La Commission s’intéresse aux compétences linguistiques pour encourager la prospérité de l’UE [FR]

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Mercredi 17 septembre, la Commission présentera une nouvelle stratégie européenne qui souligne l’importance des compétences linguistiques pour faire face à des défis aussi variés que la mondialisation, la progression de la mobilité et l’immigration.

La communication de la Commission, dont EURACTIV a consulté les détails, sera lancée jeudi par le commission au Multilinguisme.

Intitulée, « Multilinguisme – un atout pour l’Europe, un engagement partagé », la communication soulignera l’importance des compétences linguistiques afin d’améliorer la cohésion sociale de l’UE et sa prospérité dans le contexte de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi. Par ailleurs, avec la désignation de l’année 2008 l’année européenne du dialogue interculturel, la communication soulignera le rôle des langues dans la suppression des barrières entre les cultures.

Lors d’un débat public sur la politique du mulitlinguisme le 10 septembre, le commissaire européen responsable du dossier, Leonard Orban, a décrit la communication à venir comme un paquet complet pour la promotion de la cohésion sociale et de la prospérité de l’UE.

A l’heure actuelle, il n’est toujours pas défini si les propositions de la Commission recevront des fonds supplémentaires pour leur mise en application. En effet, l’éducation reste un domaine de compétence nationale, poussant certains à douter de l’efficacité des mesures prises au niveau européen. Abram de Swaan, professeur de sociologie à l’université d’Amsterdam, a expliqué lors d’un débat public qu’il faudra bien plus que de la grandiloquence pour parvenir aux objectifs du commissaire.

D’après M. Orban, la stratégie stimulera les citoyens européens à acquérir deux langues étrangères en plus de leur langue maternelle. C’est l’objectif qu’ont appuyé les dirigeants lors de leur rassemblement à Barcelone en 2002. A l’instar du rapport Maalouf, la stratégie propose l’apprentissage d’une seconde langue étrangère personnelle adoptive en plus d’une langue acquise pour des raisons professionnelles. C’est un moyen de parvenir à l’objectif de la stratégie.

Des langues pour l’insertion professionnelle

M. Orban souligne dans ses propositions le rôle des compétences linguistiques dans l’accroissement de la prospérité de l’UE. La communication, qui reconnaît l’importance croissante des marchés émergents pour les entreprises européennes, souligne également le besoin d’une main-d’œuvre qui connaît la langue des régions dans lesquelles elle opère.

La communication met aussi en évidence le rôle joué par les compétences linguistiques dans l’amélioration de la capacité d’insertion professionnelle des citoyens. Elle appelle les pays européens à encourager les programmes d’échanges d’étude et d’emploi à l’étranger ainsi que les projets de partenariat électronique.

En France, le ministre de l’Education Xavier Darcos a dernièrement annoncé des programmes qui ont pour objectif d’offrir des cours d’anglais gratuits aux lycéens durant leurs vacances scolaires. Cette mesure montre que dans le monde actuel, l’incapacité de parler cette langue couramment représente un véritable handicap (EURACTIV 04/09/08).

La communication, qui souligne que l’apprentissage d’une langue est le processus de toute une vie, appelle la formation professionnelle et la formation des adultes à faire plus pour promouvoir l’apprentissage des langues. Elle indique également que davantage d’efforts doivent être réalisés afin d’offrir une grande variété de langues tout en appelant à l’organisation de davantage d’échanges de professeurs afin de renforcer leur propre aisance.

Le texte soulignera aussi le potentiel qui existe pour une meilleure exploitation des langues européennes à l’étranger et des langues non européennes dans l’UE.

M. Orban a indiqué lors du débat public que la prochaine Commission décidera en novembre 2009 de l’ajout de nouvelles langues de travail, qui sont actuellement l’anglais, le français et l’allemand. Une révision générale de la politique européenne sur le multilinguisme aura lieu en 2012.

 

Décrivant la diversité linguistique comme une « véritable richesse » pour l’Europe, le commissaire européen au Multilinguisme Leonard Orban a déclaré lors d’une audition publique le 10 septembre que les langues constituent l’outil le plus efficace pour promouvoir le dialogue interculturel. Se référant à l’apprentissage des langues, il a averti du fait que l’incompréhension mutuelle peut faire office de barrière dans les échanges entre les cultures, entraînant la mésentente et le conflit. 

Sandra Pralong, membre du Groupe de haut niveau sur le multilinguisme, a expliqué le raisonnement derrière le concept de « langue personnelle adoptive ». Elle a souligné sa vision d’une mosaïque de relations bilatérales réunissant l’Europe. Dans chaque pays, des groupes de citoyens apprendraient différentes langues jusqu’à ce que l’ensemble des langues du bloc soient couvertes. Il n’y aurait alors plus besoin d’une troisième langue commune telle que l’anglais ou le français. 

Selon l’eurodéputé socialiste britannique Claude Moraes, qui s’engage activement sur les questions d’égalité raciale, il est essentiel de promouvoir une Europe multilingue pour maintenir la diversité culturelle du continent tout en donnant aux citoyens un sens du respect et d’une appartenance commune à une Europe sûre d’elle. 

Mais les langues constituent une vaste question qui s’étend largement au-delà des discussions de comptoir à propos des frais de traduction à Bruxelles, a-t-il déclaré. Selon lui, il s’agit également d’une question d’intégration et d’identité. Par conséquent, le débat sur le multilinguisme restera toujours émotionnel car il est impossible de démêler les langues de l’histoire et de la culture, a-t-il affirmé. 

Abram de Swaan, professeur émérite de sociologie à l’université d’Amsterdam, se montre critique quant à la tendance européenne à promouvoir des objectifs nobles mais impossibles à mettre en œuvre. De plus, la diversité linguistique du bloc rend difficile la création d’un espace public européen commun. A son avis, plus on encourage de langues, plus l’anglais prédominera. Il s’agit selon lui d’une interférence de réalité. 

M. de Swaan estime que deux ou trois langues transfrontalières devraient être utilisées dans l’UE plutôt que les 23 langues actuelles. Mais il est d’avis que tous les dirigeants politiques devraient avoir le droit de parler leur propre langue et que toutes les langues du bloc devraient être parlées en public par les hauts dirigeants de l’UE afin de faire prendre conscience de la diversité linguistique de l’Europe.

Leur rapport vient compléter un autre du Groupe de haut niveau sur le multilinguisme, présidé par l’auteur libanais Amin Maalouf. Ce rapport appelle les citoyens européens à apprendre une seconde langue étrangère personnelle adoptive en plus d’une langue acquise pour des raison professionnelles (EURACTIV 31/01/08).

Les conclusions des deux rapports devraient être introduites dans la communication de la Commission sur le multilinguisme, dont la publication est prévue cette semaine.


  • 18 sept. 2008 : la Commission devrait présenter une communication sur le multilinguisme.  

     

  • 2012 : la Commission devrait procéder à une révision totale de sa politique de multilinguisme.

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