marine Le Pen deviendra le plus grand parti en France, c’est une honte. »

>> Lire : La télé française fait l’impasse sur le débat électoral européen

« M. Juncker pense qu’il est déjà président de la Commission », a lancé Ska Keller auprès de la presse après le débat. « Il n’a pas précisé les points qui le différencient du socialiste Martin Schulz. Il a cautionné les politiques d’austérité menées entre autres dans les États membres du sud et il n’a pas précisé ce qu’il ferait différemment maintenant », a-t-elle poursuivi.

Les élections européennes de mai 2014 seront les premières organisées depuis le traité de Lisbonne, qui renforce le pouvoir du Parlement dans le processus de nomination du président de la Commission.

Cinq partis européens ont désigné une tête de liste pour la campagne électorale, « Spitzenkandidat » en allemand. Ces personnalités politiques se présentent à la tête de la Commission européenne. En « mettant un nom sur un visage », les campagnes paneuropéennes ont pour objectif d'augmenter le taux de participation chez les électeurs, chez qui le taux d'abstention est en constante progression.

Quelques semaines avant les élections du 22 au 25 mai, les candidats s'affronteront lors de « débats présidentiels ». Ces débats seront diffusés par des médias nationaux et européens.

>> Retrouvez notre page thématique sur les débats présidentiels européens et le linksdossier sur les élections européennes

  •  22-25 mai :élections européennes dans les 28 États membres de l'Union européenne 

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