La commerce de détail alimentaire reprend des couleurs, selon un rapport

Malgré les conditions difficiles rencontrées sur le marché en 2023, qui ont entraîné une diminution des ventes de produits alimentaires en termes réels, le rapport laisse entrevoir une « raison de garder espoir » pour 2024.

Le secteur européen de la vente au détail de produits alimentaires montre les premiers signes de reprise après plusieurs années caractérisées par une baisse des ventes et une pression sur les marges résultant de l’inflation, bien que le comportement des consommateurs européens reste fragmenté. C’est ce que révèle un rapport du cabinet de conseil McKinsey publié mercredi (10 avril).

Le rapport, réalisé en collaboration avec la fédération européenne du commerce de détail et de gros EuroCommerce, se penche sur les dernières évolutions du secteur de la vente au détail de produits alimentaires sur le continent en s’appuyant sur des enquêtes menées auprès d’une trentaine de grandes chaînes de supermarché et de plus de 12 000 consommateurs dans 11 pays européens.

Malgré les conditions difficiles rencontrées sur le marché en 2023, qui ont entraîné une diminution des ventes de produits alimentaires en termes réels (corrigés de l’inflation), le rapport laisse entrevoir une « raison de garder espoir » pour 2024.

« Le volume des produits d’épicerie a cessé de diminuer vers la fin de 2023 et a même commencé à augmenter sur certains marchés », soulignent ses auteurs.

L’analyse révèle que la confiance des consommateurs revient peu à peu, portée par les premiers signes de reprise économique et d’augmentation des salaires dans certains pays.

Ainsi, la part des consommateurs européens cherchant à surveiller leurs dépenses lorsqu’ils font leurs courses est passée de 51 % en 2023 à 45 % en 2024, tandis que les personnes disposant de hauts revenus ont exprimé leur intention d’acheter davantage d’aliments bio ou haut de gamme cette année.

« L’intention nette des ménages à hauts revenus d’acheter davantage de produits de haute qualité ou biologiques a encore augmenté début 2024 et est désormais clairement positive », souligne le cabinet de conseil.

Cette tendance pourrait alléger la pression sur le secteur de l’agriculture biologique de l’UE, l’un des plus durement touchés par la crise du coût de la vie en Europe et la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs. Les ventes de produits issus de l’agriculture biologique dans l’UE ont commencé à chuter en 2021, après une décennie de croissance constante, et n’ont pas repris depuis.

L’industrie du bio appelle l’UE à stimuler la demande

Il faut instaurer des marchés publics dans les écoles et de faire payer les entreprises pour les « coûts cachés » des produits conventionnels pour compenser l’écart entre l’augmentation des terres cultivées biologiquement et la diminution des ventes d’aliments biologiques, a déclaré Eric Gall à Euractiv.

Disparités entre les pays

Commentant ces résultats, Camille Perrin, responsable de la politique alimentaire au Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), a confié à Euractiv que le rapport de McKinsey confirmait la volonté des consommateurs de se tourner vers des produits alimentaires durables lorsqu’ils peuvent se le permettre.

Cependant, Mme Perrin a souligné que les supermarchés devaient en faire davantage pour rendre ces produits abordables par le biais de promotions et de stratégies concernant les prix.

« L’UE doit également faire plus, en commençant par utiliser ses subventions agricoles de manière plus efficace que ce que nous observons aujourd’hui », estime Mme Perrin.

Néanmoins, le rapport prévient que le comportement des consommateurs restera « très polarisé » en 2024, largement influencé par les disparités dans la situation économique des pays dans lesquels ils résident.

Par exemple, les consommateurs allemands ont déclaré avoir l’intention d’acheter à nouveau des produits plus chers de manière « sélective », tandis que les consommateurs italiens et suisses sont moins optimistes quant à la situation économique.

« Il y a une différence grandissante entre les pays européens due à des démographies divergentes et à des taux de récupération du pouvoir d’achat différents », précise le rapport.

Transparence au niveau de la chaîne d’approvisionnement

Le cabinet de conseil prévoit que les distributeurs du secteur de l’alimentation continueront à faire face à une « pression sur les marges » — un élément identifié comme une priorité absolue pour 70 % des PDG du secteur de la distribution interrogés par McKinsey.

Il note également que les détaillants « continueront à protéger les consommateurs des augmentations de prix » en négociant avec les fournisseurs, y compris en participant à des centrales d’achat — une pratique qui peut potentiellement désavantager les agriculteurs face à des acteurs plus puissants.

Christel Delberghe, directrice générale d’EuroCommerce, a souligné que les détaillants avaient « travaillé dur en 2023 » pour « protéger les consommateurs des pires effets de l’inflation, bien qu’ils soient confrontés à des coûts plus élevés et à une réduction des dépenses de consommation pour les produits ».

Cependant, Camille Perrin a souligné que si les prix de l’énergie et des matières premières continuent de baisser, cela n’est pas encore entièrement reflété dans les prix finaux des produits alimentaires.

« Nous nous interrogeons sur la répartition des coûts et des marges tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire », a poursuivi Mme Perrin.

Elle espère que la création d’un nouvel observatoire européen des pratiques commerciales dans le secteur agroalimentaire apportera « plus de transparence ».

Le lancement de cette nouvelle structure s’inscrit dans le cadre d’une série de mesures annoncées par la Commission européenne pour renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, en réponse aux demandes exprimées par le secteur lors des récentes manifestations qui ont secoué le continent.

La Commission veut améliorer la place des agriculteurs dans la chaîne de valeur

La Commission a présenté dans un document partagé avec les États membres une série de propositions visant à renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne de valeur alimentaire, répondant ainsi aux demandes des producteurs en faveur d’une rémunération plus juste de leur travail.

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