La gauche européenne envisage une coalition progressiste

32363549425_2d96d7cbf0_z [Parlement européen]

La décision de Guy Verhofstadt de former une alliance avec le Parti populaire européen a provoqué de vives réactions du côté gauche du spectre politique, et chez les Verts. Face à ce retournement, les socialistes promettent une alternative progressiste.

« Nous avons besoin de cette alliance [progressiste] pour pouvoir peser à l’avenir », a déclaré l’eurodéputée socialiste française, Pervenche Berès.

Antonio Tajani sera probablement le prochain président du Parlement européen, mais le dernier décompte des votes et alliances qui sont en cours de négociation affecteront directement les prochaines heures.

Selon les résultats du premier tour, le candidat du PPE, Antonio Tajani, a obtenu 274 voix, suivi par Gianni Pittella avec 183 voix, Helga Stevens, des conservateurs et réformistes européens, a récolté 77 voix, Eleonora Forenza du parti GUE-NGL, 50, l’écologiste Jean Lambert, 46 et Laurentiu Rebega, de l’extrême droite, 43 voix.

Les résultats du second tour n’ont changé la donne puisqu’Antonio Tajani a obtenu 287 voix, Gianni Pitella, 200 ; Helga Stevens, 66 ; Jean Lambert, 51 ; Laurentiu Rebega, 45 et Eleonora Forenza, 42.

ALDE et S&D : la guerre est déclarée

Les socialistes avaient bien tenté de construire une coalition avec le centre, sans succès. Gianni Pitella a déclaré qu’il avait présenté à l’ancien Premier ministre belge plusieurs propositions en ce sens, dont la confirmation du rôle de Guy Verhofstadt en tant que négociateur pour le Brexit et la nomination de l’ALDE à la présidence d’un comité d’enquête spécial sur la corruption.

Il semblerait toutefois que ces offres n’aient pas suffit. L’ALDE a, de son côté, nié avoir eu de telles opportunités. « En temps d’élections, les gens ont tendance à s’exciter, mais ce serait bien que Mr Pittella s’en tienne aux faits », a déclaré le porte-parole de l’ALDE, Jeroen Reijnen.

« Il n’a jamais présenté de proposition sérieuse. Il savait très bien que nous ne voulions pas seulement parler de postes. Pour nous, le contenu politique est beaucoup plus important », a-t-il ajouté.

Les conservateurs français « plus à l’aise » avec l’ALDE

Des sources au sein du groupe ALDE ont déclaré à EURACTIV que les délégations françaises et espagnoles du PPE s’étaient opposées à la décision de Guy Verhofstadt d’épauler le PPE.

De fait, pPour les membres français du PPE, l’accord de coalition signé avec l’ALDE est perfectible. Les eurodéputés, qui n’ont jamais tissé de grands liens d’amitié avec le dirigeant du PPE Manfred Weber, craignent d’être isolés si les eurodéputés allemands sortent renforcés de cette élection.

Certains s’inquiètent d’une proposition de Manfred Weber inclus dans le texte de coalition, et qui prévoit d’organiser une commission spéciale sur le terrorisme au Parlement européen.

« Ca ne marchera pas, c’est inutile, les directeurs des agences anti-terroristes ne parleront jamais ouvertement au Parlement européen », a déclaré un eurodéputé à EURACTIV.

Les Français sont frustrés d’avoir perdu l’occasion d’obtenir la présidence de la « conférence des présidents », une institution puissante du Parlement européen, dont le sort aurait déjà été scellé entre deux portes : la présidence reviendrait à un membre de l’ALDE. Il est toutefois probable que la droite française se console avec des postes de vice-présidents, dont l’élection aura lieu mercredi.

« Nous soutenons de tout cœur Antonio Tajani […] son expérience s’adapte parfaitement à la tâche que nous devons réaliser ces 2,5 prochaines années ; l’Europe joue son avenir », a déclaré le porte-parole français du PPE, Franck Proust. Les eurodéputés français saluent toutefois l’idée d’une coalition de droite qui, selon eux, marchera mieux que la précédente. « Je suis plus à l’aise avec l’ECR et l’ALDE qu’avec les socialistes », a-t-il commenté.

Entrée du Brexit dans le débat

Il semblerait également qu’une des conditions de l’ECR pour rejoindre l’alliance PPE/ALDE serait que Guy Verhofstadt laisse tomber son rôle de négociateur sur le Brexit.

