L’Europe manque de temps en Asie

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ÉDITION SPÉCIALE / Un accord commercial entre les États-Unis, l’Amérique latine et l’Asie menace de mettre à mal les tentatives de l’UE de conclure des accords de libre-échange avec le Japon et les États-Unis, semant le doute sur la capacité de l’Union à adopter une stratégie pour l’Asie, expliquent des experts.

 

Ces craintes ont été exprimées lors d'une conférence sur le Trans-Pacific Partnership (TPP) (voir « Contexte ») organisée à Bruxelles par le groupe de réflexion European Centre for International Political Economy (ECIPE).  

 

L’objectif du TPP est de créer un réseau commercial ambitieux comprenant des biens et des services. Ce réseau couvrirait des domaines généralement exclus des accords commerciaux, tels que des règles communes pour les droits de propriété intellectuelle et des normes, ainsi que des droits sur la protection de l'environnement et le respect des travailleurs.

 

Le TPP ou une bande-annonce à la Spielberg

 

Étant donné que les négociations sur ce type d’accords se déroulent à huis clos, peu d’informations concrètes sur le TPP sont révélées.

 

« Le TPP prend des allures d'un nouveau film de Spielberg. Tous espèrent que leurs acteurs préférés seront présents. On s'attend à ce qu'il soit rempli d'effets spéciaux, mais on ne sait pas le résultat sera une superproduction ou un fiasco », a déclaré le 28 septembre dernier Lutz Guellner, un fonctionnaire européen.

 

Deborah Elms, la directrice du Temasek Foundation Centre for Trade and Negotiations basé à Singapour, a expliqué que le Canada et le Japon pourraient rejoindre les négociations sur le TPP l'année prochaine.

 

« Tous font mine de ne pas connaître le nom des nouveaux membres et les conséquences de l’arrivée du Japon à la table des négociations », a mentionné M. Guellner.

 

Le Japon au cœur des luttes d’influence

 

L'UE tente en ce moment de négocier un accord commercial avec le Japon, mais tous souhaitent jouir d’une influence au Japon, un pays qui s’intéresse au TPP, a avancé Hosuk Lee-Makiyama, le directeur de l'ECIPE.

 

Le TPP a aussi soulevé des doutes quant au projet de l'UE (en cours pour le moment) visant à négocier un accord de libre-échange ambitieux avec les États-Unis.

 

« Comment les États-Unis peuvent-ils être aussi ambitieux pour les négociations sur le TPP et les négociations transatlantiques ? » s'est interrogé M. Guellner. Il s’agit d’ailleurs d’une question à l'étude par les décideurs politiques.

 

L'UE devra également se montrer prudente, afin d'éviter tout affront contre la Chine dans ses positions sur le TPP. De nombreux membres du gouvernement chinois suspectent que le TPP soit une tentative des États-Unis de limiter le pouvoir de la Chine dans la région en entourant la superpuissance émergente d'une grande union commerciale.

 

Le TPP comme contrepoids face à la Chine

 

« Le TPP est une réaction des États-Unis à la croissance chinoise. Il ne s'agit toutefois pas de contenir la Chine, mais plutôt de répondre à l’inquiétude des États-Unis qui se sentent à l'écart du groupe de l'ANASE. On peut donc le considérer comme un contrepoids », a déclaré Deborah Elms lors de la conférence. L'ANASE est l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est constituée de 10 membres.

 

Reste à savoir si l'accord se concentrera sur le commerce ou sur le commerce et la sécurité, a expliqué Lutz Guellner. « Les conséquences sur la Chine et ses intérêts constituent la réelle question. »

 

Il a précisé que la Commission voulait obtenir plus de détails sur le TPP, dans la perspective de ses propres négociations avec les pays de l'ASANE et d’autres partenaires.

 

« Je ne pense pas que l'Europe dispose d’une quelconque stratégie sur le TPP et, même si le TPP n'existait pas, l'Europe risquerait d'être mise de côté en raison de l'intégration rapide de l'architecture commerciale régionale dans la région Asie-Pacifique », a ensuite expliqué M. Lee-Makiyama à Euractiv.

 

Les pays impliqués dans le TPP s'intègrent déjà rapidement sur une base transfrontalière d'entreprise à entreprise, de la même manière que l'Europe a élargi son commerce transfrontalier entre ses États membres pendant les années 1960 », a déclaré M. Lee-Makiyama.

 

« L'architecture commerciale régionale se referme très rapidement et, à moins que l'UE ne passe à l'action, elle devra payer le prix fort pour obtenir des parts de marché dans les dix ans à venir », a-t-il signalé, avertissant que le cours des évènements (avec ou sans TPP) présentait une menace existentielle pour l'Europe. 

 

« Nous continuons à nous concentrer sur la conclusion de cet accord dans les plus brefs délais », a expliqué Barbara Weisel, la négociatrice en chef des États-Unis pour les négociations sur le TPP, à la fin du quatorzième cycle de négociations sur le pacte du Trans-Pacific Partnership proposé le 15 septembre.

 

« Nous pensons que cette réunion va accélérer le mouvement, nous espérons donc pouvoir bientôt conclure un accord », a ajouté Mme Weisel.

 

« Les États-Unis et l'Europe n'ont jamais autant été sur la même ligne stratégique qu'aujourd'hui », a déclaré Julianne Smith, la conseillère adjointe à la sécurité nationale américaine, le 24 septembre à propos du rééquilibrage des négociations commerciales avec l'Asie.

 

« Ceci est le résultat d'une stratégie délibérée et attentive dans le but d'investir dans un partenariat avec nos partenaires transatlantiques : les personnes les plus avancées au monde, compétentes au niveau militaire et démocratique, qui partagent nos valeurs et nos idées », a expliqué Julianne Smith.  « Le rééquilibrage ne doit pas se dérouler aux dépens de l'Europe, mais doit améliorer nos capacités à faire face ensemble aux menaces du XXIe siècle et à renforcer notre sécurité collective », a-t-elle ajouté.

 

 

L'Australie, Brunei, le Canada, le Chili, les États-Unis, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam négocient l'accord sur le Trans-Pacific Partnership (TPP).

 

Le TPP est toutefois perçu comme une tentative des États-Unis de résoudre la plupart des problèmes causés par la superposition des accords de commerce au cours des dix dernières années. Il offre en particulier une réponse à l'échec sur les négociations de Doha, l'accord-cadre de commerce mondial dans l'impasse.

 

Les Philippines, la Corée du Sud et Taïwan ont déclaré qu'ils souhaitaient rejoindre les négociations. Le Japon est présent en tant qu'observateur et est considéré comme un membre potentiel à l’avenir.

 

Le TPP a des origines modestes et a commencé en tant qu'un accord entre Brunei, le Chili, la Nouvelle-Zélande et Singapour en 2005.

 

  • D'ici fin 2012 : le groupe de travail de haut niveau UE-USA sur la croissance et l'emploi prévoit de déterminer si les négociations sur un accord transatlantique de commerce et d'investissement seront lancées ou non.
  • 2013 : le Japon pourrait rejoindre le TPP.

Gouvernements :

Union européenne :

Groupes de réflexion :

  • European Centre for International Political Economy: Site Internet
  • Temasek Foundation Centre for Trade & Negotiations: Site Internet

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