La Belgique déstabilisée par le ralliement des nationalistes flamands aux eurosceptiques

Karel De Gucht [Commission européenne]

Karel De Gucht [Commission européenne]

Le ralliement du parti nationaliste flamand au groupe eurosceptique CRE s’annonce délicat pour la Belgique. C’est en tout cas le point de vue de Karel De Gucht, le commissaire belge en charge du commerce.

L’Alliance néo-flamande (N-VA) a rejoint le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE) au Parlement européen, après avoir négocié pendant des semaines avec les libéraux de l’ALDE. Une alliance qui crée la controverse en Belgique et permet en partie au groupe eurosceptique de la CRE de souffler la troisième place au libéraux dans l’hémicycle européen. 

Karel De Gucht, le commissaire européen en charge du commerce, a expliqué le 22 juin sur le plateau de la télévision néerlandophone belge : « c’est un fait politique important, car, pour la première fois, un parti important en Belgique décide de rejoindre un groupe eurosceptique. »

« Dans l’ensemble, tous les grands partis belges […] soutiennent une intégration européenne renforcée », a-t-il expliqué. « Nous sommes une économie ouverte au cœur de l’Europe, où siègent les institutions européennes, ce qui est un atout pour nos relations commerciales et notre économie » selon le commissaire.

Un manque à gagner du côté de l’ADLE

Pendant des semaines, la N-VA avait négocié son entrée dans le groupe libéral mené par Guy Verhofstadt, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE).

« Ils nous ont demandé de négocier [une alliance] », a souligné Karel de Gucht. La semaine dernière, le groupe libéral européen a donné son feu vert à l’adhésion du parti nationaliste, qui aurait pu apporter quatre nouveaux eurodéputés au groupe.

Lors du conseil de la N-VA le lendemain, les nationalistes flamands ont cependant opté pour la CRE, ce qui a mis l’ancien premier ministre belge, Guy Verhofstadt, dans l’embarras. « La décision prise [par la N-VA] est un tour de cochon », a déploré Karel De Gucht.

>> Lire : Les centristes perdent la course à la troisième place au Parlement européen

Cette décision pourrait mettre à mal les négociations actuelles sur la formation des gouvernements fédéral et régional en Belgique.

Le 25 mai, la Belgique a organisé trois élections différentes : fédérale, régionale et européenne. Le parti séparatiste flamand est sorti vainqueur dans les trois élections.

Ces deux dernières semaines, le leader de la N-VA, Bart De Wever, a tenté de former une coalition pour diriger le prochain gouvernement belge. Leur principal partenaire, le proéeuropéen CD&V, fait partie du groupe du Parti populaire européen (PPE).En revanche, la CRE est dirigée par les conservateurs britanniques, qui sont farouchement opposés à la poursuite de l’intégration européenne.

« Le parti conservateur britannique a une conception totalement différente de l’Europe », a affirmé Karel De Gucht. « Je me demande comment le CD&V va réagir, un parti qui a toujours adopté une position proeuropéenne avec des figures de proue comme Wilfried Martens [ancien président du parti PPE] et Jean-Luc Dehaene [ancien eurodéputé du groupe PPE] ».

Les libéraux arrivent en quatrième position

La CRE a pris tout le monde de court à la suite des élections européennes du 22 au 25 mai. Ces dernières semaines, le groupe est parvenu à rassembler jusqu’à 10 nouveaux partis, soit 23 sièges supplémentaires au total.

En tout, le nombre d’eurodéputés membres s’élève à 67, ce qui permet aux conservateurs de devenir la troisième force politique au sein du Parlement européen. Il s’agit également d’un coup dur pour le groupe des libéraux de l’ADLE, qui comptait jouer les « faiseurs de rois » au cours des cinq prochaines années.

Les partis politiques ont eu jusqu’au 24 juin pour constituer un groupe au Parlement européen.Le Parlement européen organisera sa première session plénière à Strasbourg la semaine prochaine, du 1er au 3 juillet.

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Les députés du nouveau Parlement européen sont en train de constituer des groupes politiques entre partis en fonction des affinités idéologiques. Les groupes inscrits ont le droit de recevoir des financements européens et peuvent recevoir des postes influents au sein des commissions parlementaires. Pour constituer un groupe au Parlement, il faut 25 eurodéputés provenant de sept États membres différents.

Le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE) est un groupe eurocritique au sein du Parlement européen. Il appelle à une réforme de l'Union européenne et à une politique économique de centre droit. Ce groupe est étroitement lié au Parti conservateur britannique.

L'ADLE est le groupe qui représente les libéraux européens. Les libéraux sont traditionnellement le troisième groupe du Parlement européen. Mais l'annonce de l'adhésion des séparatistes flamands (N-VA) au groupe des conservateurs modérés (CRE) permet à ces derniers de devancer les libéraux.

>> Plus d'informations sur le nouveau Parlement ici

  •  24 juin : date butoir pour la constitution des groupes au Parlement européen
  •  1er-3 juillet : première session plénière du Parlement européen
  •  14-17 juillet :deuxième session plénière du Parlement européen

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