La position finale de l’ECR est imprévisible et des responsables estiment que le vote du parti ne doit pas être pris pour acquis.

Lors d’une réunion du groupe socialiste aujourd’hui, l’idée d’ôter à Guy Verhofstadt la responsabilité des négociations sur le Brexit a également été discutée.

Dans le texte signé par le PPE et l’ALDE, il est indiqué que les deux groupes s’assureront de la pleine participation du Parlement européen dans les négociations sur le Brexit « pour que les intérêts des citoyens soient pris en compte ».

« La résolution du Parlement européen indiquera clairement que la présence du Parlement [aux côtés du Conseil] dans les négociations européennes est une précondition à la procédure de consentement », indique le document.

Les Verts, furieux

Plusieurs eurodéputés de centre gauche et de gauche ont confirmé qu’ils voteraient pour Gianni Pittella mais lors du dernier tour, qui prendra en compte une majorité simple.

La position des conservateurs et réformistes européens jouera un rôle clé lors des prochains tours puisque le texte pro-UE signé par le PPE et l’ALDE ne plaira pas à un certain nombre de ses eurodéputés.

Les Verts voient désormais d’un meilleur oeil une alliance plus progressiste avec les socialistes.

Selon des sources, les Verts ont demandé en échange de leur soutien, que le S&D accepte de saisir la Cour de Justice au sujet du CETA. Pour l’heure, le Parlement a refusé de saisir la cour de justice sur le sujet.

Reddition inconditionnelle

Le vice-président du parti des verts, Reinhard Bütikofer a déclaré à EURACTIV qu’il était remarquable de voir à quel point le chef de file de l’ALDE avait envisagé de signer « deux accords stratégiques complètement contradictoires ».

« L’un avec les populistes anti-européens de Beppe Grillo, l’autre avec le PPE. Je me demande vraiment si nous pouvons croire les mots couchés sur le papier ».

« Ce que le PPE et l’ALDE proposent aux autres familles politiques est, en une phrase, de suivre et de soutenir le leadership du PPE et de l’ALDE […] je n’appelle pas ça une offre, j’appelle ça une invitation à signer une reddition inconditionnelle », a commenté l’eurodéputé écologiste. Ce que le PPE et l’ALDE n’ont pas rendu public, a-t-il ajouté, c’est le genre d’accord qu’ils ont conclu pour se répartir les postes importants entre eux.

« Donc finalement, l’accord PPE-ALDE n’est qu’une bonne vieille machination alors que nous aurions besoin d’un véritable nouveau départ pour rassembler les meilleurs forces européennes afin de défendre et développer le projet européen face à l’axe Poutine-Trump désireux de détruire l’UE », a conclu Reinhard Bütikofer.

Socialistes : un revirement spectaculaire

Le groupe S&D a aussi publié une déclaration agressive, déclarant que Guy Verhofstadt avait fait preuve de son incohérence politique, avec ce revirement spectaculaire.

Selon la vice-présidente du groupe S&D, Tanja Fajon, après la situation tragicomique lors de laquelle il a essayé d’embarquer les populistes du Mouvement 5 étoiles pour accroitre ses chances de victoire personnelle, le dirigeant des libéraux semble avoir négocié un accord avec « l’homme de Berlusconi » à Bruxelles.

« Ces derniers jours, nous avons proposé un accord clairement pro-européen à Guy Verhofstadt, mais nous n’avons reçu aucune réponse et ce qui est encore plus surprenant c’est qu’il n’a apparemment pas informé son groupe de cette opportunité […] C’est la deuxième fois en une semaine qu’il oublie d’informer ses propres membres sur d’importantes informations. C’est la preuve d’un manque total de respect envers ses collègues de l’ALDE », a-t-elle déclaré.

« Nous pensons toujours que la cohérence politique est une valeur qui doit être préservée et respectée. Nous pensons toujours que l’approche de Viktor Orbán envers la migration est une honte, que le comportement de Silvio Berlusconi envers les femmes est une honte, nous croyons toujours à l’égalité des genres et aux droits des LBGTI, nous pensons toujours que l’UE devrait être leader dans la lutte contre le changement climatique, nous croyons toujours en la lutte contre l’évasion fiscale, en la protection des lanceurs d’alerte et en la nécessité urgente de plus de croissance […] c’est une erreur historique et nous chercherons une solution », a-t-elle conclu.

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