La grève de la SNCF pèse sur le transport de produits agricoles

Pour remplacer un train complet de 1 300 t de céréales, il faut 40 camions [KDS Photographics]

Alors que la grève ferroviaire se poursuit, Vincent Magdelaine, directeur de Coop de France métier du grain, tire la sonnette d’alarme à quelques semaines du début de la saison des récoltes.

« Avec, selon les régions, 60 à 70 % des trains annulés, les grèves inquiètent nos coopératives, » prévient Vincent Magdelaine. Il demande à ce que le transport du grain bénéficie d’un usage prioritaire dans le fret ferroviaire.

Le transport du grain représente 10 % du transport de marchandises en France. Environ 70 % des conducteurs de train ont cessé le travail dans le fret.

Les arrêts de travail engendrent non seulement une forte désorganisation dans l’acheminement des grains sur le territoire national, mais ils pèsent lourd économiquement sur les activités des coopératives,  selon Vincent Magdelaine. Les régions les plus touchées par la grève sont la région centre, la Bourgogne et la Champagne-Ardenne.

Coop de France représente les coopératives agricoles, agroalimentaires, agroindustrielles et forestières françaises, et fédère 2500 entreprises-coopératives agricoles et agroalimentaires, principalement des TPE et PME, qui emploient 165 000 salariés.

Triple peine

« Les coopératives voient se profiler les risques de pénurie dans les entreprises faute d’approvisionnement suffisant ainsi que l’annulation ou le report de contrats commerciaux de la part des clients, sans compter la perte de confiance et de crédibilité des clients internationaux, » relève Vincent Magdelaine.

À quoi il faut ajouter les surcoûts liés au report partiel sur le transport routier ou fluvial, ajoute-t-il.

Mais le risque majeur à venir est la nouvelle saison des récoltes qui s’annonce en juillet, souligne-t-il. « Si la grève continue, cela signifie un risque de saturation des capacités de stockage et de mises sur le marché au moment où les prix sont traditionnellement décotés. » « C’est la triple peine, » résume-t-il.

Un surcout de 15 euros la tonne

« Les grains sont des pondéreux, il faut les transporter sur des distances relativement longues, pour aller du lieu de production au lieu de consommation, voire jusqu’à l’exportation. Et les alternatives au rail (note : le transport fluvial et le transport routier) restent limitées, » développe Vincent Magdelaine.

Il ajoute que pour remplacer un train complet de 1 300 t de céréales, il faut 40 camions.

« Le fret ferroviaire est souvent le mieux adapté aux expéditions et à la réception des quantités importantes de céréales ou de coproduits agricoles. Il approvisionne environ 50 % des amidonniers, 40 % des sites portuaires pour l’exportation de céréales ainsi que certaines usines bretonnes d’alimentation animale, » poursuit-il. « Et les coopératives ont lourdement investi aux côtés de l’État et des collectivités locales pour s’équiper de terminaux embranchés prévus pour charger des trains complets. »

Or, les retards d’acheminement par train ou les alternatives éventuellement trouvées ont un coût : 15 euros la tonne, relève-t-il. « Et l’acheteur ne va pas payer plus juste parce que c’est la grève. »

La longueur de la grève a engendré un impact économique particulièrement lourd sur les coopératives, selon Vincent Magdelaine. « Même s’il s’agit de deux jours sur cinq, cela ne suffit pas pour que le grain circule à nouveau. Quand un train est annulé, il est difficile de le reprogrammer, » explique-t-il.

Alors que les syndicats ferroviaires entendent continuer à mobiliser les cheminots jusqu’au début de l’été s’ils le jugent nécessaire, le directeur de Coop de France appelle à la concertation avec les autorités locales pour faciliter une reprogrammation de trains en faveur du transport du grain.

« Nous cherchons par exemple à nous organiser avec les préfets pour prévoir des dérogations, mais nous n’avons pas vocation à discuter avec les syndicats ».

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