La gauche radicale du sud de l’Europe arrive en force au Parlement

Pablo Iglesias [Cyberfrancis/flickr]

La gauche radicale a vu grossir ses rangs au Parlement européen après les succès électoraux enregistrés en Grèce et en Espagne. Le groupe parlementaire pourrait passer sous présidence d’un de ces pays.

Symbole de la lutte contre les plans d’austérité, la coalition grecque de gauche radicale, Syriza, a triomphé lors des européennes du 25 mai. Si le cas grec fait office d’exception, les partis de gauche radicale en Europe ont également réalisé de bonnes performances lors des élections.

Résultat, le groupe de la Gauche unitaire européenne devrait obtenir 42 sièges au sein de l’hémicycle, contre 35 lors de la dernière législature, selon les dernières projections du Parlement européen?. Une performance qui accroit d’autant plus le poids du groupe, puisque le nombre total d’eurodéputés a diminué de 766 à 751 entre les deux législatures.

La gauche radicale a jusqu’au 1er juillet prochain pour constituer un groupe et rallier un maximum de nouveaux élus. Parmi les alliés potentiels, le très jeune parti espagnol, Podemos (« Nous pouvons »), pourrait fournir un certain nombre d’eurodéputés supplémentaire à la GUE.  Selon certaines sources proches de la GUE, le groupe pourrait ainsi dépasser les 50 eurodéputés et ravir sur le fil la quatrième place aux Verts.

Un vote marqué par un clivage nord/sud

La gauche radicale et eurocritique a remporté ses principaux succès électoraux parmi les États membres frappés de plein fouet par la crise et les plans de rigueur. À eux seuls, l’Espagne, l’Italie, la Grèce et le Portugal contribuent à plus de la moitié à la composition de la future GUE, selon les données du Parlement européen.

Ainsi, Syriza, le parti du candidat de la gauche radicale à la présidence de la Commission européenne, Alexis Tsipras, a remporté 26,6 % des suffrages et 6 sièges au sein du Parlement de Strasbourg, soit 5 de plus qu’auparavant. De plus, le parti communiste de Grèce, la KKE, maintient ses deux eurodéputés.

En Italie, la liste l’Autre Europe avec Tsipras obtient 4,03% ce qui lui permet de ravir trois sièges d’eurodéputés.

Au Portugal, en revanche, le Bloc de gauche fait une contre-performance et perd 2 sièges, tandis que les communistes de la Coalition démocratique unitaire, avec 12,67% progressent d’un siège, et apportent trois eurodéputés à la GUE.

Autre surprise en Espagne, le collectif Podemos, issu du mouvement des indignés, arrache 8% des suffrages et 5 sièges. Leur résultat est à ajouter à ceux en nette progression de l’Izquierda Unida (Gauche Unie), qui a engrangé 10 % des suffrages et obtient également 5 sièges.

Ailleurs des résultats en demi-teinte

Dans le reste de l’Europe, les partis de gauche n’ont pas tiré parti de la grogne sociale ambiante et ont soit stabilisé soit infléchi leurs résultats, notamment en France, où le Front de gauche a rassemblé un peu plus de 6 % des voix et envoie 4 eurodéputés, un de moins que lors de la législature précédente. En Allemagne, Die Linke perd également un siège par rapport à 2009 et en conserve sept.

En Europe centrale et orientale, la gauche radicale est quasiment inexistante, à l’exception de la République tchèque, où le Parti communiste de Bohême-Moravie a enlevé 3 sièges au Parlement européen avec presque 11% des suffrages exprimés.

Quelle présidence pour la GUE ?

Alors que la GUE était jusqu’à maintenant dominée par les eurodéputés allemands, les dernières élections changent la donne. Les Grecs et les Espagnols seront en effet prépondérants au sein du groupe pour la prochaine législature.

Or, selon une source proche du Parti de la gauche européenne, cette nouvelle configuration pourrait avoir des conséquences dans la désignation du prochain président du groupe, poste occupé actuellement par l’Allemande Gabi Zimmer.

La Grèce, forte de 8 eurodéputés, pourrait briguer le poste. Mais il y a peu de chances pour que les communistes du KKE et Syriza se mettent d’accord en vue de désigner un candidat commun, d’après cette même source.

Du côté espagnol, en revanche, si Podemos rejoint la GUE et noue une alliance avec la gauche unitaire espagnole (IU), le prochain président pourrait alors bien porter le nom de Pablo Iglesias (Podemos) ou de Willy Meyer (IU).

Les élections européennes se sont déroulées entre le 22 et 25 mai au sein des Vingt-Huit. Bien que les partis eurosceptiques de droite et d’extrême droite aient connu une très forte progression, ces élections ont vu aussi une forte poussée des partis de la gauche radicale parmi les États membres touchés par la crise et les plans d’austérité au sud de l’Europe. Ce changement de configuration aura des répercussions sur la formation de la gauche radicale au sein du prochain Parlement européen.

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